Cryptomonnaies en Guinée : la grande illusion des gains faciles vire au cauchemar pour de nombreux épargnants

CONAKRY — C’est l’envers du décor du mirage des cryptomonnaies ! Présentées sur les réseaux sociaux comme une opportunité de gagner rapidement de l’argent, certaines offres lénifiantes d’investissement liées aux crypto-actifs suscitent aujourd’hui inquiétude et désillusion en Guinée. Plusieurs citoyens interrogés affirment avoir placé d’importantes sommes d’argent avant de se retrouver dans l’impossibilité de récupérer leurs fonds. Ces témoignages interviennent alors que la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) a récemment mis en garde la population contre les offres d’investissement promettant des gains rapides et garantis. Dans un communiqué daté du 6 août 2026, l’institution monétaire avait alerté soulignant que certaines opérations présentent des caractéristiques de systèmes frauduleux de type pyramidal. 

« Je n’arrivais plus à faire le retrait »

Parmi les victimes interrogées figure M. T.S., enseignant, qui dit avoir découvert les cryptomonnaies par l’intermédiaire d’un ami. « C’est à travers un ami que j’ai connu les cryptomonnaies. Il m’avait encouragé à déposer mon argent et m’avait dit que j’allais gagner beaucoup d’argent après », raconte-t-il.

Pour convaincre son entourage, son ami lui aurait montré son propre compte, sur lequel il affirmait avoir investi plusieurs millions de francs guinéens et réalisé rapidement d’importants gains. « Il m’avait montré son compte où il avait déposé 7 millions de francs guinéens. Il disait avoir gagné 30 millions Gnf en quelques jours. Moi aussi, j’ai eu le courage d’investir », poursuit l’enseignant.

Selon son récit, son compte a ensuite été créé par l’intermédiaire d’une personne présentée comme spécialisée dans ce type d’investissement. L’argent versé en francs guinéens avait été converti en dollars sur la plateforme.

M. T.S. affirme avoir ensuite constaté une importante progression de son solde. « On me disait que l’argent augmentait chaque jour. En un mois, j’avais environ 250 000 dollars affichés sur mon compte. » Mais au moment de récupérer son argent, la situation aurait brusquement changé. « Un jour, j’ai essayé de faire un retrait, mais c’était impossible. J’ai appelé mon ami. Il m’a dit que lui non plus n’arrivait pas à retirer son argent. Cela fait maintenant huit mois », affirme-t-il.

Un récit qui, s’il est confirmé par les éléments de preuve détenus par les victimes et les éventuelles enquêtes, illustre le risque des plateformes promettant des rendements particulièrement élevés en peu de temps.

D’autres victimes racontent leur mésaventure

M. T.S. n’est pas le seul à affirmer avoir perdu de l’argent dans ce type d’opérations. F.D., également présenté comme victime, dit avoir vécu une expérience similaire et décrit une situation dans laquelle les promesses initiales de gains n’auraient finalement pas été suivies de la possibilité de récupérer les fonds investis.

O.B., marchand, affirme lui aussi avoir été victime d’une opération d’investissement présentée comme rentable. Son témoignage rejoint celui de plusieurs autres citoyens qui disent avoir été attirés par des promesses de bénéfices rapides avant de rencontrer des difficultés au moment des retraits.

Les faits peuvent relever de l’escroquerie

Face à ces témoignages, nous avons interrogé El Hadji Boubacar Bah, juriste et assistant chargé de cours de droit dans des universités guinéennes, sur le cadre légal applicable. Selon lui, même si le terme « cryptomonnaie » n’est pas spécifiquement consacré comme une infraction dans les textes pénaux guinéens, les comportements frauduleux commis à travers ce type d’activité peuvent être sanctionnés par le droit commun. « Je pense bien que le mot cryptomonnaie n’est pas en quelque sorte prévu par nos textes de loi. Mais le contenu, la manière dont les choses fonctionnent, est réprimé par nos textes », explique-t-il. Le juriste renvoie notamment à l’article 403 du Code pénal guinéen, qui définit l’escroquerie comme le fait d’utiliser un faux nom, une fausse qualité, l’abus d’une qualité vraie ou des manœuvres frauduleuses afin de tromper une personne et de la pousser à remettre des fonds ou des biens. L’infraction est passible d’un à cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de 1 à 50 millions de francs guinéens, ou de l’une de ces deux peines seulement.

« Ce sont en quelque sorte des manœuvres frauduleuses qui sont exercées par d’autres personnes, soit par une qualité vraie qu’ils utilisent ou bien par une fausse qualité, pour pousser certaines personnes à faire confiance à l’effet de leur remettre des sommes d’argent », détaille El Hadji Boubacar Bah.

Des promesses de richesse pour gagner la confiance

Pour le juriste, le mécanisme repose notamment sur la confiance créée autour de prétendus résultats financiers. « Dès que vous parlez d’économie, dès que vous parlez d’emploi et que le besoin se présente, les gens n’ont pas toutes les informations nécessaires », souligne-t-il. Les promoteurs de certaines offres peuvent, selon lui, mettre en avant les témoignages de personnes affirmant avoir réalisé des gains importants.

« Ils vont vous dire : moi, j’ai investi 10 millions, dans deux jours j’ai eu 10 millions d’intérêts. Ils vont vous montrer des véhicules, ils vont vous montrer des investissements, en vous faisant croire que cela vient effectivement de cette activité », poursuit-il.

Le juriste estime également que le système de parrainage peut rendre plus difficile l’identification des véritables responsables. « Quand on vous envoie, c’est face à face à celui qui vous envoie. Vous n’avez pas un autre responsable à qui faire face. Lui aussi va vous dire : c’est tel qui m’a parrainé, c’est tel autre qui m’a parrainé », explique-t-il. Dans ce type de situation, la responsabilité de chaque intervenant devra toutefois être établie au cas par cas par les autorités judiciaires.

Que doivent faire les victimes ?

Pour El Hadji Boubacar Bah, les personnes qui estiment avoir été victimes doivent surtout éviter de rester silencieuses. « Pour le moment, ce que les victimes doivent faire, c’est de faire face à la justice. Parce que c’est une chaîne. Ils peuvent venir porter plainte au niveau des juridictions, au niveau des parquets, ou bien venir faire des dénonciations », précise-t-il.

Le juriste encourage également les victimes à conserver toutes les preuves disponibles : captures d’écran des comptes, reçus de paiement, échanges WhatsApp ou autres messages, numéros de téléphone, coordonnées des personnes ayant reçu l’argent, noms des plateformes et tout document relatif aux transactions. « Même s’ils ne connaissent pas les noms des personnes, ils peuvent venir faire au moins des dénonciations », ajoute-t-il. Selon lui, le parquet pourra ensuite orienter les investigations vers les services compétents afin d’identifier les différents acteurs impliqués.

Le Gnf, seule monnaie ayant cours légal en Guinée

Cette problématique intervient dans un contexte de mise en garde officielle de la Banque centrale. Dans son communiqué du 6 août 2026, la BCRG alerte les populations sur la multiplication des offres d’investissement promettant des gains rapides et garantis, notamment à travers les cryptomonnaies. L’institution indique que certaines de ces opérations présentent des caractéristiques de systèmes pyramidaux ou de Ponzi. 

La Banque centrale rappelle également que le franc guinéen demeure la monnaie ayant cours légal en Guinée et que les cryptomonnaie, tels que le Bitcoin et les autres monnaies virtuelles, ne constituent pas une monnaie légale et ne sont pas garantis par la BCRG ou une autre autorité publique. Surtout, l’institution affirme n’avoir délivré aucun agrément ou autorisation à des entreprises, entités ou individus pour mener en Guinée des activités de collecte de fonds publics, de placement, de négoce ou d’investissement en cryptomonnaies. 

L’institution émétrice recommande aux citoyens de ne pas confier leur argent à des structures d’investissement non agréées et de vérifier au préalable l’existence d’un agrément officiel.

Mamadou Yaya Bah 

Pour Africaguinee.com 

Créé le 20 août 2026 08:21

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