Amadou Diallo, assassiné aux USA en 1999 : le récit bouleversant de sa mère, Kadiatou Diallo

« À la naissance de mon fils Amadou, on m’a prédit qu’il serait célèbre. Le monde parlerait de lui, sans savoir que ce serait au-delà de la mort. Vingt-sept ans après, on parle toujours de lui ».

NEW-YORK – Il aurait eu 50 ans en 2026. Amadou Diallo, né au Liberia en 1976, passionné d’informatique et de lecture, a été tué aux États-Unis dans la soirée du 4 février 1999, à l’âge de 23 ans. Depuis, 27 années se sont écoulées, et l’histoire de ce jeune originaire de Bombi-Bourou, sous-préfecture de Laafou, dans la préfecture de Lélouma, est devenue une cause de lutte pour la justice partout dans le monde, chaque fois qu’une bavure policière est commise.

Amadou Diallo (D) et sa mère à Bangkok en Thailande

L’on se souvient encore de cette tragédie qui avait provoqué une onde de choc mondiale et qui refuse de s’effacer de la mémoire collective. Vingt-sept ans après, Kadiatou Diallo, mère du regretté Amadou Diallo, panse toujours une plaie incurable dans son âme. Elle revient sur les derniers instants de vie de son fils, les semaines ayant précédé la tragédie survenue dans la nuit du 4 février 1999.

Elle évoque les signes prémonitoires, les échanges téléphoniques de quelques minutes, notamment la toute dernière conversation entre mère et fils, le 30 janvier 1999, soit quelques jours seulement avant le drame. Elle confie également ses pressentiments sur ce qui allait arriver à son enfant.

Mme Kadiatou Diallo décrit une série de faits troublants qui, selon elle, entourent le mystère de la mort de son fils, devenu célèbre après son décès. Son image et son histoire ont fait le tour du monde. Dans cet entretien, la mère meurtrie révèle une « prédiction » faite très tôt par des clairvoyants au sujet de son fils : « Des gens avaient prédit que mon fils Amadou Diallo avait une étoile de célébrité ». Personne n’aurait cependant imaginé que cette célébrité viendrait après sa mort, à seulement 23 ans.

Vingt-sept ans après, l’image d’Amadou Diallo continue de traverser le monde. Son enfance, ses ambitions, sa passion pour les études dessinent le portrait d’un jeune homme exceptionnel, dont la vie s’est brutalement arrêtée trop tôt. Africaguinee.com a rencontré une mère qui, malgré une douleur toujours vive, continue d’essuyer ses larmes au profit d’un combat pour la justice et la mémoire de son fils aîné. 

« Le 30 janvier 1999, j’ai parlé avec Amadou pour la dernière fois au téléphone, à 14 heures en Guinée. Trois jours plus tard, il est tué, criblé de 41 balles. Cet appel téléphonique me hante encore aujourd’hui. »

AFRICAGUINEE.COM:  Cela fait 27 ans, en 2026, que votre fils aîné Amadou Diallo est mort tragiquement, après avoir été atteint par des tirs de la Street Crime Unit. Un assassinat qui a bouleversé le monde entier. Comment cette triste nouvelle vous est-elle parvenue ?

Mme KADIATOU DIALLO :  Amadou… c’est mon premier fils, l’aîné de la famille. Il a laissé derrière lui sept frères et sœurs. Il est né au Liberia, où il a passé une partie de son enfance et même fréquenté l’école maternelle. Ensuite, nous sommes rentrés en Guinée, avant de séjourner au Togo, puis en Asie.

Amadou était un citoyen du monde : de l’Afrique, de l’Asie et des États-Unis. En Asie, il a suivi des études en informatique, une discipline qui le passionnait beaucoup. C’était un jeune courageux, battant dès son plus jeune âge, avec une forte volonté de réussir.

Il est parti aux États-Unis en septembre 1996, alors qu’il venait à peine d’avoir 20 ans. Il est originaire de Lélouma, précisément du village de Bombi-Bourou, dans la commune rurale de Laafou, du côté paternel, et de Diountou, toujours à Lélouma, du côté maternel. Trois ans plus tard, il a été assassiné, le 4 février 1999 (larmes).

Comment avez-vous appris cette nouvelle?

La triste nouvelle m’est parvenue alors que j’étais en Guinée. J’ai reçu un appel très tôt à Conakry. Je me suis tout de suite dit qu’il ne faisait pas encore jour à New York, à cause du décalage horaire. J’ai senti qu’il y avait un problème. C’était un cousin de la famille qui appelait. En se rendant compte que nous n’étions pas encore informés, il n’a pas osé m’annoncer la nouvelle. Il avait sans doute appelé en pensant que nous étions déjà au courant. Finalement, c’est par des personnes interposées, au sein de la famille, que j’ai appris le drame.

Quel était le contenu de votre dernière conversation avec Amadou, le 30 janvier 1999, trois jours seulement avant son assassinat ?

Je me rappelle avoir parlé avec mon fils Amadou le 30 janvier 1999, trois jours avant son assassinat. J’étais en Guinée. Il m’a dit : « Maman, j’ai une bonne nouvelle, je suis prêt à m’inscrire à l’université ». Comme toute mère, j’étais très contente et fière de lui. Je lui ai alors proposé de lui envoyer de l’argent pour l’aider. Il m’a répondu : « Non, chère mère. En tant que fils aîné, notre culture veut que je donne le bon exemple aux autres. Merci pour l’argent, j’ai seulement besoin de tes prières ». Cette réponse m’a rendue encore plus fière. J’ai compris que mon fils était bien entouré et bien éduqué.

À cet instant, j’ai rêvé de sa réussite, du jour où il achèverait ses études et atteindrait ses objectifs. Nous nous sommes dit au revoir et il a repris son travail. Trois jours plus tard, il travaillait encore, même le jour de son assassinat. Il est rentré chez lui, puis est ressorti peu après pour aller manger dans son restaurant habituel, aux environs de minuit. En rentrant à son appartement, il a été suivi par la police jusque dans le vestibule de l’immeuble, où il a été abattu de 41 balles. C’était vraiment excessif.

Lors de cette dernière conversation du 30 janvier, en tant que mère, aviez-vous ressenti des choses inhabituelles, comme des prémonitions, que ce soit les jours précédents ou dans les trois jours ayant précédé sa mort ?

En réalité, j’ai ressenti certaines choses, comme toute mère. Quelques jours avant, j’avais dit à ma propre mère que je comptais me rendre bientôt aux États-Unis pour voir Amadou. Je lui avais aussi confié mon souhait de rencontrer certains leaders américains. Elle m’a demandé pourquoi. Je lui ai répondu que j’avais suivi une conférence animée par un leader qui m’avait profondément marquée et que j’aimerais écouter d’autres discours. Je ne pouvais pas imaginer, à ce moment-là, que ces rencontres aux États-Unis se feraient après la mort de mon fils.

Le 30 janvier 1999, Amadou m’a appelée vers 14 heures. C’était un samedi. Je venais de terminer ma prière et j’étais allongée sur mon tapis de prière. À cette époque, le téléphone portable venait à peine de faire son apparition à Conakry. Le téléphone a sonné ; pour les appels internationaux, le numéro ne s’affichait pas, c’était souvent « numéro inconnu » ou « private number ». Il m’a dit : « Maman, c’est Amadou, Ko Amadou ».

Je lui ai répondu en pulaar : « Ehh Amadou, ebba hari mi falaama ma, mi wayriima » (Ehh Amadou, tu m’as tellement manqué, j’avais une grande nostalgie de toi). Je lui ai dit que sa voix m’avait manqué. Il m’a répondu que moi aussi, je lui manquais. Il m’a expliqué qu’il avait essayé de me joindre sur le téléphone fixe de la maison, mais que j’avais déménagé. Il ne connaissait pas encore mon nouveau numéro portable. Après avoir obtenu ce téléphone, j’avais laissé mon numéro dans la famille où je logeais, afin qu’on le lui communique s’il appelait, ou qu’il passe par son père qui était en Asie.

Ce jour-là, j’ai remarqué qu’Amadou parlait avec un enthousiasme particulier. Bien sûr, cela était lié à son inscription à l’université, qui lui tenait beaucoup à cœur. Je lui ai dit : « Mon fils, tu es vraiment content aujourd’hui ». La conversation a été de courte durée. Il m’a dit : « Maman, je dois te laisser. Au revoir, on va se parler bientôt ». J’ai voulu prolonger l’échange, mais il m’a répondu : « Maman, après ».

Je me rappelle que lorsque j’ai raccroché le téléphone, j’ai ressenti quelque chose que je n’ai réellement compris qu’après sa mort.

Quand nous avons mis fin à l’appel, un profond regret m’a traversée. Je me suis dit dans mon cœur : pourquoi as-tu raccroché ? Tu voulais entendre ton fils, tu l’as enfin eu au téléphone, et vous n’avez pas beaucoup parlé. J’aurais dû le retenir, continuer la conversation. Je me suis alors promis de l’appeler le lendemain. Cet appel n’a jamais eu lieu.

Ce jour-là, j’ai tenu longtemps le téléphone dans mes mains, en me demandant pourquoi je l’avais laissé partir. C’était la dernière fois que j’entendais la voix d’Amadou Diallo. C’est seulement à l’annonce de son décès que j’ai compris que cet appel ressemblait à une sorte d’adieu. Nous n’avons pas dit grand-chose, alors que d’habitude nous parlions longuement.

Amadou est parti aux États-Unis en 1996, à l’âge de 20 ans. Il a été assassiné en 1999, à seulement 23 ans.

Un autre signe m’a marquée avant son départ. Il était revenu d’Asie pour voyager de Conakry vers les États-Unis. Juste après son 20ᵉ anniversaire, ses tantes lui ont organisé une grande fête surprise à l’occasion de son départ. Toute la famille était réunie : tantes, oncles et grands-parents. C’était comme un adieu à la famille, même si nous ne le savions pas encore. Amadou était très heureux.

Il avait dit à ma mère : « Grand-mère, je vais aux États-Unis, mais je pars pour tout le monde ». Ma mère lui avait répondu : « Amadou, comment peux-tu partir pour tout le monde ? » Il avait insisté : ce voyage, c’était pour tout le monde.

C’est en Thaïlande qu’il m’avait confié sa volonté de poursuivre ses études en informatique aux États-Unis. J’avais alors entrepris les démarches pour obtenir des visas pour nous deux, que nous avions obtenus. Je l’ai laissé en Thaïlande, où nous menions nos activités, pendant que je rentrais en Guinée. Il aurait pu partir directement en Amérique, mais il m’a dit : « Maman, je préfère d’abord aller en Guinée dire au revoir à tout le monde et passer un peu de temps avec la famille ». Il m’a donc rejointe en Guinée pour accomplir ce souhait avant son départ.

Avec le recul, c’était aussi un autre signe d’adieu.

Amadou a incarné le sens des responsabilités dès son plus jeune âge. Et cette fois-là, c’était la fin. Pour toujours.

Depuis cette triste nouvelle, ma vie a basculé et ne sera plus jamais la même.

Ce qui est arrivé a profondément bouleversé mon existence, car l’assassinat de mon fils me traverse chaque jour comme si le drame venait de se produire. J’ai l’impression que c’est aujourd’hui encore qu’il a été victime de cette barbarie policière, alors qu’il était sans défense et au-dessus de tout soupçon.

Cette épreuve ne m’a pas confinée au silence. Au contraire, j’ai décidé de venir à New York pour me battre et réclamer justice pour mon fils, mais aussi pour toutes les victimes de bavures policières. À l’époque, des incidents similaires se produisaient un peu partout. Pourtant, à chaque fois, on cherchait davantage à blâmer les victimes qu’à condamner les auteurs. Les communautés noire et hispanique étaient régulièrement maltraitées. On exhibait parfois les antécédents judiciaires des victimes pour justifier leur mort, laissant entendre qu’elles n’étaient pas innocentes.

Dans le cas d’Amadou, cela n’a pas été possible. Il était innocent, incarnait un modèle de bonne conduite et son casier judiciaire était totalement vierge. Il n’était connu d’aucun service de police ou de justice pour des faits compromettants. Cela a rendu le combat pour sa justice plus noble et plus largement partagé.

Amadou Diallo (D) et sa mère à Bangkok en Thailande

Je suis donc venue à New York avec ma famille. Le père d’Amadou, qui se trouvait en Asie, nous a rejoints directement. Avec l’appui de la communauté guinéenne et africaine, ainsi que de la communauté noire américaine, une véritable levée de boucliers s’est organisée autour de la cause de mon fils. Nous avons manifesté et exigé justice. Les quatre policiers impliqués ont effectivement été inculpés, mais…

Le procès des quatre policiers a été délocalisé en l’an 2000, de New York à Albany, une juridiction où aucun policier n’avait jusque-là été condamné. Les policiers Sean Carroll, Richard Murphy, Edward McMillan et Kenneth Boss (NDLR) ont été jugés. Le procès aurait dû se tenir dans le Bronx, à New York, là où le crime a été commis, mais son transfert à Albany a malheureusement facilité leur acquittement.

Par la suite, nous n’avons pas poursuivi l’action civile jusqu’à son terme. Le volet civil exigeait des compensations financières en faveur de la famille de la victime. Nous avons décidé de mettre un terme à cette procédure et d’utiliser les fonds obtenus pour immortaliser mon fils à travers une fondation. Nous avons estimé que c’était une démarche plus digne. Toutefois, un dédommagement de trois millions de dollars (NDLR) a été accordé par la ville de New York.

Ces fonds ont permis de construire les centres Amadou Diallo et de financer plusieurs programmes de la Fondation Amadou Diallo. L’idée de créer cette fondation pour perpétuer la mémoire de mon fils m’est venue naturellement. Amadou n’a vécu que 23 ans. Il n’a pas eu la chance de réaliser ses rêves : obtenir son diplôme, se marier, fonder une famille.

La Fondation Amadou Diallo œuvre aujourd’hui pour offrir des opportunités aux jeunes Africains, aussi bien aux États-Unis qu’en Afrique, notamment dans le domaine de l’éducation. Nous octroyons des bourses, organisons des conférences-débats sur des thèmes comme la criminalité et la justice, et menons plusieurs programmes destinés à faire vivre le rêve d’Amadou.

Parmi les membres de la fondation figurent des professeurs d’université, ainsi qu’un policier noir à la retraite, membre d’une importante organisation appelée les 100 Black Police Officers of New York. Nous sommes également partenaires de trois universités à New York.

À votre arrivée aux États-Unis pour demander justice pour votre fils, la mère que vous êtes a-t-elle eu le courage de marcher dans la rue où votre fils aîné a été assassiné ?

Bien sûr. Je ne me suis pas empêchée de retourner dans la rue où mon fils a connu la fin de ses jours. Il existe d’ailleurs un documentaire diffusé sur Netflix, dans lequel on peut voir les images de mon arrivée devant la porte de l’immeuble où Amadou habitait. Le film s’intitule « Trial by Media – Amadou Diallo ». Cette séquence, où le monde m’a vue pour la première fois sur ce lieu après l’assassinat de mon fils, est entrée dans l’histoire. Le cri d’agonie que j’ai vécu à cet instant est réel, il reste gravé.

Je n’ai pas non plus accepté que New York soit une ville que j’éviterais par peur de raviver la douleur liée à mon fils. Au contraire, j’ai réussi à transformer cette douleur, cette agonie, en une mission au service de la Fondation Amadou Diallo. Quand je viens ici aujourd’hui, c’est pour travailler sur des programmes, rencontrer des jeunes, mener des activités. Au lieu de penser uniquement au deuil, je me dis que je fais vivre sa mémoire. Et cela me réconforte.

J’ai également visité son lieu de travail, où l’on m’a remis son tapis de prière et son chapelet.

J’y ai été reçue par toute une communauté. Ils m’ont témoigné combien Amadou était gentil, souriant et à l’écoute de tous. On m’a décrit un garçon exceptionnel, et cela ne m’a pas surprise. Amadou avait l’allure d’un homme responsable depuis son enfance. Dès qu’on le rencontrait, c’était son sourire qui frappait d’abord. Quelle que soit la situation, il s’arrêtait toujours à l’heure de la prière pour accomplir son devoir religieux.

Sur place, on m’a remis son tapis de prière, presque usé, ainsi que son chapelet. À seulement 23 ans, il parlait déjà cinq langues. Il était en avance sur sa génération.

Quand j’ai franchi la porte de son logement, j’ai découvert autrement mon fils mort…

Après son lieu de travail, j’ai eu le courage d’entrer dans sa chambre. J’y ai découvert une quantité impressionnante de livres, bien au-delà de ce que l’on pourrait attendre d’un jeune de son âge. Des ouvrages sur la diplomatie, la paix dans le monde, l’informatique, mais aussi un livre sur la tolérance et la cohabitation religieuse, notamment le dialogue entre musulmans et chrétiens. Il y avait également des livres d’économie.

Amadou était un grand lecteur, un jeune curieux, très sage. Il dépassait son âge et sa génération. C’est comme si Dieu avait tout résumé en lui, sachant qu’il ne vivrait pas longtemps.

« À la naissance d’Amadou, on m’a prédit que le monde entier parlerait de lui. Jamais je n’aurais imaginé que cette célébrité se manifesterait après sa mort. »

Je suis profondément reconnaissante. Je suis une femme pieuse et je crois en Allah, le Tout-Puissant. À la naissance de mon fils, on m’avait prédit qu’il deviendrait quelqu’un dont le monde parlerait, que son étoile brillerait. Dans mon entendement, je n’ai jamais imaginé un seul instant que cette célébrité viendrait après sa mort. Je ne pensais pas qu’il serait célébré de cette manière après son décès.

Je sais aujourd’hui que c’est un don de Dieu. Amadou est venu pour une mission, pas pour une longue vie. Cela me réconforte. Je sais que tout être humain est appelé à mourir un jour. Mais j’aimerais que son histoire ne soit jamais oubliée par les générations futures, car il incarnait vraiment l’exemple de l’enfant que tout parent souhaite avoir.

C’était un jeune garçon de son âge qui n’a jamais commis de crime, qui n’a jamais eu de problème avec les autorités, et qui est mort innocent. Il a été tué injustement. C’est pour cela que l’on parle encore de lui aujourd’hui. S’il avait été mêlé à des faits compromettants, son histoire aurait été perçue autrement et sans doute oubliée, comme tant d’autres.

Nous n’avons jamais vu un incident marquer le monde de cette façon, surtout concernant un jeune homme qui débutait à peine sa vie. L’attention constante portée à son sort, depuis 27 ans, montre qu’Amadou Diallo est devenu l’enfant du monde entier. Le même élan de solidarité et de mémoire demeure, et aujourd’hui encore, beaucoup de personnes continuent de partager son histoire et de rappeler la tragédie.

C’est véritablement un don de Dieu, quelque chose de divin. Et pour cela, je remercie Allah. 

« L’enterrement de mon fils Amadou a été un autre événement marquant. Je me suis sentie profondément entourée. »

Je me souviens encore de son enterrement, de l’immense mobilisation et de l’accompagnement de la famille jusque dans les profondeurs de Lélouma, en Guinée. Un grand défenseur américain des droits civiques, un révérend, nous avait accompagnés, aux côtés d’un groupe de journalistes issus des médias américains.

Lorsque nous avons quitté New York pour nous rendre à l’aéroport, un cortège impressionnant s’est formé autour de nous. Je me rappelle encore des hélicoptères qui filmaient notre départ. La communauté noire s’était pleinement approprié la cause d’Amadou, non seulement en raison de l’injustice subie, mais parce que son assassinat s’inscrivait dans une histoire plus large. Beaucoup estimaient qu’il avait été tué de cette manière parce qu’il était noir.

À cette époque, le maire de New York était perçu comme étant en mauvais termes avec la communauté noire. En guise de protestation, celle-ci avait décidé de ne pas prendre l’avion à New York, mais plutôt à New Jersey. Le cortège s’est donc rendu jusqu’à New Jersey, où le maire était noir. Ce qui s’est passé ce jour-là était à la fois bouleversant et symbolique, mais cet élan de solidarité a permis de contenir, autrement, nos larmes. Les archives de cet événement existent encore.

Nous sommes ensuite arrivés à Conakry avec la délégation américaine. Ce jour-là, le général Lansana Conté avait dépêché l’ensemble du gouvernement à l’aéroport pour nous accueillir. Dans le documentaire diffusé sur Netflix, on peut d’ailleurs apercevoir ces ministres guinéens. Les ministres des Affaires étrangères et de la Communication nous ont ensuite accompagnés jusqu’au village de son père, à Bombi-Bourou, où Amadou a été inhumé auprès des siens, en présence de la délégation américaine.

Tout cela montre à quel point la mort de mon fils Amadou Diallo a concerné le monde entier.

Amadou Diallo, mort, devient un symbole. Son nom est partout…

Les années ont passé, mais son histoire reste intacte. Vingt-sept ans après, les gens se souviennent encore de la fin tragique d’Amadou Diallo, surtout en raison de son innocence et de sa droiture. Lors de la commémoration du 27ᵉ anniversaire de son assassinat, des jeunes de 20 ans, qui n’étaient même pas nés à l’époque, sont venus écouter son histoire.

Avant sa mort, Amadou Diallo était guinéen. Aujourd’hui, il est devenu un citoyen du monde, en raison de l’injustice qu’il a subie. Son assassinat a provoqué une onde de choc mondiale. Son histoire est désormais enseignée et conservée dans les musées afro-américains aux États-Unis. La rue où il vivait porte son nom, en signe de reconnaissance.

Partout, des programmes évoquent régulièrement son cas. On dirait que son assassinat s’est produit hier. À chaque fois que des violences policières sont enregistrées à travers le monde, le nom d’Amadou Diallo est cité pour dénoncer l’injustice.

« Mais l’occupation du centre Amadou Diallo à Labé résonne en moi comme un second meurtre de mon fils »

 

En dépit de la reconnaissance mondiale et de la mobilisation en faveur d’Amadou Diallo et contre l’injustice, je constate avec tristesse qu’en Guinée, sa mémoire est effacée, particulièrement à Labé. Chaque année, nous organisons des activités pour honorer sa mémoire. Pour ce 27ᵉ anniversaire, nous avons tenu une conférence à l’Université de Bronx. Des réceptions ont été organisées ici et là aux États-Unis, et le cas d’Amadou est devenu un symbole contre l’injustice. Son histoire, c’est Dieu qui lui a donné cette célébrité au-delà de la mort.

Amadou Diallo a été assassiné, certes, mais son nom reste présent partout. Même les violences policières actuelles font référence à son cas. Pourtant, en Guinée, et particulièrement à Labé, on n’a pas honoré sa mémoire ni le respect qu’il mérite. Le centre qui porte son nom, que nous avons construit, financé et équipé, est aujourd’hui occupé par des agents de sécurité. Mon cœur est meurtri, c’est comme si Amadou avait été tué une deuxième fois.

À Labé, sa mémoire semble effacée, alors qu’à New York, la rue où il vivait porte officiellement son nom. Sa bourse existe encore, et beaucoup de lois ont été inspirées par son cas, car derrière lui se cache toute une injustice. Nous pensions que les agents qui ont occupé le centre Amadou Diallo respecteraient ce lieu, mais ils ont enlevé son nom pour y apposer leur logo. C’est comme si je recevais un coup de couteau.

Nous disposons de tous les documents légaux pour occuper le centre depuis 2005. Ce lieu est destiné à soutenir les jeunes de Labé. Il a été construit avec nos fonds propres et fonctionne dans le cadre légal. Même des agents de sécurité en service à proximité ont été formés en informatique dans ce centre par le passé. Nous avons rendu service à la Guinée à travers la formation de jeunes, d’adultes et de professionnels.

Nous avions demandé au gestionnaire du centre de prêter les lieux pour quelques jours afin d’accueillir des missionnaires. Il avait accepté, en tant que voisin, mais depuis, le centre ne nous a jamais été restitué. Je réclame justice pour cela.

Dernier mot ?

Depuis son enfance, Amadou était un garçon différent. Très calme et posé, il observait, écoutait et parlait peu. Il avait une mémoire incroyable et une passion pour la lecture, le sport et la religion. Il lisait le Coran jusqu’à ce que ses larmes coulent. Mais lorsqu’il s’agissait de musique ou de moments de joie, il dansait et riait avec la famille et les amis. Il aimait les rencontres et les découvertes.

C’était un enfant remarquable, combinant toutes ces qualités dès le plus jeune âge. Un jour, son père lui demande ce qu’il veut devenir : « Papa, je veux être enseignant ». Son père éclate de rire et lui répond : « Mais les gens rêvent d’être des hommes d’affaires. Moi, je suis un homme d’affaires et nous voyageons beaucoup. Toi, tu veux être enseignant ? » Amadou réplique : « Papa, je comprends, mais l’enseignement que j’aime faire est un enseignement avec le sourire ».

Amadou est devenu un « enseignant du monde ». Son histoire est enseignée et elle enseigne à tous. C’était un enfant heureux, par sa manière de vivre avec simplicité et générosité.

Merci, maman Kadiatou Diallo.
Merci à vous aussi, africaguinee.com, d’avoir accordé de l’intérêt au cas Amadou Diallo, devenu une cause mondiale. 

Alpha Ousmane Bah

Pour africaguinee.com

Tel. (+224) 664 93 45 45 

 

Créé le 11 février 2026 11:59

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