Des pures performances sans trucage : L’histoire hors du commun de Lastic Boy
À ses débuts le groupe était composés de frères jumeaux. « Au départ, le groupe s’appelait Twins Elastic parce que nous étions deux : mon frère jumeau et moi », explique l’un de ses membres.

Le nom changera par la suite avec l’arrivée d’un artiste originaire de Sierra Leone, pratiquant la même discipline. Ne pouvant pas se reconnaître dans une appellation faisant référence aux jumeaux, celui-ci propose le nom « Lastic Boy ». Même après son départ pour une tournée, le groupe décide de conserver cette appellation, déjà connue du public.
« Je suis né comme ça », assure le contorsionniste. Face aux nombreuses interrogations suscitées par ses prestations, l’artiste assure que ses performances ne reposent ni sur des trucages ni sur des effets spéciaux.
« Aujourd’hui, avec le développement de l’intelligence artificielle et des effets visuels, beaucoup de gens me contactent pour me demander si mes prestations sont truquées. C’est totalement faux. Je suis né comme ça », affirme-t-il.

Il raconte avoir découvert très tôt cette capacité, qu’il pratiquait avec son frère jumeau comme un simple jeu d’enfant, sans imaginer qu’elle pourrait un jour devenir une véritable activité professionnelle.
« C’est un don naturel. Quand j’étais enfant, je le faisais avec mon frère jumeau sans savoir que c’était un art ou que cela pouvait devenir un métier », témoigne-t-il.
Des représentations dans plusieurs pays
Au fil des années, Lastic Boy a représenté la Guinée dans plusieurs pays de la sous-région, notamment au Mali, au Burkina Faso, au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Le groupe a également participé à des festivals, des concerts et a accompagné plusieurs artistes sur scène.

L’artiste revendique notamment la participation du groupe à des événements internationaux, dont une représentation aux États-Unis. Pour lui, ces expériences constituent une véritable fierté : « Lastic Boy a gagné un trophée international et ce prix, c’est le même que le chanteur Michael Jakson avait aussi gagné. Nous avons représenté la Guinée aux États-Unis. Nous avons aussi représenté la culture guinéenne au Mali et au Burkina Faso. Ce sont des fiertés. »
Le groupe affirme également avoir obtenu un « Guinness World Record », présenté comme l’une de ses principales reconnaissances internationales.
Un art jugé insuffisamment valorisé en Guinée

Malgré ces expériences, l’artiste estime que les arts urbains et le breakdance restent largement marginalisés en Guinée.
« Pas tellement », répond-il lorsqu’il est interrogé sur la valorisation du breakdance dans le pays. Selon lui, les distinctions et cérémonies organisées dans le domaine culturel accordent une place beaucoup plus importante à la musique.
« Il y a des prix et des trophées qu’on donne ici, mais quand je regarde les listes, on ne fait jamais partie des catégories. C’est la raison pour laquelle je dis que ce n’est pas considéré en Guinée », déplore-t-il.
Il appelle ainsi à une meilleure reconnaissance des artistes évoluant dans les disciplines urbaines et scéniques.
La destruction de leur salle d’entraînement, un nouveau coup dur

La situation est devenue encore plus préoccupante avec la destruction de leur espace d’entraînement au Stade du 28 Septembre, où évoluait notamment le Cirque Tènafam, lié à l’association Circus Baobab.
Selon l’artiste, cette situation prive plus de 150 jeunes artistes d’un cadre de travail. « On n’a même pas une salle au centre. Comment voulez-vous que je fasse venir mes amis du Sénégal, du Burkina ou du Mali pour leur faire découvrir la Guinée ? Je suis allé chez eux, j’ai vu leurs conditions. Eux aussi veulent venir ici, mais nous n’avons même pas une salle », regrette-t-il.
L’artiste, qui affirme également être coach, explique que ce manque d’infrastructures affecte directement ses élèves. « Moi-même, je suis un coach. Comment faire pour entraîner les gens actuellement ? On n’a pas de salle. Cela me touche de voir mes élèves couchés sans pouvoir s’entraîner », déplore-t-il.
« Ce sont des métiers très risqués »
Derrière les performances spectaculaires se cachent également des risques physiques importants. Le contorsionniste reconnaît que les entraînements et les prestations peuvent provoquer de graves blessures.
« Ce sont des métiers très, très risqués. Ce n’est pas parce que vous entendez « Elastic Boy » que nous ne nous cassons jamais. Quand on fait certaines choses, ça peut faire mal. Le bras peut se casser », explique-t-il.
Il affirme même avoir perdu un ami à la suite d’une blessure survenue pendant un entraînement.
Pour limiter les risques, le groupe travaille progressivement et bénéficie de l’encadrement d’un coach expérimenté.
Des ambitions internationales
Lastic Boy entend poursuivre son développement à l’international. Parmi ses projets figurent notamment un déplacement en France en octobre, mais aussi la participation à davantage de compétitions. Pour y parvenir, l’artiste estime indispensable l’appui des autorités et des partenaires.

« Dans nos ambitions, je veux que l’État nous aide à participer aux compétitions, à remporter des trophées et surtout à créer une salle d’entraînement. Nous avons besoin de matériel, de tapis et d’un espace pour répéter », plaide-t-il.
Il souhaite également organiser un festival en Guinée et inviter des artistes de la sous-région afin de créer davantage de passerelles entre les jeunes pratiquant les arts urbains.
Un appel au ministre de la Culture
L’artiste adresse enfin un appel au ministre de la Culture, Moussa Moïse Sylla, ainsi qu’aux autorités et aux partenaires privés. « Ce que j’ai à dire au ministre de la Culture, M. Moussa Moïse, c’est de nous mettre en valeur. C’est avec ça qu’on nourrit nos familles. Nous avons besoin d’abord d’une salle, ensuite du matériel, de compétitions internationales et d’une meilleure valorisation », lance-t-il.
Il regrette notamment d’avoir dû chercher lui-même les moyens nécessaires pour obtenir des contrats et participer à des événements à l’étranger.
« Ça me fait mal de chercher un contrat pour moi-même, de quitter la Guinée jusqu’aux États-Unis par mes propres moyens, sans le gouvernement. Ça me touche », confie-t-il.

Malgré ces difficultés, l’artiste assure ne pas regretter son parcours. Sa principale fierté reste d’avoir contribué, à travers Lastic Boy, à faire connaître la culture guinéenne au-delà des frontières.
Son souhait est désormais simple : disposer d’un espace adapté, du matériel nécessaire et d’un accompagnement permettant à une nouvelle génération de jeunes artistes de poursuivre cette aventure.
« Dès qu’on a une salle, du matériel et le financement, nous pouvons travailler. Nous voulons simplement être considérés et valorisés à travers ce que nous faisons », conclut-il.
Yayè Aïcha Barry
Pour Africaguinee.com
Créé le 30 août 2026 16:41









