Lutte contre le terrorisme, santé, investissements à Simandou : Les vérités du diplomate américain Phillip Assis à Africaguinee.com
CONAKRY- En marge de la 81ème Assemblée générale des Nations Unies, la diplomatie américaine réaffirme ses priorités stratégiques en Afrique. Lutte contre le terrorisme à travers l’AFRICOM, refonte de l’aide sanitaire bilatérale à hauteur de 24,6 milliards de dollars, diplomatie commerciale et opportunités d’investissements dans des projets majeurs comme Simandou : Phillip Assis, porte-parole francophone du Département d’État des États-Unis, livre les grandes orientations de Washington sur le continent. Dans cette interview exclusive accordée à Africaguinee.com ce mercredi 23 septembre, le diplomate américain détaille la mutation du partenariat entre les États-Unis et l’Afrique, avec un accent particulier sur le rôle clé de la Guinée en Afrique de l’Ouest.
AFRICAGUINEE.COM : Face à la progression de la menace terroriste dans plusieurs régions du continent, notamment en Afrique de l’Ouest dont relève la Guinée, comment les États-Unis comptent-ils renforcer leur engagement dans la lutte contre ce phénomène ?
PHILLIP ASSIS : En marge de cette Assemblée générale des Nations Unies, la priorité absolue des États-Unis est de focaliser l’action de l’ONU sur la paix et la sécurité. Cela rejoint directement votre question : l’Afrique de l’Ouest fait partie des zones prioritaires où il est crucial d’établir, de maintenir et de réaffirmer la stabilité.
Concernant nos partenariats, nous entretenons des liens très étroits avec les pays africains. Pour illustration, au cours des dix-huit premiers mois de son mandat, le président Trump a reçu 11 chefs d’État africains à la Maison Blanche, ce qui témoigne de l’importance accordée à ces relations.
Toutefois, nous avons fait évoluer le paradigme de notre coopération : nous passons d’une logique fondée sur l’aide humanitaire vers un partenariat commercial transparent et équitable. Notre objectif est de créer des opportunités mutuellement bénéfiques, selon une approche gagnant-gagnant. Pour les États-Unis, la prospérité associée à la paix constitue le meilleur rempart contre l’extrémisme : dès lors qu’il existe des perspectives économiques, notamment pour la jeunesse, le terrorisme perd de sa force d’attraction.
Sur le plan sécuritaire, nos armées entretiennent des liens étroits. Bien que je relève du Département d’État, je peux vous confirmer que le Département de la Défense collabore activement avec les forces armées du continent. Cela se traduit par des exercices conjoints, à l’image des manœuvres African Lion menées récemment, afin d’optimiser l’interopérabilité et l’efficacité opérationnelle face à la menace terroriste régionale.
Dans ce type de conflit, le partage de renseignements est crucial : quelles mesures concrètes sont envisagées à ce niveau par Washington ?
Le volet renseignement relève de la coopération militaire directe entre le Département de la Défense et ses partenaires. Les forces américaines sont structurées par commandements régionaux à travers le monde, et pour le continent, c’est l’AFRICOM qui en a la charge.
À travers l’AFRICOM, l’action des États-Unis ne vise pas uniquement un échange brut de renseignements, mais consiste avant tout à partager les meilleures pratiques militaires et à faciliter la transmission d’expertises entre l’ensemble des pays partenaires. Les États-Unis jouent ainsi un rôle de facilitateur et de coordinateur, en veillant à ce que le partage d’expérience renforce collectivement les capacités opérationnelles sur le terrain.
Abordons le volet de la santé et de l’assistance internationale. Avec les évolutions récentes de la politique étrangère américaine sous l’administration Trump, la structure de l’aide internationale a été réorientée. Quelles dispositions les États-Unis mettent-ils en place pour continuer à appuyer les systèmes de santé africains ?
Les États-Unis demeurent le premier contributeur mondial de l’aide internationale, mais nous avons fait le choix de rationaliser notre action autour de deux exigences : l’efficacité et la concentration sur les urgences prioritaires. À titre d’exemple, face à la crise d’Ebola en République Démocratique du Congo (RDC), les États-Unis sont le premier bailleur de fonds avec plus de 800 millions de dollars mobilisés, tout en incitant la communauté internationale à accroître sa participation face à cette urgence sanitaire majeure.
S’agissant de notre modèle d’intervention, nous privilégions désormais une relation directe d’État à État, en lieu et place du transit systématique par des ONG. Ces protocoles de santé bilatéraux s’inscrivent dans l’approche de sécurité sanitaire prônée par notre politique étrangère. Cela ne traduit pas un désengagement, mais plutôt une mutation de l’aide en investissements structurants, conférant une responsabilité directe aux gouvernements africains dans la gestion de leur santé publique. C’est une démarche plus transparente, plus équitable et plus exigeante en termes de résultats.
Justement, cette réorientation vers des accords directs d’État à État pose la question de la gouvernance. Comment Washington s’assure-t-il que ces fonds octroyés à des gouvernements — comme celui de la Guinée — soient gérés de manière judicieuse et transparente ?
C’est un pilier essentiel de notre stratégie : les pays partenaires doivent administrer ces ressources de manière rigoureuse et responsable. Les accords bilatéraux que nous signons comportent des mécanismes d’évaluation stricts fondés sur des résultats mesurables, notamment en matière de régression du VIH/Sida, du paludisme, de la tuberculose et d’autres endémies. À ce jour, nous avons conclu 34 accords bilatéraux de ce type, dont 23 avec des pays d’Afrique subsaharienne.
Quel est le montant global mobilisé pour ce nouveau modèle d’engagement sanitaire ?
Il s’agit d’un mécanisme de co-investissement massif. Au total, le programme engage 24,6 millions de dollars. Ce montant comprend 14,5 millions de dollars apportés directement par l’aide américaine et 10,1 millions de dollars investis par les États partenaires dans leurs propres programmes. Cela démontre qu’il s’agit d’un véritable partenariat où les responsabilités financières sont partagées.
En plus des investissements dans les infrastructures ou les médicaments, qu’en est-il du renforcement des capacités du personnel médical africain, notamment face à la transition numérique ?
N’étant pas directement à la table des négociations techniques, je ne peux entrer dans le détail de chaque protocole. Néanmoins, il faut savoir que chaque accord est personnalisé : les volets liés à la formation des praticiens, au recrutement ou à l’implantation des cliniques sont définis sur mesure en fonction des besoins exprimés par le pays hôte. Sur ce point spécifique, l’Ambassade des États-Unis à Conakry sera plus à même de détailler la feuille de route propre à la Guinée.
Plusieurs pays africains cherchent aujourd’hui à accélérer leur industrialisation et la transformation locale de leurs ressources naturelles. Quelle stratégie les États-Unis déploient-ils pour accompagner ce virage économique ?
La diplomatie commerciale est devenue un axe central de notre politique étrangère. Notre objectif est de favoriser l’industrialisation du continent en créant des ponts entre le secteur privé américain et les entreprises africaines. Les compagnies américaines disposent d’une expertise de pointe dans des secteurs clés tels que les technologies de l’information, les télécommunications, l’énergie et la logistique.
Nous sommes résolument engagés à soutenir les projets d’infrastructures en offrant un cadre de coopération transparent et équitable, où les opportunités sont claires pour l’ensemble des acteurs.
Un exemple concret de cette diplomatie commerciale sur le continent ?
Le projet du Corridor de Lobito est une illustration parfaite. Ce partenariat d’envergure liant les États-Unis, l’Angola, la RDC et la Zambie permet de créer des emplois, de renforcer l’accès à l’énergie et de développer la connectivité ferroviaire, tout en sécurisant l’approvisionnement en minerais critiques essentiels à l’économie mondiale. C’est le modèle type du partenariat gagnant-gagnant. Nous prônons des règles du jeu équitables et un marché ouvert pour garantir ce type d’investissements.
Concernant la Guinée précisément, le pays détient les plus grandes réserves mondiales de bauxite et développe actuellement le mégaprojet minier de Simandou. Washington est-il prêt à encourager le secteur privé américain à investir dans la transformation locale, comme la métallurgie ou la transformation de l’alumine ?
Les États-Unis demeurent un partenaire constant de la Guinée dans ses efforts pour s’affirmer comme un pôle de stabilité et un moteur de croissance en Afrique de l’Ouest.
Dans le cadre de notre diplomatie commerciale, nous présentons activement les opportunités guinéennes aux entreprises américaines pour leurs projets les plus ambitieux. Le secteur privé américain apporte les standards les plus élevés en matière de technologie numérique, d’infrastructures énergétiques et de logistique industrielle. Ce sont précisément ces investissements à haute valeur ajoutée qui garantiront la transformation économique durable et historique de la Guinée.
Interview réalisée par Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 24 septembre 2026 13:45Nous vous proposons aussi
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