A Conakry, la pratique du « tronçon » au cœur des tensions entre chauffeurs et clients

CONAKRY – À Conakry, la pratique dite du « tronçon coupé » continue de susciter grogne et incompréhension chez de nombreux usagers des transports urbains. Sur plusieurs axes routiers stratégiques de la capitale, des conducteurs de taxis urbains et de tricycles sont accusés de fractionner les trajets en imposant aux passagers des descentes prématurées, les obligeant ainsi à payer plusieurs transports pour rallier leur destination.

Selon des témoignages recueillis par notre rédaction, cette pratique est observée notamment sur la Route Le Prince, l’autoroute Fidel Castro, ainsi que sur la T7, au niveau du rond-point de Hamdallaye.

« On paie double pour un même trajet »

Au marché de Cosa, Mariama Keïta, vendeuse de légumes, dénonce une situation devenue récurrente :« J’habite à Sonfonia et je vends au marché de Cosa. Chaque matin et chaque soir, c’est le même problème. On monte dans un taxi pour aller jusqu’à Sonfonia Gare, mais à mi-chemin, le chauffeur dit qu’il s’arrête à Enco 5. Ensuite, il prend d’autres passagers d’Enco 5 jusqu’à la T6, où il demande encore à tout le monde de descendre. Les gens sont obligés de prendre un autre véhicule et de repayer. À la fin, on paie presque le double ou le triple », déplore-t-elle, visiblement excédée.

Même constat du côté de la Tannerie, où nous avons rencontré Alpha Oumar Sy :« Cette situation se produit surtout le matin et le soir, lorsqu’il y a beaucoup de personnes qui cherchent un taxi pour rentrer, notamment en période de Ramadan et de Carême. Les chauffeurs évoquent les embouteillages ou le manque de rentabilité pour justifier l’arrêt avant destination. Mais nous aussi, nous avons nos contraintes. Ce n’est pas normal de couper le trajet sans prévenir les passagers, surtout en cette période de Ramadan », fustige-t-il.

Au carrefour de Nongo, Mamadou Aliou Bah pointe particulièrement du doigt les conducteurs de tricycles :« Les tricycles font exactement la même chose. Tu montes pour un point précis, mais ils s’arrêtent avant et demandent aux passagers de descendre. Si tu refuses, ils te disent de chercher un autre engin. Parfois, ils annoncent qu’ils vont jusqu’à un certain niveau, puis changent d’avis en cours de route pour prendre d’autres clients. Pour mettre fin à ce problème qui touche les citoyens de Conakry, nous demandons au ministère des Transports de mettre en circulation les bus et taxis annoncés récemment », explique-t-il.

Les conducteurs se défendent

Interrogé sur ces accusations, Jean Kamano, conducteur de tricycle, tente de justifier cette pratique :« Souvent, il y a trop d’embouteillages. Si on effectue tout le trajet, on perd du temps et du carburant. Nous sommes obligés de couper pour pouvoir multiplier les rotations et gagner quelque chose », affirme-t-il.

 

De son côté, Lamarana Kanté, chauffeur de taxi urbain à Conakry, évoque des raisons économiques :« Le prix des pièces détachées est élevé, nous avons une famille à nourrir et il n’y a pas eu d’ajustement des tarifs du transport. Si nous ne faisons pas de coupe tronçons, nous travaillons à perte. Ce n’est pas contre les clients, c’est pour survivre », se défend-il.

Un appel à la régulation

Face à cette situation, de nombreux usagers appellent les autorités, notamment les services en charge des transports, à renforcer les contrôles sur les axes concernés, en particulier la Route Le Prince et l’autoroute Fidel Castro, considérées comme des artères vitales de la capitale.En attendant d’éventuelles mesures, à Conakry, la pratique du « tronçon » continue d’alimenter tensions et incompréhensions entre conducteurs et passagers, chacun campant sur ses positions dans un contexte socio-économique de plus en plus difficile.

 

Mamadou Yaya Bah 

Pour Africaguinee.com

Créé le 24 février 2026 14:25

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