« 16 mois sans être payés, c’est trop » : Les superviseurs du PN-RAVEC annoncent une action en Justice
CONAKRY – « 16 mois sans être payés, c’est trop ». C’est le cri de colère d’Alpha Ammar Baldé, superviseur technique du PN-RAVEC ayant servi à Mombéyah, dans Dalaba. Avec 374 autres superviseurs, il réclame le paiement de 16 mois de salaires impayés, soit environ 80 millions de francs guinéens par agent.
Alors qu’ils disent avoir multiplié les démarches auprès de plusieurs institutions sans obtenir de réponse, ils dénoncent désormais la récupération des motos qui leur avaient été affectées dans le cadre de leur mission. Au micro d’Africaguinee.com, Alpha Ammar Baldé, revient sur leurs revendications, les pressions qu’ils disent subir et annonce la saisine prochaine du tribunal du travail. (Interview)
AFRICAGUINEE.COM : Vous nous expliquez que vous avez un souci avec les autorités notamment celles du Programme Nationale du RAVEC, de quoi s’agit-il ?
Alpha Ammar Baldé : Oui, tout à fait. On avait un contrat avec le PN-RAVEC. À ce jour, on en est à 16 mois de salaires impayés. Nous avons mené des démarches afin d’être rétablis dans nos droits, mais jusqu’à présent : silence radio. Et malgré nos démarches, que ce soit à la Présidence, à la Primature, à la coordination (du PN-RAVEC), au MATD, au ministère de la Justice ou à l’Inspection du travail, jusqu’à ce jour : silence radio. Personne n’a encore voulu nous rencontrer. Et nous aurions appris que la nouvelle ministre du MATD a ordonné que les préfets récupèrent les motos. Les préfets ont ensuite donné l’ordre aux sous-préfets et à la gendarmerie de leur sous-préfecture de récupérer les motos.

Aujourd’hui, alors que nous étions en train de faire les démarches à Conakry, nos collègues de Koundara, plus précisément de Kounsitel, ont été contactés : la gendarmerie a appelé Monsieur Touré, il s’est présenté en bon citoyen, on lui a demandé de garer la moto et de partir. Il s’est exécuté puis il est rentré. De l’autre côté, à Guéckédou, le préfet a invité nos collègues superviseurs qui sont de la localité. Ils sont venus le rencontrer. Mais ensuite, à leur grand étonnement, on les a transférés directement à la gendarmerie. On leur a dit : quiconque ne rend pas sa moto ne sera pas libre de ses mouvements. Malheureusement, cinq d’entre eux ont réussi à appeler leurs parents pour déposer les motos. Quant à notre président — le président de notre collectif, Monsieur Tolno —, il est jusqu’à présent retenu à la gendarmerie parce qu’il a décidé de ne pas rendre la moto tant qu’il ne sera pas payé, c’est-à-dire tant qu’il ne rentrera pas en possession de son dû.
Voilà ce qui se passe. Aujourd’hui, nous lançons un appel aux autorités compétentes pour qu’elles nous accordent vraiment de l’attention. Parce que nous avons travaillé, et ce travail, nous l’avons fait pour le pays. Nous demandons seulement à être rétablis dans nos pleins droits. 16 mois sans être payés, c’est trop. C’est trop, et c’est une injustice. En plus de cela, on nous menace pour qu’on rende les motos. Qu’est-ce qu’on en a à faire, de ces motos ? On demande juste que notre argent soit versé, c’est tout. On ne refuse pas de rendre les motos, on n’a jamais dit qu’on ne les rendrait pas, mais on veut juste être payés. C’est la seule condition que nous posons.
Que disait ce contrat, exactement ?
Dans le contrat, il y avait ce qu’on appelle la « reconduction tacite » en termes juridiques. C’est-à-dire que tant que l’une des parties ne décide pas de mettre fin au contrat, celui-ci court toujours. Et jusqu’à ce jour, nous n’avons reçu aucune notification de fin de contrat. Cela veut dire que nous, jusqu’à présent, nous nous considérons comme des travailleurs du PN-RAVEC. Et c’est là où nous en sommes actuellement.
Les 16 mois non payés, représente combien exactement par agent ?

Le salaire était fixé à 5 millions gnf et vous multipliez 5 millions par 16. Si je ne me trompe pas, cela doit faire dans les 80 millions gnf chacun.
Vous êtes combien au total et combien n’ont pas été payé ?
Nous sommes 375 superviseurs et nous sommes tous impayés.
Qu’est-ce qu’on vous a dit concrètement ?
Rien. Aucune communication. Que ce soit de la part de nos coordinateurs ou de la coordination nationale, rien ne nous a été dit. Aucune notification. Rien. Nous avons juste vu une note de service nous demandant de rendre les motos. Seulement ça.
Et est-ce que vous êtes seul dans cette démarche, ou êtes-vous accompagné par l’ensemble du groupe ?

Non, c’est un collectif. Nous sommes tous d’accord, nous avons des plateformes sur lesquelles nous prenons nos décisions. Et comme je suis le chargé de communication, c’est pour cela que vous me voyez à chaque fois. Mais c’est un collectif. Et à ce jour, nous avons décidé de solliciter des conseils, des cabinets d’avocats pour nous accompagner. Dès demain, nous saisirons également le tribunal du travail.
Est-ce que vous comptez porter plainte ?
Tout à fait, tout à fait. Contre le programme, contre le PN-RAVEC. Parce que c’est avec eux que nous avons un contrat, pas avec l’État. C’est avec le PN-RAVEC.
Interview réalisée par Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 29 août 2026 11:32Nous vous proposons aussi
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