Aboubacar Kouyaté, vice-président des Guinéens en Ouganda : « La diaspora était délaissée… mais il y a eu un changement »
KAMPALA – Depuis près de 25 ans, Aboubacar Kouyaté vit en Ouganda, où il est une figure de la communauté guinéenne. Au micro d’Africaguinee.com, ce guinéen de la diaspora raconte le quotidien de ses compatriotes, leur solidarité et leur réussite dans le commerce. Il évoque aussi l’enthousiasme qui les anime à l’occasion du match du Syli national qui se jouera demain face à l’Ouganda. Au-delà du football, M. Kouyaté partage son regard sur les récents changements en Guinée. Il salue le soutien de l’État guinéen à sa diaspora et se dit « pleinement derrière le président Mamadi Doumbouya ». Entretien !
AFRICAGUINEE.COM : Vous êtes l’un des responsables de la communauté guinéenne en Ouganda. Depuis combien d’années vivez-vous dans ce pays ?
ABOUBACAR KOUYATÉ : Je suis le vice-président de la communauté guinéenne ici à Kampala, en Ouganda. Ça fait environ 24 ans que je vis ici. Nous avons une communauté assez importante, entre 350 et 400 personnes. Nous cohabitons avec des Maliens et des Sénégalais, sous la coordination de notre président Aly Sacko et avec le consul Aboubacar Sidiki Kourouma. Je suis le vice-président (de la communauté), et nous avons aussi un secrétaire, un porte-parole… Bref, tous les membres de la communauté sont représentés.
Vous êtes installés uniquement dans la capitale ou répartis dans d’autres régions du pays ?
Nous sommes principalement basés ici à Kampala, mais l’Ouganda est frontalier avec le Soudan du Sud, le Congo, le Kenya, le Rwanda… Donc il y a des Guinéens un peu partout. On se retrouve chaque fin de mois pour discuter et organiser des actions. On collecte aussi des contributions pour venir en aide aux Guinéens en difficulté, notamment ceux qui viennent du Soudan ou du Congo et qui n’ont pas les moyens. On les accompagne, parfois même pour les aider à retourner au pays. On est quand même très unis, très soudés. Quand le Syli national vient ici, on est toujours présents. Quand le Syli local a joué au Rwanda, l’un des nôtres s’est rendu à Kigali pour les soutenir. Et maintenant qu’ils sont ici, on est mobilisés.
Le consul est arrivé hier, et l’ambassadeur basé en Éthiopie devrait arriver dans les jours à venir. On se prépare pour bien accueillir tout le monde, pour que les joueurs se sentent ici comme chez eux. Nous-mêmes, on vit ici comme à la maison. Le président ougandais Yoweri Museveni nous a bien accueillis, et il n’y a pas de discrimination. On se sent à l’aise ici.
Comment vous organisez-vous pour suivre les matchs de la Guinée disputés en Ouganda ?
Quand il y a un match, on s’organise ensemble. On se rend au stade, et comme vous l’avez vu, l’ambiance est bonne. On est avec les Ougandais, il n’y a pas de problème. Ils ont l’esprit sportif. On est là pour supporter notre équipe, et on est très contents de la victoire contre le Niger. Les joueurs ont mouillé le maillot, ils se sont bien battus. Ce qui manque un peu, c’est l’efficacité devant le but. Mais je pense que ça va s’améliorer dans les prochains matchs.
On prie Dieu pour eux, on les encourage, et on espère qu’ils iront le plus loin possible dans cette compétition. C’est aussi pour ça qu’on est là. On est heureux de voir aussi nos compatriotes journalistes, ils ont été bien accueillis. On espère que notre présence ici leur permet de se sentir à l’aise, comme chez eux.
Même si on est loin du pays, ici aussi c’est devenu un peu chez nous. Nos enfants sont nés ici, ils ont grandi ici. Nous-mêmes, cela fait près de 25 ans qu’on vit en Ouganda, donc on commence à s’y sentir vraiment chez nous. Ce vendredi, pour le match contre l’Ouganda, on va se mobiliser fortement pour soutenir notre équipe nationale. On espère une victoire. Franchement, nous sommes très contents et satisfaits d’être ici.
La vie est-elle facile pour les Guinéens vivant en Ouganda ?
Non, que ce soit en Ouganda ou ailleurs, la vie n’est jamais totalement facile. Mais beaucoup de Guinéens qui vivent ici arrivent à s’en sortir. Beaucoup sont dans le commerce. L’Ouganda est frontalier avec le Soudan du Sud et le Congo, donc c’est un centre important de business. Tout ce qui est acheté ici est revendu dans les pays voisins. Il y a beaucoup de nourriture, d’échanges, de marchés… Même s’ils n’ont pas de port, ils dépendent de ceux du Kenya ou de la Tanzanie, mais ils ont bien organisé leur économie. Ici, si tu travailles, tu peux t’en sortir.
Quand on est dans un pays étranger, il faut se battre. Tu dois payer le loyer, l’école, l’hôpital… Ce n’est pas comme chez toi. Mais les gens ici s’en sortent bien. Beaucoup d’entre nous ont investi ici, on travaille, on vit bien. Ce n’est pas facile à 100 %, mais même au pays ce n’est pas évident non plus. Donc dans l’ensemble, ça va. Les gens se débrouillent, surtout grâce au commerce avec le Soudan ou le Congo.
Depuis l’Ouganda, comment observez-vous l’évolution de la Guinée ces dernières années ?
Franchement, ces dernières années, nous, la diaspora, on avait le sentiment d’être un peu délaissés. Mais depuis l’arrivée du président général Mamadi Doumbouya, les choses ont changé. On sent qu’il est vraiment impliqué dans les questions de la diaspora. Aujourd’hui, on est considérés. Quand l’ambassadeur est là, il vient nous rendre visite à domicile. Quand il y a un deuil ou un problème quelconque, on reçoit du soutien. Il y a une véritable attention portée aux Guinéens de l’étranger, et il faut s’en féliciter. On est pleinement derrière le président, on l’encourage.
Moi-même, je suis allé en Guinée l’année dernière. Comparé à ce que j’ai vu il y a 4 ou 5 ans, il y a une vraie évolution. C’est très différent. On voit les progrès, et franchement, tout va bien. Nous soutenons à 100 % le président dans ce qu’il fait.
Le match Guinée-Ouganda se jouera ici à Kampala. Vous êtes environ 400 Guinéens, face à des milliers de supporters ougandais. Comment comptez-vous faire le poids dans le soutien à l’équipe nationale ?
On est vraiment mobilisés pour ce match. En plus, je pense que l’Ouganda est un peu découragé après ses résultats précédents. Leur moral est bas, ils sont sous pression. C’est le bon moment pour les affronter.
Même s’ils seront nombreux dans les tribunes, nous, on sera là, bien organisés. Les Maliens sont prêts à nous soutenir, les Sénégalais aussi. J’ai même rencontré le conseiller de la Première ministre, monsieur Damaro, pour obtenir plus de tickets et mobiliser du monde.
Même si on est en minorité dans le stade, notre voix se fera entendre. On va pousser le Syli local à la victoire. L’adversaire est fragilisé. Avec la pression des médias et des supporters ougandais, ils peuvent craquer à tout moment. C’est maintenant ou jamais !
Quel message adressez-vous à vos compatriotes Guinéens qui vous suivent depuis l’étranger ou depuis la Guinée ?
Je leur dirais de continuer à soutenir notre équipe, malgré les déceptions qu’on peut parfois connaître. C’est vrai, beaucoup sont déçus, et c’est compréhensible. Mais regardez des pays comme la Zambie ou l’Égypte : ce sont les joueurs locaux qui ont permis de bâtir une équipe nationale solide. Chez nous aussi, il faut encourager les joueurs locaux. C’est à travers notre soutien qu’ils pourront se surpasser et produire de bons résultats. Il ne faut pas les abandonner. Quand ils se sentent soutenus, ça se reflète sur le terrain.
Ce n’est pas toujours facile, mais restons unis. Soutenons notre Syli national, et en particulier les joueurs locaux. Ils ont du potentiel et peuvent vraiment faire la fierté du pays. J’invite tout le monde à rester mobilisé derrière l’équipe.
AFRICAGUINEE.COM : Merci beaucoup M. Kouyaté.
Merci à vous.
Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo
Depuis Kampala
Pour Africaguinee.com
Créé le 7 août 2025 19:36Nous vous proposons aussi
TAGS
étiquettes: Diaspora guinéenne, Ouganda









