Alpha Condé sous le feu des tirs croisés des victimes de son régime : « Le pardon sans justice est une insulte à la mémoire de nos morts… »

Des funérailles de victimes de la lutte contre la réforme constitutionnelle

CONAKRY- L’appel au pardon lancé par l’ancien président Alpha Condé à l’occasion du 67ème anniversaire de l’indépendance de la Guinée suscite l’indignation chez les victimes de son régime. Depuis son exil en Turquie, le dirigeant déchu en 2021 a demandé pardon pour les violences survenues durant ses onze années au pouvoir. Mais pour de nombreuses victimes interrogées par Africaguinee.com, cet appel est perçu comme tardif, hypocrite et surtout dénué de tout engagement concret envers la justice.

« Pas de pardon sans justice », martèle Mamadou Kissi Barry, président de l’Association des Victimes et Parents du Régime d’Alpha Condé (AVIPRAC). Pour lui, le pardon ne saurait précéder la reconnaissance des crimes ni l’organisation d’un procès équitable.

« Alpha Condé est venu au pouvoir en 2010 par la violence et il a quitté le pouvoir en 2021 par la violence. Il est mal venu et il est mal parti. Nous ne pouvons pas accepter son pardon. Nous demandons la justice. Il a toujours nié qu’il y a eu des victimes sous son régime alors pourquoi il demande pardon aujourd’hui ? Il y a eu combien de morts, il y a eu combien des boutiques pillées, il y a combien de fermes pillées, il y a eu combien de plantations brulées, etc. Alors s’il demande pardon aujourd’hui, il n’a qu’à rentrer au pays, se mettre à la disposition de la justice, qu’on organise son procès, après il pourra demander pardon au peuple de Guinée », déclare-t-il avec fermeté.

Mamadou Kissy Barry

On va le juger pour ses crimes

Le président de l’Association des Victimes et Parents du Régime d’Alpha Condé (AVIPRAC) ajoute que pendant les années de pouvoir d’Alpha Condé, toutes les alertes des ONG internationales et des institutions de défense des droits humains ont été ignorées.

« Au moment où il avait le pouvoir et la force, il n’y a pas ce qu’on ne lui a pas dit pour arrêter ces bavures contre la population guinéenne, toutes institutions internationales et les ONG de défense des droits de l’homme l’avaient interpellé sur la répression sanglante contre les manifestations, on lui avait demandé d’arrêter de tuer les manifestants qui ne faisaient réclamer leurs droits mais il a refusé. Maintenant qu’il a perdu le pouvoir, il revient pour demander pardon, non, on ne peut pas le pardonner. S’il veut qu’on le pardonne, il n’a qu’à venir se mettre à la justice de la Guinée, on va le juger pour les crimes qu’il a commis », a aussi rappelé Mamadou Kissi Barry.

Des familles brisées, des deuils sans fin

Salimatou Diallo, sœur d’Abdoulaye Diallo, un élève de 17 ans abattu à Hamdallaye au lendemain de l’élection présidentielle du 18 octobre 2020, partage la douleur de sa famille. Selon cette dame, sa maman étant croyante a décidé de pardonner mais à une condition.

« Notre maman dit qu’elle a pardonnée depuis mais elle demande justice pour son fils. Son pardon ne veut pas dire qu’elle a renoncé à la justice, au contraire elle réclame la justice, elle veut voir les responsables de la mort de son fils devant la justice, elle veut les entendre expliquer pourquoi ils ont tué son fils », a aussi lancé la sœur de cette autre victime du régime d’Alpha Condé.

Même sentiment du côté de la famille de Mamadou Saïdou Diallo, un autre jeune de 23 ans tué par balle à Bambéto le 7 décembre 2019, lors de l’enterrement de huit autres victimes. Alseny Diallo, son frère, décrit un traumatisme toujours vivant.

« Il était l’espoir de la famille, brillant élève en Terminale. Il aidait ses camarades à réviser. Et on lui a tiré une balle dans la tête à bout portant. Son frère jumeau ne s’en est jamais remis. Alpha Condé n’a aucun regret de tous ses crimes, si vous voyez aujourd’hui il demande pardon c’est parce qu’il a perdu le pouvoir. Il a demandé ce pardon parce qu’il a peur d’être arrêté, jugé et condamné pour ses crimes. Il n’a aucun regret, il veut juste éviter la prison pour ce qu’il a fait au peuple de Guinée. Nous exigeons que les auteurs des tirs soient identifiés, traduits devant la justice », a aussi réagi Alseny Diallo avant d’annoncer que sa famille a pu rassembler des preuves, notamment des images et des douilles retrouvées sur les lieux du drame.

Nous voulons des réponses

« Après le drame, nous nous sommes rendus sur le lieu où on a tiré sur notre petit frère, nous avons les images, on avait même réussi avoir les douilles de balles que les agents des forces de l’ordre avaient tiré ce jour sur les lieux. Donc nous voulons des réponses. Qui a tiré ? Qui a donné les ordres ? Nous voulons que ces agents rendent compte devant un tribunal. Le pardon sans justice est une insulte à la mémoire de nos morts », conclut Alseny Diallo.

Un pardon jugé stratégique et opportuniste

Ce revirement soudain d’Alpha Condé contraste avec les années d’indifférence affichée face aux exactions dénoncées sous son régime. Pour les victimes et leurs familles, la réponse est claire : le pardon ne saurait précéder la vérité ni remplacer la justice. Reste à savoir si Alpha Condé va se mettre à la disposition de la justice guinéenne pour être jugé pour les crimes de sang et financières commis sous son régime.

Affaire à suivre…

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 4 octobre 2025 18:10

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