Beyla, l’autre « oubliée » de la République : « Nous manquons de tout ici… »

BEYLA-Située en Guinée Forestière, au sud de la Guinée, la préfecture de Beyla manque énormément d’infrastructures sociales de base. Les difficultés liées à l’accès à l’eau potable, à l’électricité, à la voirie urbaine et aux structures sanitaires, sont criardes. Dans la majorité des neuf quartiers qui composent la commune urbaine, c’est assez rare de voir un seul robinet. Les habitants se tournent vers des puits et des forages rudimentaires pour s’approvisionner en eau, souvent impropre.

Interrogé par notre correspondant en séjour à Beyla, Mohamed Dozon, un habitant, exprime son désarroi :

« Nous manquons de tout ici. Il n’y a ni électricité, ni eau potable, et les routes urbaines sont inexistantes. Ce ne sont que poussière et chaos. La jeunesse est désœuvrée, faute d’infrastructures sociales adéquates. Même la maison des jeunes n’est pas aux normes. Nos structures sanitaires sont dérisoires, et pourtant Beyla occupe désormais une position stratégique avec les projets miniers qui se développent. Nous n’avons même pas de terrain de football ni d’espaces de loisirs pour les jeunes. »

À ces difficultés s’ajoutent celles de l’éducation, un secteur en crise comme l’explique Nfaly Camara, enseignant à la retraite :

« L’éducation est complètement laissée pour compte. Il y a un manque d’enseignants et d’écoles en bon état. De nombreux établissements sont dans un état de délabrement avancé, nécessitant d’urgence des travaux de rénovation. Les parents n’accompagnent plus leurs enfants dans leur parcours scolaire », décrit l’enseignant retraité.

Autre point de désolation, il n’y a jamais eu d’adduction d’eau par la Société des Eaux de Guinée SEG à Beyla, comme l’explique Moussa Condé, un habitant du quartier Beylasoba. « Nous ne connaissons pas la SEG ici. Nous puisons l’eau dans des puits ou des forages, et les quelques fontaines disponibles sont largement insuffisantes. Dans mon quartier, les routes ressemblent à celles des zones rurales, il n’y a aucune route digne de ce nom. »

En quittant le quartier Beyladeni pour rejoindre le centre-ville, on traverse le pont Bembeya, qui surplombe le marigot du même nom. Ce lieu, plein de mystères et d’histoires, est connu pour ses rituels et sacrifices ancestraux. Adama Camara, un habitant rencontré près du marigot, raconte :

« Le marigot Bembeya est un lieu mythique. Il abrite la rencontre de deux sources sacrées, autrefois utilisées pour des sacrifices et offrandes par nos ancêtres, en particulier par les Kourouma. Ce lieu a aussi inspiré l’Orchestre National Bembeya, qui venait régulièrement y chanter. Malheureusement, aujourd’hui, le pont qui traverse le marigot est dans un état déplorable, abandonné par les autorités », déplore cet habitant.

Face à cette situation alarmante, Mamadi Kourouma, un résident de Beyla, lance un appel à l’endroit des autorités guinéennes, en particulier au président de la transition, le Général Mamadi Doumbouya :

« J’interpelle le président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, pour qu’il vienne en aide à notre ville. Avec les grands projets miniers en cours, Beyla devrait bénéficier de retombées considérables pour son développement. Malheureusement, les décideurs se succèdent mais rien ne change. Ils nous utilisent, et nous abandonnent sans aucun développement. Nous espérons que le président Doumbouya pourra changer cette situation et sortir notre ville de cette impasse sociale. Nous ne voulons plus être des oubliés de la Guinée. »

La ville de Beyla, malgré son potentiel stratégique et ses richesses minières, est en proie à des problèmes structurels qui affectent la vie quotidienne de ses habitants. Entre l’absence d’infrastructures de base, le chômage des jeunes, et une éducation en déliquescence, la population espère que les promesses de développement se concrétisent enfin.

Facely Sanoh,

Envoyé spécial d’Africaguinee.com à Beyla

Créé le 21 septembre 2024 07:42

Nous vous proposons aussi

TAGS

étiquettes: