Interdiction des sachets plastiques en Guinée : « Réduire la pollution à la source est nécessaire », selon l’environnementaliste Mouctar Diallo

CONAKRY — Ce lundi 21 septembre marque l’entrée en vigueur officielle de l’interdiction de l’usage, de la fabrication et de l’importation des sachets plastiques à usage unique sur toute l’étendue du territoire national. Alors que l’ultimatum accordé aux acteurs économiques a expiré, l’environnementaliste Amadou Mouctar Diallo décrypte pour Africaguinee.com les enjeux sanitaires et écologiques de cette mesure, tout en pointant les défis majeurs pour sa mise en œuvre effective dans les marchés et ménages guinéens

AFRICAGUINEE.COM : Comment décririez-vous la problématique des sachets plastiques en Guinée aujourd’hui ?

AMADOU MOUCTAR DIALLO : Le sachet est devenu un outil du quotidien : on l’utilise pour acheter du pain, transporter du poisson, vendre de l’eau ou emporter un repas. Il est léger, pratique et peu coûteux. Cette dépendance explique pourquoi son remplacement est difficile. Mais, une fois abandonné, il encombre les quartiers et les caniveaux. Nous devons donc agir sur deux problèmes à la fois : réduire les emballages jetables et améliorer la collecte des déchets.

Pourquoi cette décision d’interdiction était-elle nécessaire ?

Parce que nous payons collectivement les conséquences d’un emballage utilisé quelques minutes : nettoyage des rues, curage des caniveaux, pollution des milieux naturels. Réduire cette pollution à la source est nécessaire. Mais l’efficacité de l’interdiction dépend d’une question très simple : avec quoi le commerçant va-t-il servir son client demain ? La protection de l’environnement doit se traduire par des solutions accessibles dans les marchés et les quartiers.

Quelles sont les conséquences sur les sols, les cours d’eau et la biodiversité ?

Les sachets abandonnés persistent et se fragmentent en petites particules, les microplastiques. Celles-ci peuvent perturber les organismes qui participent au fonctionnement des sols. Les pluies entraînent aussi les déchets vers les rivières et la mer, où des animaux peuvent les avaler ou s’y retrouver piégés. Dans un pays comme la Guinée, protéger ces milieux concerne directement l’agriculture, la pêche et les conditions de vie des communautés.

Quels peuvent être les impacts sur la santé et le cadre de vie ?

L’accumulation des sachets avec d’autres déchets peut bloquer l’évacuation des eaux et aggraver les inondations. Cela ne signifie pas que les sachets expliquent, à eux seuls, toutes les inondations. Leur brûlage à l’air libre produit également des fumées nocives pour la santé respiratoire. Le message pratique est clair : brûler les déchets derrière une concession ou au bord d’un marché déplace la pollution vers l’air que les habitants respirent.

Quels sont les principaux obstacles à l’application effective de cette interdiction ?

Le prix et la disponibilité des alternatives, les habitudes, mais aussi les revenus des personnes qui vivent de ces activités. Une vendeuse peut comprendre le danger du plastique tout en ne sachant pas comment emballer sa marchandise autrement. Même lorsqu’un texte existe depuis plusieurs années, son application peut être ressentie comme brusque si les solutions arrivent tard. Enfin, pour une personne qui lit peu ou qui ne sait pas lire, une affiche en français ou des publications sur les réseaux sociaux ne suffit pas toujours à expliquer ce qu’elle doit changer concrètement.

Comment faire pour que cette mesure soit réellement respectée ?

Les campagnes de sensibilisation engagées doivent être prolongées par des démonstrations dans les marchés : montrer comment transporter les légumes, emballer le poisson ou servir un repas. Il faut des messages courts dans les langues locales, diffusés sur tous les canaux de communication. Chaque message devrait préciser la solution, son lieu de vente et son prix.

Les contrôles progressifs annoncés, en commençant par les producteurs et importateurs, doivent aussi être appliqués de façon cohérente et équitable.

Existe-t-il des alternatives accessibles et adaptées à la Guinée ?

Oui, mais elles varient selon l’usage. Pour les courses : panier ou sac solide réutilisable comme on le faisait avant. Pour le poisson ou les sauces : récipient fermé, lavable et adapté aux aliments. Pour certains produits secs : emballage en papier approprié. Commençons par les contenants adaptés que les ménages possèdent déjà.

Pour l’eau, une gourde n’est utile que si l’on peut la remplir avec une eau potable abordable. Il faut donc développer des points d’approvisionnement fiables. Quant aux emballages dits biodégradables, les autorités doivent aider commerçants et consommateurs à reconnaître les produits réellement conformes.

Quel rôle l’État, les collectivités, les entreprises et la société civile doivent-ils jouer ?

L’État doit rendre l’accompagnement annoncé accessible : qui peut en bénéficier, pour quel équipement, avec quel financement et quelles démarches ? Les communes peuvent organiser des achats groupés de contenants avec les commerçants et assurer leur collecte des déchets. Les entreprises doivent proposer des solutions adaptées aux petites ventes. Les associations peuvent tester ces solutions avec les utilisateurs et signaler les difficultés. Des commandes groupées auprès de couturiers locaux pourraient, par exemple, soutenir la fabrication de sacs solides et en réduire le coût.

Quel message adresseriez-vous aux citoyens ?

Préparez vos achats : gardez un panier ou un sac réutilisable près de la porte et prenez un récipient propre lorsque vous allez acheter un repas ou du poisson. Lavez les contenants alimentaires et séparez les aliments crus des aliments prêts à manger. Refusez les emballages superflus. Évitez de jeter les déchets dans les caniveaux ou de les brûler. Ces gestes seront plus faciles à maintenir si les communes indiquent clairement où déposer les déchets et assurent leur enlèvement.

Quelles mesures prioritaires permettraient de réduire durablement cette pollution ?

Je retiens 3 priorités : rendre les alternatives disponibles à un prix supportable, accompagner les petites activités et garantir une collecte régulière. On peut commencer par quelques marchés, y organiser l’approvisionnement, les démonstrations et la collecte, puis étendre les solutions qui fonctionnent.

Pour le rachat annoncé des déchets , il faut préciser les matières acceptées, les points de dépôt, les prix et les modalités de paiement. Enfin, suivons des résultats simples : coût des alternatives, commerçants équipés et déchets effectivement évacués. La population doit pouvoir constater une amélioration dans son quotidien.

Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 22 septembre 2026 11:39

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