Allemagne : Le récit tragique de la mort de Lamine Kaba, retrouvé inerte dans sa chambre à Hildesheim
HILDESHEIM — La communauté guinéenne d’Allemagne est en deuil. Lamine Kaba, un ressortissant guinéen installé à Hildesheim depuis 18 mois, a été retrouvé mort dans sa chambre ce dimanche. Décédé vraisemblablement depuis le jeudi précédent, son corps est resté plusieurs jours aux côtés d’un colocataire qui pensait qu’il ne faisait que dormir. Récit pathétique d’une fin solitaire loin des siens.
Arrivé récemment en Allemagne, Lamine Kaba vivait en Angola. Mais il souffrait d’une pathologie rénale sévère qu’il soignait. Il avait réussi “l’exploit” de régulariser sa situation administrative peu après sa sortie du centre d’accueil (le camp). Mais derrière cette réussite administrative se cachait un combat quotidien contre la maladie.

La découverte d’un corps « endormi »
C’est le silence prolongé de Lamine, qui n’avait plus donné signe de vie depuis le jeudi 23 avril, qui a fini par alerter ses proches. Mamadou Diouma Diallo, qui partageait le même immeuble que le défunt, raconte avec émotion les circonstances de la découverte :
« Nous avons passé la fête de ramadan ensemble ici dans la même mosquée. Ce jour il m’a dit de le prendre en photo. Il a partagé le cliché avec sa famille. Ce jour nous avons passé un long moment ensemble. Ces derniers jours on ne s’est pas retrouvé, pratiquement ici chacun suit ses problèmes. Après l’école, je vais au travail, le soir quand tu rentres le soir on ne cherche que manger et dormir. N
ous vivons dans le même bâtiment depuis un an. […] Il est décédé deux jours avant qu’on ne soit informé. Kaba habitait dans la même chambre avec un autre homme insouciant. Ce dernier n’a pas pu comprendre que Kaba était décédé ; chacun a son lit dans la chambre.

C’est trois jours après qu’on s’est demandé de ses nouvelles, son colocataire dit qu’il est couché. Pour lui quand il sort peut-être Kaba se lève et mange et se couche encore…C’est ainsi qu’un autre voisin a décidé d’aller voir. Et effectivement Kaba n’était plus avec nous.
La police a demandé à son colocataire comment a-t-il pu partager la chambre avec un défunt sans comprendre. Il a répondu que pour lui, l’autre dormait seulement. À voir la position du défunt, c’est comme si la mort l’avait trouvé dans son sommeil : aucun mouvement du corps, il est resté inerte sous sa couverture, tranquillement, la tête sur sa main. C’est comme s’il dormait toujours », raconte ce guinéen.
Face à cette situation inhabituelle, la police allemande a quadrillé la zone, cernant les occupants de l’immeuble pour s’assurer qu’aucun acte criminel n’avait été commis. Après plusieurs heures d’examen, les autorités ont conclu à une mort naturelle.

« La police a démarqué pour quadriller toute la zone ici. Ils ont immobilisé tout le monde dans l’immeuble, ils ont pris du temps pour examiner le corps savoir si ce n’est pas une suspecte. C’est tard vers 3 heures du matin que les agents sont partis avec le corps quand ils se sont rendus compte que ce n’est pas le fait de quelqu’un. C’est après la police nous dit que nous sommes libres de tout mouvement », ajoute notre interlocuteur.
Un combat contre la maladie dans l’ombre de l’exil
Lamine Kaba était un homme affaibli par un mal qu’il traînait depuis l’Afrique. Malgré les soins reçus en Allemagne, la dialyse hebdomadaire était devenue son quotidien. Mamadou Diouma Diallo se souvient d’une de leurs discussions :
« Un jour je disais à Kaba : « Mon grand, je suis malade en Allemagne, j’ai mal partout ». Il me répondait : « Petit, tu n’es pas malade. Moi j’ai un problème rénal depuis l’Afrique, je suis obligé de faire une perfusion sanguine chaque semaine ». Souvent, des services médicaux venaient le prendre ici à destination de l’hôpital. […] C’est triste de perdre la vie de telle façon, loin de la famille, en pleine aventure pour tenter de changer la vie des siens. »

L’impossible rapatriement ?
Aujourd’hui, la famille de Lamine Kaba, installée entre l’Angola (où se trouvent sa femme et ses enfants) et Kindia en Guinée, souhaite rapatrier le corps. Cependant, le coût financier représente un obstacle majeur pour une communauté déjà éprouvée. Mamadou Dian Bah, un autre ressortissant guinéen basé à Hildesheim, explique la situation :
« Pratiquement il est décédé depuis le jeudi passé dans sa maison, les gens n’étaient pas informés. […] La famille souhaite le rapatriement de la dépouille en Guinée, mais le montant exigé est élevé : c’est autour de 4000 euros. Si le montant est trouvé, on va le faire ; à défaut, on va l’inhumer ici avec l’accord de la famille. Il y a une grande association des Guinéens dans la région, malheureusement Kaba n’était pas inscrit, donc il n’était pas connu de l’association. »

Lamine Kaba laisse derrière lui l’image d’un homme pieux et sérieux. Sur sa table de chevet, son Coran et son tapis de prière témoignent de sa foi, tandis que les condiments achetés le jeudi matin, restés intacts sous la table, rappellent la soudaineté de son départ.

« Lamine Kaba est un homme pieux. Il prie régulièrement. A côté de son lit, il y a son tapis de prières, son coran. Les condiments qu’il a acheté la veille du jeudi sont encore sous sa table. Il a eu ses papiers récemment. C’est un homme sérieux, il a eu les papiers avant nous tous », témoigne M. Diallo.
Alpha Ousmane Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 27 avril 2026 11:02
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