Où reposera l’Almamy Bocar Biro après la restitution de ses restes ? Le ministre Moussa Moïse Sylla tranche

CONAKRY- La Guinée et la France sont en pourparlers pour le retour au pays de biens culturels et de restes humains d’anciens résistants à la pénétration coloniale.

Dans cet entretien, le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, revient sur la portée politique, mémorielle et scientifique de cette démarche historique portée par le gouvernement guinéen.

Il détaille la stratégie retenue par le gouvernement pour accueillir les restes de l’Amamy Bocar Biro et réunir sa dépouille au sein d’un futur Panthéon à Camayenne.

Quelle est la portée des démarches actuelles menées par la Guinée auprès de la France pour la restitution de ces biens et restes humains historiques ?

MOUSSA MOISE SYLLA : Ces demandes adressées à la France revêtent une importance capitale. Pour nous, il ne s’agit nullement de simples actes administratifs. C’est une question de justice historique et de réhabilitation de figures majeures de notre récit national, trop souvent dépeintes au rabais par l’historiographie coloniale.

C’est une démarche éminemment sérieuse, portée au plus haut sommet de l’État par le Président de la République, Mamadi Doumbouya. Il tient fermement à ce que ces héros nationaux réintègrent la patrie dans la dignité absolue et que tout soit mis en œuvre pour leur rendre l’hommage qu’ils méritent.

Quel projet mémoriel et culturel entourez-vous autour de ce retour ?

S’agissant des biens culturels, nous avons un projet d’envergure dédié à l’Almamy Samory Touré. Conakry ayant été désignée « Ville créative de l’UNESCO » dans le domaine de la littérature, un musée consacré au livre va voir le jour. Ce n’est plus une simple intention, mais un chantier concrètement engagé : les crédits nécessaires ont été alloués dans la Loi de finances initiale (LFI).

La pièce maîtresse de ce futur premier Musée du Livre en République de Guinée sera le Coran de l’Almamy Samory Touré. Nous avons donc une vision claire et précise de son affectation.

Concernant les restes humains de nos ancêtres -notamment ceux de l’Almamy Bocar Biro Barry et de ses compagnons-, ils reposeront conformément à nos traditions et coutumes. Le mausolée situé à Camayenne, à proximité de la grande mosquée Fayçal, sera érigé en panthéon national. Une procession funèbre solennelle redonnera toute leur dignité à ces héros partis en captivité et qui reviendront sur leur terre ancestrale en véritables figures de la nation.

Vous exigez de la France un calendrier clair et précis. Quel est l’horizon temporel envisagé pour ce retour ?

Les discussions avec la partie française se poursuivent de manière constructive. C’est dans ce cadre que nous avons adressé une invitation officielle à M. l’Ambassadeur Jean-Luc Martinez, chargé par la présidence française de la coopération dans le domaine du patrimoine.

Nous avons de très bonnes raisons d’espérer qu’avant la fin du premier trimestre 2027, les restes de nos ancêtres, le Coran de l’Almamy Samory Touré ainsi que d’autres objets majeurs seront de retour en Guinée.

Il convient de préciser que les procédures dépendent de deux cadres juridiques distincts. La loi française de mai 2026 encadrant les objets culturels attend la finalisation de ses textes d’application pour être pleinement opérationnelle. En revanche, la loi sur la restitution des restes humains est d’ores et déjà applicable. Des pays comme l’Algérie ou Madagascar en ont d’ailleurs déjà bénéficié. Ainsi, tout en dissociant juridiquement les deux requêtes, nous veillons au respect du calendrier : un retour des restes humains d’ici le premier trimestre 2027, suivi par celui des biens culturels dès la promulgation des décrets d’application.

S’agissant de l’Almamy Bocar Biro Barry, vous évoquez un transfert vers le panthéon de Camayenne, alors qu’une partie de sa dépouille repose à Porédaka. Comment ce processus d’unification va-t-il être géré ?

Dans le souci d’une démarche rigoureuse, nous avons mis en place deux comités scientifiques composés d’experts reconnus, car cette question relève de la recherche et de l’anthropologie. Le Centre International de Recherche et de Documentation (CIRD), qui coordonne l’ensemble du processus, a réuni des spécialistes guinéens, africains et internationaux.

Ces chercheurs détermineront scientifiquement les modalités du transfert et de la réunification des dépouilles. Le souhait exprimé par la descendance de l’Almamy Bocar Biro Barry est qu’il puisse reposer aux côtés des compagnons avec lesquels il a partagé le combat et le destin. Pour la famille comme pour la nation tout entière, ce regroupement au sein du Panthéon constituera l’acte ultime de sa réhabilitation.

Les relations franco-guinéennes ont souvent été complexes à travers l’histoire. Que symbolise l’aboutissement de cette procédure pour les rapports actuels entre Conakry et Paris ?

Cela atteste d’un apaisement mutuel et de notre entrée dans une nouvelle ère diplomatique. Les premières requêtes de restitution remontent à 1968, sous la présidence d’Ahmed Sékou Touré, soit dix ans après le « Non » historique de 1958.

Aujourd’hui, la Guinée demeure fidèle à ses principes : fière de son histoire, digne et jalouse de sa souveraineté. Cependant, les démarches renouvelées sous la magistrature du Président Mamadi Doumbouya ont trouvé une écoute favorable auprès des autorités françaises. Cela témoigne d’une désescalade sereine et d’un partenariat constructif qui permettront de mener à bien cette œuvre mémorielle fondamentale.

Propos recueillis par Boubacar 1 DIALLO

Pour Africaguinee.com

Créé le 30 septembre 2026 08:51

Nous vous proposons aussi

TAGS

étiquettes: , ,