“L’engagement citoyen ne doit jamais devenir un prétexte pour la violence”: les vérités de l’archevêque de Conakry, Mgr François Sylla
CONAKRY- À l’occasion de la célébration de la fête de l’Assomption, l’archevêque métropolitain de Conakry, Mgr François Sylla, a prononcé une homélie de “vérité”. Axée sur les exigences de l’engagement citoyen, la préservation de la paix sociale et la gestion des drames urbains qui frappent la capitale guinéenne, l’intervention du religieux fait échos sur l’actualité sociopolitique du pays. Loin des discours de circonstance, le prélat s’est adressé aux fidèles et à l’ensemble de la nation avec un message de vérité et d’action.
Abordant le volet citoyen, Mgr François Sylla a invité les Guinéens à dépasser les manifestations purement symboliques de l’amour de la patrie pour adopter une éthique du quotidien. Pour l’archevêque, le véritable patriotisme réside dans le respect des règles civiques et le sens du devoir.
« Aimer son pays ne consiste pas à savoir chanter son hymne national ou à brandir son drapeau. Aimer son pays, c’est vouloir son bien et contribuer efficacement à son développement. C’est accepter de faire ce qui est juste, même lorsque personne ne nous regarde. C’est respecter les institutions, préserver les biens publics, payer honnêtement ses impôts et ses taxes, protéger notre environnement et participer à la vie de notre communauté. L’amour de la patrie doit se traduire par des actes concrets et non seulement par des paroles ou des symboles », a martelé le prélat.
Poursuivant sa réflexion sur le rôle de chacun dans la cité, le prélat a rappelé l’équilibre indispensable entre la revendication des droits et l’accomplissement des devoirs civiques :
« Cela signifie également exercer son droit et son devoir de citoyen avec discernement et être toujours des hommes et des femmes de vérité. Notre pays a besoin de citoyens responsables, de citoyens qui comprennent que leurs libertés vont avec des devoirs, que leurs droits doivent être exercés avec responsabilité et que la vérité doit rester au cœur de notre engagement dans la société », enchaîne le prélat.
Placer l’intérêt général au-dessus des ambitions personnelles
Abordant les cas de tensions et des divisions idéologiques ou politiques, l’archevêque a appelé à la retenue et au sens de la communauté humaine, mettant en garde contre les dérives de la haine.
« L’engagement citoyen ne doit jamais devenir un prétexte pour la violence, l’exclusion ou la haine de l’autre. Nos différences sociales, politiques ou idéologiques ne doivent pas nous faire oublier que nous appartenons à une même communauté humaine et nationale. Nous pouvons avoir des opinions différentes, nous pouvons avoir des visions différentes de notre pays, nous pouvons même être en désaccord sur certaines questions, mais nous devons toujours nous rappeler que nous partageons la même terre, que nous avons une responsabilité commune et que nous devons préserver la paix et la cohésion de notre nation », enseigne le responsable religieux.
Et de poursuivre en insistant sur la primauté de la vie humaine. Mgr François Sylla a rappelé aux acteurs politiques et sociaux la limite déontologique de toute quête de pouvoir.
« Aucune ambition personnelle ne vaut la paix d’un peuple. Aucun intérêt particulier ne doit être placé au-dessus du bien commun. Lorsque nos ambitions personnelles deviennent plus importantes que la vie, la sécurité et la paix de nos concitoyens, nous perdons le sens même de notre responsabilité. Le pouvoir, les intérêts, les appartenances et les différences ne doivent jamais nous conduire à sacrifier la paix de notre peuple. », martèle le prélat.
Tragédies urbaines à Conakry : refuser la fatalité
L’archevêque est également revenu sur les récents drames liés aux inondations et aux effondrements d’immeubles qui ont frappé plusieurs quartiers de Conakry.
« Je voudrais exprimer la compassion de l’Église aux familles affligées et assurer les uns et les autres de notre proximité spirituelle et fraternelle. Nous pensons particulièrement à ceux qui ont perdu des êtres chers, à ceux qui ont été directement touchés par ces drames et à toutes les personnes qui vivent aujourd’hui dans la douleur et dans l’inquiétude. Nous saluons également tous ceux qui se sont mobilisés pour porter secours aux victimes et qui, dans des circonstances difficiles, ont fait preuve de courage et de solidarité », a-t-il formulé.
Toutefois, pour Mgr François Sylla, le deuil ne doit pas absoudre l’analyse critique des causes directes de ces catastrophes. Il appelle à un sursaut de conscience :
« Ce drame ne doit pas être considéré comme un simple accident ou comme une petite fatalité à laquelle nous sommes condamnés. Nous devons avoir le courage de regarder les causes de ces événements et de nous interroger sur ce que nous pouvons faire pour éviter qu’ils ne se reproduisent. Lorsqu’un drame survient, notre responsabilité ne doit pas seulement consister à pleurer les victimes et à exprimer notre compassion. Elle doit également nous conduire à rechercher les causes, à corriger ce qui peut l’être et à mettre en place les conditions nécessaires pour protéger la vie humaine. »
Urbanisme et gouvernance
Citant les erreurs d’aménagement et le manque de civisme environnemental, le prélat a pointé du doigt les facteurs humains qui aggravent l’impact des intempéries :
« Lorsque l’homme néglige les exigences du bien commun et transforme son environnement sans tenir compte des réalités matérielles, il contribue malheureusement à rendre les catastrophes plus meurtrières. L’occupation anarchique des espaces, l’obstruction des canaux d’évacuation et le non-respect des règles d’urbanisme et de construction sont autant de questions auxquelles nous devons faire face avec responsabilité. Nous ne pouvons pas continuer à construire, à occuper les espaces et à transformer notre environnement sans nous demander quelles seront les conséquences de nos actes sur les autres et sur les générations futures. »
L’archevêque de Conakry interpelle les autorités publiques, les appelant à faire preuve de rigueur pour garantir la sécurité de tous. « Il est du devoir des autorités à tous les niveaux de tirer les leçons du drame que nous venons de vivre afin de les éviter dans l’avenir. Il faut renforcer la prévention, faire respecter les règles, protéger les populations et prendre au sérieux les risques auxquels nos communautés sont exposées. La vie humaine doit rester au-dessus de toute considération. Lorsqu’une catastrophe peut être prévenue ou lorsque ses conséquences peuvent être réduites, nous avons le devoir moral et collectif de tout faire pour protéger les personnes », déclare le prélat.
Nous y reviendrons!
Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 17 août 2026 07:12Nous vous proposons aussi
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