À la rencontre de Diogo Baldé, porteur de handicap au parcours exceptionnel

TOUGUÉ – Né en 1989, Abdourahmane Diogo Baldé est porteur de handicap depuis sa naissance. Grâce à un parcours exceptionnel et à son courage, qui lui ont ouvert des portes, il s’est offert une place incontournable au sein de sa communauté.

Âgé de 37 ans, Diogo Baldé est enseignant à l’école élémentaire de Koin, située à environ 41 km de la commune urbaine de Tougué. Dès son enfance, il a tenté de s’affranchir de son handicap pour éviter de dépendre des autres. Comme tout enfant en âge scolaire, il est allé à l’école et a réussi tous ses examens du primaire au secondaire.

Après l’obtention de son deuxième baccalauréat au lycée de Matam, il fait son entrée à l’École normale d’instituteurs de Conakry, d’où il sort qualifié pour enseigner. Depuis, il exerce dans l’enseignement. Insatiable, il s’inscrit ensuite à l’Institut de formation à distance, filière Économie-Gestion.

Très attaché à son village natal, il décide d’y retourner pour servir sa communauté. Aujourd’hui membre de la délégation spéciale de Koin, Abdourahmane Diogo Baldé est un polyvalent avéré. Il est informaticien, technicien en énergie solaire, maintenancier et enseignant.

Marié à trois femmes, il est père de neuf enfants. Africaguinee.com l’a rencontré dans son Koin natal.

« Je dois tout à mes parents qui ne m’ont pas abandonné. Ils ont compté sur moi pour financer mes études et ont porté un immense espoir sur moi. Après mes 2 bacs, on m’a orienté à l’Ecole Normale d’Instituteurs de Conakry. Parallèlement j’ai fait l’ISFAD (institut supérieur de formation à Distance) filière économie-gestion. Je suis enseignant de profession et j’ai ma classe à l’école primaire de Koin centre ici »

Abdourahmane Diogo Baldé, à quel moment de la vie vous-êtes-vous rendu compte de votre situation de handicap mais qui ne vous a jamais ébranlé ?

Oui parce que dans la vie il faut toujours avoir un peu de difficultés. Des difficultés j’ai connu comme toute personne porteuse de handicap. Mais à un moment j’ai cessé de ressentir mon handicap, j’ai considéré que les difficultés n’étaient pas majeures. Je n’ai pas renoncé à être avec mes amis d’enfance, je suis allé partout derrière eux, je n’ai pas senti la différence. La stigmatisation je ne l’ai pas ressentie aussi autour de mes amis, c’est comme si j’étais comme eux. Même à l’occasion des matchs de football on ne m’a pas exclu ; on me disait toujours de rester au goal ici pour prendre le ballon.

Comment le parcours s’est-il passé à l’école (élémentaire, secondaire jusqu’à l’université) d’où vous avez rencontré des personnes venues de tous les horizons ?

D’abord je suis allé à l’école très tôt, mon père étant directeur d’école m’a inscrit tôt, on habitait dans l’enceinte de l’établissement à Koin ici. Le rejet je n’en ai pas été victime, en tout cas je n’en ai pas mis dans ma tête. Je suis allé dans des écoles à Conakry où l’accès est difficile. Des conditions m’ont été créées pour que j’accède facilement. Au Lycée Matam, en terminale j’étais dans la salle 36 au 3ème étage. Faire le contour, grimper jusqu’au 3eme étage c’est un problème avec les énormes escaliers mais au niveau de la salle 36, il y a des escaliers raccourcis qu’on n’ouvre pas pratiquement. A mon arrivée au lycée Matam une faveur m’a été accordée, ils ont ouvert les escaliers pour que j’accède directement à la salle. A côté le problème du déplacement même les personnes aux membres complets en souffrent ; j’ai eu aussi des difficultés mais je me suis débrouillé comme tout le monde.

C’est en 2010 que j’ai terminé mes études pour aller directement à l’enseignement….

Avec le système d’alors, une fois sorti de l’ENI, le couloir de l’enseignement est directement ouvert. Après l’ENI, vous êtes automatiquement en situation de classe. J’ai commencé à enseigner au compte de la DCE de Ratoma mais je ne voulais pas rester à Conakry en réalité. Je tenais à rentrer chez moi pour enseigner par là. Avant on engage automatiquement au compte de l’éducation ; le fait de cette permutation, j’ai perdu ma procédure d’engagement parce qu’à cette époque-là tu finis l’ENI on t’engage directement. Mon déplacement vers l’intérieur a fait que je ne suis pas engagé. En 2018, le recrutement des enseignants a été relancé, je suis devenu le coordinateur des enseignants contractuels à Tougué ; malheureusement vous savez de quoi Tougué est victime lors de ce recrutement. Les contractuels de Tougué sont victimes de négligence de la part de la DPE de Tougué. C’est pourquoi nous n’avons pas été engagés via cette procédure qui s’est poursuivie en 2023. Les 10000 enseignants pris en charge en 2023, le lot de Tougué n’a pas été pris en compte parce que la liste des contractuels qui ont fait la pratique de classe n’a pas été remontée. Comme partout ailleurs, à Tougué on a fait la pratique de classe, la biométrie et même l’identification ; tout le processus. Malheureusement notre liste n’est pas remontée. C’est cette année que le syndicat et le gouvernement ont signé un protocole d’accord dans lequel notre cas fait partie. On attend encore la signature de l’arrêté d’engagement. On nous promet que dans 2 mois tout sera effectif. En tout cas avec le protocole d’accord du 3 janvier 2026, il est dit que la mise en exécution ne doit pas excéder les 2 mois.

Parallèlement à l’enseignement, comment êtes-vous devenu membre de la délégation spéciale de Koin. Le choix est venu dans quel cadre ?

 

Le choix n’est pas venu du hasard. Je suis aussi membre de la DSPJ (direction sous-préfectorale de la jeunesse). Je suis le secrétaire administratif de la DSPJ de Koin. Quand il a été demandé que les différentes structures remontent des noms pour la composition de la délégation spéciale ; les retraités, la société civile, les sages ; les religieux, la jeunesse et les femmes, chaque entité a présenté des candidats. Coté jeunesse j’ai été candidat

Il n’y a pas eu d’altercations ; certains n’ont pas dit qu’une personne vivant avec handicap ne peut pas se représenter ?

rires, non ! non ! plutôt tout le monde était content de me voir au sein de l’équipe communale. Depuis mon arrivée à la commune aussi, je ne suis ségrégé, je suis plutôt respecté et aimé par tous. Je suis dans le travail d’équipe. Les choses marchent bien comme partout où je suis passé.

En fait j’ai mis mon handicap de côté pour vivre loin de la victimisation

Dans la vie il faut être résilient, c’est le plus important. Je me sens bien partout. Ce qui a payé depuis l’enfance, j’ai classé mon handicap de côté ; j’ai refusé de l’utiliser pour me victimiser. Il faut avoir le courage d’atteindre les objectifs et travailler comme toute personne sans défaut. Pour mon cas, j’élargis mes champs d’activités pour vivre. Je fais beaucoup de choses. Il y a certains travaux quand je passe, on se demande si ça vient de moi. Parallèlement à l’enseignement, j’ai fait la maintenance des téléphones, je suis informaticien, je suis dans l’installation de panneaux solaires bâtiment. J’ai eu une équipe pour faire ce travail. Je dirige l’équipe je montre comment on fait les autres se mettent sur le toit des bâtiments pour boucler

Je suis marié à 3 femmes et père de 9 enfants….

J’ai beaucoup d’enfants au total 9. 3 femmes (éclats de rire) il faut faire la différence quand-même pour ne pas qu’on dise c’est son handicap qui l’a empêché de faire ça.

Un message au président de la République

J’encourage le président de la République à penser aux personnes vivant avec handicap. Nous lui restons reconnaissant parce que Massoud Barry la première conseillère au CNT que nous considérons députée est porteuse de handicap. Cela a eu lieu au temps de l’actuel président de la République. Cela a été une fierté pour nous vraiment. On s’est senti considéré. Nous demandons au président de penser davantage à nous. Parmi nous, il y a des intellectuels. Nous sommes dans tous les corps de métiers et domaines. Nous sommes capables de faire beaucoup de choses. On peut être des secrétaires, des assistants. On peut aussi exercer des postes de responsabilités. C’est vrai les choses ne sont pas faciles mais il y a des gens parmi nous qui sont stigmatisés en dépit de leurs compétences. Certains ont fini les études avec assez de compétences mais à cause de leur handicap ils sont laissés dans leur coins.

Merci à vous Diogo Baldé et bon courage !

Merci à vous aussi africaguinee.com

 

Alpha Ousmane Bah

Pour africaguinee.com

Tel. (+224) 664 93 45 45

 

Créé le 8 février 2026 16:18

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