Traque des nids de criminels à Conakry : opération d’envergure au Port de Boulbinet, plusieurs interpellations
CONAKRY– C’est une offensive d’envergure contre le grand banditisme et la criminalité urbaine qui vient d’être lancée au cœur de la capitale guinéenne. Ce samedi 24 octobre 2026, une unité mixte composée de gendarmes et de policiers a mené une vaste opération de déguerpissement et de démantèlement des lieux considérés comme criminogènes au Port de Boulbinet, situé dans la commune de Kaloum.
Selon les autorités, cet endroit servait jusqu’ici de repaires pour la préparation de crimes, de refuges pour les délinquants, mais aussi de lieux de vente et de consommation de stupéfiants.

L’assaut a été conduit conjointement par la Direction régionale de la gendarmerie de Conakry et la Direction régionale de la police de Conakry, appuyées par la Direction nationale de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme (DATU), le parquet du Tribunal de Première Instance (TPI) de Kaloum et la Mairie de Kaloum. L’intervention fait suite à une réquisition formelle du Procureur général près la Cour d’appel de Conakry, Fallou Doumbouya.
Sur le terrain, le bilan provisoire fait état de plusieurs dizaines de personnes interpellées (de nationalités guinéenne et léonaise) en possession de substances nuisibles, notamment de la drogue et du cannabis.

Découverte stupéfiante en plein cœur de Kaloum
Présent sur les lieux pour coordonner les opérations, le commandant de la gendarmerie régionale de Conakry, le Général Aguibou Mouctar Tall, a rappelé le contexte de cette descente.
« Le Procureur général près la Cour d’appel de Conakry a pris des réquisitions pour requérir les forces de l’ordre pour démanteler les lieux criminels et les repaires servant à la préparation, à la commission ou au refuge des délinquants. À cet effet, nous avons procédé d’abord à l’identification de certains lieux criminogènes avec les services de renseignement, raison pour laquelle, ce matin, nous avons déclenché ces opérations. Vous remarquerez la présence de tous les acteurs, à commencer par le procureur de la République près le tribunal de première instance de Kaloum, le maire de la commune, la Police nationale et le directeur national de la DATU, ainsi que l’ensemble des autres acteurs », a expliqué le Général Aguibou Mouctar Tall.

L’officier de la gendarmerie nationale n’a pas caché sa surprise face aux découvertes faites par les forces de l’ordre, dénonçant un laisser-aller inacceptable de la part des autorités locales.
« Dès le début des opérations, les premiers constats ont mis en évidence l’interpellation de personnes en possession de stupéfiants, ainsi que d’individus sans abri et sans identité. La Direction générale des polices de l’air et des frontières est à pied d’œuvre pour les identifier et déterminer leur provenance. Plus paradoxal encore, nous avons découvert en plein milieu des opérations un champ de cannabis (chanvre indien) dissimulé dans un enclos clôturé en tôle, muni d’un sous-bassement et d’un cadenas », a-t-il révélé.

Rappelant qu’il s’agit de la énième opération menée sur ce site, le Général Aguibou Mouctar Tall a martelé que le ton va changer.
« Cette fois-ci, nous ne serons pas tendres, même avec les autorités locales. Il est paradoxal que tous les services de sécurité et administratifs soient représentés dans ce port à savoir la gendarmerie, la police, la direction communale de la pêche, le chef de port et que de telles infractions continuent de proliférer en plein cœur de Kaloum. C’est inadmissible et inacceptable, car chacun a un devoir de redevabilité envers la population. Chacun (d’entre eux) devra répondre de ses actes », a-t-il prévenu.
« Cette opération ne sera pas un feu de paille »
S’exprimant sur la pérennité de cette offensive, le commandant de la gendarmerie régionale de Conakry s’est voulu être catégorique.

« Si ces autorités avaient alerté à temps et pris leurs dispositions pour identifier les personnes fréquentant ces lieux, nous ne serions pas revenus aujourd’hui pour casser des emprises. Cette opération est menée conformément aux instructions du commandant du poste de commandement opérationnel de la sécurité intérieure, du haut-commandant de la Gendarmerie nationale et directeur de la justice militaire, le général de corps d’armée Balla Samoura. Nous irons jusqu’au bout de ces opérations, et tout ce qui est illicite sera assaini. Le coup d’envoi a été donné dans la commune de Kaloum, précisément à ce port où, à quelques mètres de là, on produisait du cannabis », a-t-il affirmé.

Le Général Aguibou Mouctar Tall a profité de l’occasion pour lancer un appel solennel aux citoyens de la capitale guinéenne.
« Le numéro vert 106, est ouvert. Lorsque vous appelez, votre identité reste anonyme. Quiconque a connaissance d’un lieu de refuge de criminels, d’un repaire de bandits ou de toute activité portant préjudice au bon fonctionnement de l’État peut appeler. Dans les jours suivants, une action sera menée conformément à la loi. Nous ne sommes pas là pour nuire à des innocents ; toutes nos actions respectent strictement la loi et les droits humains », a-t-il rassuré.
Une traque étendue à tout le Grand Conakry
De son côté, le Directeur régional de la police de Conakry a confirmé que la dynamique s’étendra bien au-delà de la commune de Kaloum.

« Chacun doit savoir que les services de défense et de sécurité ont été requis par le Procureur général dans le cadre de la protection des personnes et de leurs biens. Bien avant cette réquisition, nous avions déjà ciblé l’ensemble des zones criminogènes de Conakry et du Grand Conakry. Par conséquent, toutes les zones signalées pour criminalité, consommation de drogue ou détention d’objets illicites feront l’objet de descentes. Les repaires de ces criminels seront détruits, et les mis en cause interpellés et traduits en justice avec des preuves à l’appui. Toutes les personnes arrêtées avec des preuves seront jugées par la justice. C’est une action qui va continuer et ne s’arrêtera pas tant que nous n’aurons pas traqué tous les bandits de la ville de Conakry », a martelé le Commissaire divisionnaire Abdoulaye Sanoh.
Justice et fermeté : La réaction du Parquet et de la Mairie
Représentant l’appareil judiciaire sur le terrain, la Substitut du Procureur près le TPI de Kaloum, a tenu à saluer le déroulement des opérations tout en pointant du doigt les défaillances locales.

« Je salue le professionnalisme avec lequel le travail est mené dans le respect de la loi et des droits des citoyens. Les personnes interpellées se trouvaient dans des situations compromettant gravement l’ordre public et le respect de la loi ; elles sont actuellement auditionnées, et les objets saisis ont été inventoriés. J’ai donné des instructions au commandant de la région et à la police pour rassembler toutes les preuves, car nous sommes dans un État de droit et les droits des citoyens doivent être respectés », a indiqué Djénè Cissé avant d’afficher son indignation face au comportement des responsables du port de Boulbinet.

« Ce que je déplore sur le terrain, c’est que ces plantations de cannabis soient cultivées ici au vu et au su de tous, sans que l’administration locale n’ait réagi, alerté ou s’y soit opposée. Il est aberrant qu’en plein cœur de Conakry, la population consomme des stupéfiants à grande échelle et prépare des crimes », déplore Djénè Cissé.
Face à cette offensive, l’autorité communale dit apporter tout son soutien aux forces de sécurité. Le maire de Kaloum réclame toutefois un suivi rigoureux pour éviter tout retour à la case départ.

« La décision du procureur de Kaloum est salutaire. Nous adressons nos remerciements aux forces de défense et de sécurité ainsi qu’à la DATU. Nous leur demandons simplement de nous aider à pérenniser cette action. Parce que c’est la nième fois qu’on déguerpisse ces gens », a conclu Aboubacar Bangoura.
Un constat partagé par le Directeur national de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme (DATU) qui déplore la récidive sur les emprises publiques.
« Vous remarquerez avec moi que ce n’est pas la première fois que nous déclenchons cette opération. L’année dernière, nous avions déjà mené la même opération de démantèlement et de déguerpissement des zones criminogènes. Les zones qui font l’objet de déguerpissement aujourd’hui sont les mêmes que nous avions ciblées auparavant. Cela témoigne d’une responsabilité partagée. Aujourd’hui, il s’agit d’une relance de cette opération qui va s’étendre sur le Grand Conakry.

Cette fois-ci, nous ne serons pas cléments vis-à-vis des auteurs d’installations anarchiques et de nids de bandits. Ils seront traqués, arrêtés et mis devant les faits accomplis. Nous voulons assainir complètement Conakry pour redorer l’image de notre capitale. Laisser prospérer des occupations anarchiques n’est pas normal. C’est pourquoi nous prenons les mesures nécessaires, et quiconque s’installera dans les zones déguerpies sera interpellé », a mis en garde Amadou Doumbouya.
Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 24 octobre 2026 17:24Nous vous proposons aussi
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étiquettes: Déguerpissement, Insécurité à Conakry









