Candidat à la Présidence de la Féguifoot, Ousmane Conté parle: “Je peux l’emporter…”

CONAKRY – À quelques semaines de l’Assemblée générale élective de la Fédération guinéenne de football (FEGUIFOOT), prévue le 27 octobre 2026, Ousmane Conté, président de l’Académie Foot Talents de Guinée, annonce officiellement sa candidature à la présidence de l’instance. Se présentant comme le candidat de la jeunesse, il défend une vision axée sur le développement à la base, la formation, la promotion du football féminin et une gouvernance structurée. Dans cet entretien accordé à Africaguinee.com, il détaille ses motivations, ses parrainages, son projet et ses ambitions face aux ténors du football guinéen.

AFRICAGUINEE.COM : Vous avez annoncé sur les réseaux sociaux votre candidature à la présidence de la Fédération guinéenne de football (FEGUIFOOT). Pourquoi avoir choisi de vous lancer aujourd’hui ?

OUSMANE CONTÉ : Je salue d’abord l’ensemble de vos lecteurs et abonnés. Je suis Ousmane Conté, plus connu sous le nom d’« OC ». Si j’ai eu l’audace et la détermination de poser ma candidature à la tête de la Féguifoot, ce n’est pas un hasard : cela s’inscrit dans le fil logique de mon parcours. Acteur du football depuis plusieurs années, j’en maîtrise aujourd’hui les rouages et les réalités, ce qui m’incite à passer à l’action. La jeunesse guinéenne doit prendre son destin en main, et cela passe par des initiatives audacieuses. Il faut oser pour réussir. Cette aventure me permettra de grandir encore et de renforcer mon engagement pour l’avenir.

L’Assemblée générale élective est fixée au 27 octobre. Pour valider votre candidature, vous avez besoin de parrainages. En disposez-vous à ce jour ?

Absolument! Je suis parrainé par plusieurs clubs dont je préfère réserver les noms pour l’instant. Je peux néanmoins vous donner un premier indice : depuis 2014, je suis étroitement lié au Santoba Football Club de Conakry. Ils sont mes premiers soutiens officiels. Quant aux autres, je garderai la primeur du secret jusqu’au dépôt formel du dossier.

Vous affirmez que cette décision est le fruit d’une mûre réflexion et de concertations. Quels constats tirés de ces échanges vous ont convaincu de faire le pas ?

Le football guinéen traverse aujourd’hui une crise profonde. La clé de son renouveau réside impérativement dans le développement à la base. Il est urgent de restructurer notre football de manière cohérente, de la base au sommet.

Président d’une académie créée en 2018, j’ai fait grandir ce projet étape par étape. Si j’ai pu m’investir avec tant de rigueur pour la jeunesse à travers mon centre, pourquoi ne pas mettre cette énergie au service de la fédération ? Je souhaite mettre à profit le réseau et le carnet d’adresses que j’ai bâtis au fil des ans. La Guinée doit revoir ses priorités : on ne peut viser l’élite sans consolider les fondations. Il faut relancer les compétitions de jeunes et les championnats régionaux sur toute l’étendue du territoire.

Vous insistez sur le fait que votre démarche n’est « dirigée contre personne ». Qu’entendez-vous par là ?

Je tiens à dissiper toute ambiguïté : ma démarche ne s’inscrit nullement dans une opposition frontale contre qui que ce soit. Le respect des aînés est une valeur essentielle pour moi, et je conserve une profonde reconnaissance envers mes mentors.

En précisant cela, je veux éviter qu’on réduise mon choix à une simple alliance ou à un refus de me rallier à un camp. Mon unique objectif est de porter haut la voix de la jeunesse et de prouver que notre génération a la compétence nécessaire pour diriger, moderniser et faire rayonner le football guinéen.

Certains observateurs pensent que votre annonce cherche surtout à attirer l’attention et à faire monter les enchères pour négocier de futures alliances. Que leur répondez-vous ?

C’est une mauvaise lecture de ma démarche. Je suis un homme d’ambition, pas un adepte des calculs d’appareil. Si mon but était simplement de faire parler de moi, mon implantation et mes activités de transfert de joueurs me suffiraient amplement.

Ce qui m’importe, c’est le redressement du football de notre pays. Cela peut se faire aux côtés des doyens, à condition qu’ils accordent leur confiance à la jeunesse et lui donnent l’opportunité de faire ses preuves.

Quel est votre diagnostic sur l’état actuel du football guinéen ?

Le mal principal réside dans le manque d’unité et l’absence de volonté de travailler ensemble. Nous ne pouvons plus passer notre temps à essayer de déstabiliser quiconque prend la tête de l’instance. La Féguifoot doit devenir un projet de rassemblement national. Tous les acteurs doivent s’unir autour de cette institution et de la passion du ballon rond pour avancer.

Quelles sont les grandes lignes de votre programme pour redresser la fédération ?

Ma vision est claire : la priorité absolue est d’obtenir l’organisation en Guinée de grands tournois continentaux de jeunes (CAN U15, CAN U17) ainsi que de la CAN Féminine. Notre pays accuse un grand retard sur ce plan. Comment prétendre accueillir une CAN Senior si nous ne savons pas organiser des compétitions régionales et de catégories inférieures ?

Développer notre football exige une gestion moderne, un leadership fort, une communication transparente et une capacité à créer des opportunités. Voyez notre championnat national : il a perdu son engouement d’antan. Tout est trop centralisé sur Conakry. Une région comme la Guinée Forestière, par exemple, n’a presque plus de représentativité au plus haut niveau.

Il faut remettre le travail et l’amour du maillot au cœur des préoccupations. Il ne s’agit pas de venir pour se servir ou d’étaler sa fortune personnelle, mais de faire preuve d’un réel leadership pour coordonner et gérer avec efficacité.

Face à vous se dressent des figures comme le Dr Ibrahima Kalil Kaba, M. Antonio Souaré ou M. Sory Doumbouya. Quelles sont vos chances ?

L’élection ne dépend pas de la chance, mais de la clarté des projets. Le fait d’avoir osé me présenter témoigne déjà de ma détermination. Antonio Souaré est une figure tutélaire, un père pour moi. Lorsqu’il s’est présenté par le passé, j’ai été parmi ses premiers soutiens. Cela ne m’interdit pas aujourd’hui de mettre mes compétences et mon expérience au service de mon pays.

Quant au Dr Kaba, il s’engage avec ses convictions, et c’est tout à son honneur. Chaque candidat porte sa propre vision. Je ne me pose pas en outsider craintif : je sais ce que je peux apporter, je sais que je peux l’emporter et je me bats pour gagner.

Le football féminin guinéen reste le parent pauvre de nos disciplines. Quelle est votre stratégie dans ce domaine ?

Il faut mettre un coup d’arrêt à cette marginalisation en investissant massivement dans la formation et les infrastructures dédiées. C’est une question d’équité élémentaire : si vous consacrez 60 % des ressources aux garçons, vous devez en allouer au moins 40 % aux filles, voire tendre vers une parité stricte 50-50.

La Guinée regorge de talents féminins extraordinaires, souvent issus des régions de l’intérieur. Ces jeunes filles méritent d’être accompagnées, formées et valorisées. Le football ne peut plus être pensé uniquement au masculin.

Au-delà de votre jeunesse, quelle est la véritable valeur ajoutée de votre candidature ?

C’est précisément cette combinaison entre ma jeunesse et ma vision du football moderne. Là où les aînés apportent leur expérience — ce que je respecte profondément —, la jeunesse apporte une audace, une réactivité et une liberté d’action indispensables. Un jeune ose franchir les obstacles sans s’enfermer dans des dogmes.

Nous irons solliciter les bénédictions de nos aînés, puis nous nous en remettrons à Dieu. Mais une chose est sûre : je n’abdiquerai pas, j’irai jusqu’au bout.

Votre académie a-t-elle déjà permis à de jeunes talents d’émerger sur la scène internationale ?

Tout à fait ! Nous organisons deux fois par an des sessions de détection en invitant des recruteurs de 5 à 10 clubs européens. Ces opérations ont lieu au mercato d’hiver et en été. Depuis 2018, nous avons réussi le transfert direct de 7 à 8 joueurs vers l’Europe.

Dans quels clubs évoluent-ils aujourd’hui ?

L’un de nos jeunes vient de s’engager avec le KRC Genk, en Belgique. C’est un transfert historique pour le football guinéen, car il est passé sans essai préalable de notre académie à un contrat pro dans l’un des meilleurs clubs belges. Un autre évolue en Hongrie, sans oublier Naby Youssouf Oularé, ancien joueur du Santoba FC que j’ai accompagné et qui s’impose aujourd’hui comme latéral droit à Boavista, en Portugal.

Comment comptez-vous convaincre les membres statutaires de voter pour vous le 27 octobre ?

Je démarre les rencontres avec beaucoup de respect. Si le football guinéen continue d’exister, c’est grâce au sacrifice financier personnel de ces dirigeants de clubs. La subvention fédérale est dérisoire par rapport aux réalités financières. Ayant dirigé le Santoba FC, je sais qu’un déplacement Conakry-Siguiri peut coûter jusqu’à 40 millions de francs guinéens pour un seul match.  Ces présidents méritent toute notre considération. Je vais leur présenter un projet axé sur l’accompagnement réel des clubs et l’amorçage d’un renouvellement générationnel responsable.

D’aucuns estiment que ce sont ces mêmes membres statutaires qui entretiennent l’instabilité du football guinéen. Partagez-vous ce constat ?

C’est une question de management. Les membres statutaires investissent leur propre argent. S’ils trouvent en face d’eux un interlocuteur crédible, transparent et capable de les soutenir, ils lui accorderont leur confiance. Je suis convaincu que nous trouverons des points de convergence très solides.

Certains suggèrent une intervention du Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, pour débloquer ou orienter le choix du futur président. Qu’en pensez-vous ?

Il ne m’appartient pas de m’immiscer dans ces considérations. Le Président de la République est le père de la Nation, sa hauteur institutionnelle le place au-dessus des arbitrages électoraux sportifs.

Si vous êtes élu le 27 octobre, quelle sera votre toute première mesure ?

Ma première décision sera d’asseoir immédiatement tous les acteurs du football guinéen autour d’une même table. Il faut réconcilier la famille du football et rassembler toutes les énergies vers un but unique : le redressement de notre sport.

Comment comptez-vous réorganiser la gestion du Syli National ?

La gestion d’une équipe nationale doit s’apparenter à celle d’une entreprise de haut niveau. Aujourd’hui, de nombreux binationaux ou talents évoluant à l’étranger hésitent à rejoindre la sélection en raison du manque d’organisation et de garanties. Il faut installer un cadre professionnel, rigoureux et transparent pour susciter la confiance de nos meilleurs joueurs et la maintenir dans le temps.

Un dernier message pour conclure ?

Dépassons les clivages et faisons confiance à la jeunesse. On ne peut juger la valeur d’une proposition qu’en lui donnant la chance de s’exprimer. Chaque dirigeant passé à la tête de la Féguifoot a apporté sa pierre à l’édifice. Aujourd’hui, je veux apporter la mienne. Qui ne tente rien n’a rien.

Interview réalisée par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 12 septembre 2026 14:31

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