Guinée : Subventions, élections, recrutement, primes…où vont passer les 67 925 milliards de la LFR 2026 ?

CONAKRY- Portées par un budget général réévalué à 67 925,87 milliards GNF (+5,83%), les dépenses publiques guinéennes connaissent une profonde réorientation dans la Loi de Finances Rectificative (LFR) 2026 adoptée ce samedi. Entre le gel du prix du carburant à 12 000 GNF et l’octroi de primes de performance, l’État fait exploser ses dépenses courantes (+18,06%) au détriment des investissements publics, amputés de plus de 10 %. Décryptage d’un arbitrage budgétaire à mi-parcours qui tente de préserver le pouvoir d’achat tout en contenant le déficit à 2,01 % du PIB.

Réunis en séance plénière ce samedi 7 novembre 2026, les députés à l’Assemblée nationale ont adopté le volet dépenses du projet de Loi de Finances Rectificative (LFR) pour l’année 2026. Sur les 114 députés présents, 112 ont voté pour et 2 contre. Cette révision à mi-parcours des prévisions budgétaires consacre des ajustements face à la conjoncture macroéconomique.

Le point sur les chiffres clés et les priorités réorientées

Globalement, les prévisions de dépenses de l’État connaissent une hausse de 5,83%, s’établissant désormais à 67 925,87 milliards GNF, contre 64 181,37 milliards GNF prévus dans la Loi de Finances Initiale (LFI 2026), soit une augmentation absolue de 3 744,50 milliards GNF.

Budget Général : hausse marquée des dépenses courantes

Les dépenses du Budget Général sont réévaluées à 65 516,67 milliards GNF (+6,09%). Cette dynamique est principalement portée par l’explosion des dépenses courantes, qui grimpe de 18,06% pour atteindre 41 954,40 milliards GNF.

Cette hausse des charges courantes se détaille comme suit :

  • Subventions et transferts (+66,84%) : C’est le poste qui enregistre la plus forte progression pour s’établir à 15 828,31 milliards GNF. Une hausse expliquée par la volonté de l’État de maintenir le prix du carburant à la pompe à 12 000 GNF (représentant 4 576,7 milliards GNF de pertes de recettes consenties), l’allocation d’une provision de 913 milliards GNF pour le mécanisme de stabilisation des hydrocarbures, ainsi que des transferts vers les chambres d’agriculture et de commerce (564,94 milliards GNF).
  • Biens et services (+876,26 milliards GNF) : Les charges atteignent 9 659,67 milliards GNF, portées notamment par la prise en compte du reliquat lié à l’organisation des élections législatives et communales (367,15 milliards GNF).
  • Dépenses de personnel (+1,02%) : Elles s’élèvent à 12 629,84 milliards GNF. Cette légère augmentation (+127,92 milliards GNF) s’explique par l’octroi de 250 milliards GNF de primes de performance à la Direction Générale des Impôts et le recrutement de 939 nouveaux agents de police à compter d’août 2026.
  • Dette publique (-19,48%) : Seule note d’allègement, les charges financières de la dette régressent pour s’établir à 3 836,58 milliards GNF, grâce à l’actualisation des échéanciers des intérêts de la dette intérieure (-843,18 milliards GNF) et extérieure (-85,08 milliards GNF).

Repli des investissements publics

À l’inverse du fonctionnement, les dépenses d’investissement subissent un coup de frein. Elles sont révisées à 23 562,27 milliards GNF, contre 26 218,07 milliards GNF initialement, soit un recul de 10,13% (-2 655,80 milliards GNF). Le Gouvernement justifie ce repli par le report à 2027 du démarrage de certains projets dont le niveau de maturation est jugé insuffisant.

Les investissements se répartissent en :

  1. Dépenses projets (84,95%) : Fixées à 20 015,98 milliards GNF, elles sont financées à 45,78 % par les ressources intérieures et à 43,22% par les bailleurs extérieurs.
  2. Dépenses hors projets (15,05%) : Elles s’élèvent à 3 546,28 milliards GNF et couvrent des allocations ciblées :
    • Fonds d’Entretien Routier (FER) : 1 451,02 milliards GNF.
    • Prises de participation : 284,70 milliards GNF.
    • Équipements scolaires et sanitaires : 225 milliards GNF pour l’achat de bâtiments/mobiliers scolaires et 132,35 milliards GNF pour le matériel médical.
    • Logistique des élus et institutions : 196 milliards GNF alloués au complément des frais d’acquisition de véhicules pour les députés, sénateurs, maires et présidents d’institutions constitutionnelles.
    • Transports urbains : 40 milliards GNF pour la poursuite de l’achat de bus.

Ajustement du côté des Budgets d’Affectation Spéciale (BAS)

Les dépenses des BAS accusent un léger repli de 0,70% pour s’établir à 2 409,20 milliards GNF :

  • FNDL (Développement local) : 1 114,44 milliards GNF (-4,86%).
  • FODECCON (Communes de Conakry) : 708,26 milliards GNF (+9,07%).
  • FIM (Mines) : 371,48 milliards GNF (-4,86%).
  • FCE (Éducation) : Maintien au niveau initial de 215,02 milliards GNF.

Un déficit budgétaire sous contrôle

Au terme de cet exercice de recentrage, le solde budgétaire affiche un déficit de -7 861,40 milliards GNF. En dépit de cette contraction, le déficit public rapporté au Produit Intérieur Brut (PIB) s’améliore légèrement, s’établissant à -2,01% du PIB, contre -2,07% prévu lors de la Loi de Finances Initiale.

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 8 novembre 2026 00:09

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