Invectives et attaques ciblant des religieux : Les “vérités” de l’imam Mohamed Ramadan Bah (Interview)
CONAKRY — Les invectives, insultes et attaques visant des religieux, sages et autres personnalités publiques se multiplient ces derniers temps sur les réseaux sociaux en Guinée. Une situation qui suscite de nombreuses réactions au sein de la société. Pour comprendre le regard de la religion musulmane sur cette pratique, Africaguinee.com est allé à la rencontre de Oustaz Mohamed Ramadan Bah. Dans cette interview, le religieux condamne fermement les injures, appelle les citoyens à privilégier le conseil et le dialogue, et invite les internautes à mesurer les conséquences de leurs propos sur les réseaux sociaux.
AFRICAGUINEE.COM: Nous constatons une multiplication des insultes et des attaques verbales contre des religieux, des sages et même certaines autorités sur les réseaux sociaux. En tant que religieux, quel regard portez-vous sur cette situation ?

OUSTAZ MOHAMED RAMADAN BAH : Je voudrais d’abord vous remercier pour cette opportunité qui nous permet de parler d’une question extrêmement importante pour notre société. J’atteste qu’il n’y a de divinité digne d’adoration qu’Allah et j’atteste que Mohamed est Son serviteur et Son Messager. Pour revenir à votre question, effectivement, nous constatons avec beaucoup de regret que les insultes, les injures et les attaques personnelles prennent de plus en plus de place sur les réseaux sociaux. Et lorsqu’on voit que ces attaques sont dirigées contre des religieux, des sages ou des autorités, cela devient particulièrement préoccupant. Notre pays est un pays profondément religieux. Une grande partie de notre population se réclame de l’islam. Même ceux qui ne pratiquent pas toujours leur religion comme ils le devraient se considèrent généralement comme musulmans.
Dans ces conditions, nous devons nous interroger sur nos comportements et sur l’image que nous donnons de nous-mêmes. L’islam n’a jamais enseigné l’injure comme moyen de résoudre un problème. Au contraire, l’islam nous enseigne la bonne parole, la patience, la sagesse et le conseil. Même dans le cadre familial, on ne doit pas éduquer un enfant par les insultes. On doit lui parler, lui expliquer, le conseiller et lui montrer ce qui est bien et ce qui est mauvais. Alors, à plus forte raison, lorsqu’il s’agit d’une autre personne, d’un imam, d’un sage ou d’une autorité, nous devons faire preuve de retenue et de respect.
Je tiens à préciser une chose : lorsqu’un religieux parle, il ne doit pas être considéré automatiquement comme quelqu’un qui défend une personne ou un camp. La religion n’est pas la politique. La religion, c’est la vérité et le devoir du religieux est de rappeler ce qui est juste, d’ordonner le bien et de condamner le mal. Donc, lorsqu’un religieux donne un conseil, nous devons apprendre à écouter le contenu de ce conseil au lieu de répondre par l’insulte. Si nous ne sommes pas d’accord, nous pouvons discuter, argumenter et donner notre point de vue. Mais l’insulte ne doit jamais être notre réponse.
Comment peut-on dénoncer une erreur sans tomber dans l’insulte ?
Vous savez, nous sommes tous des êtres humains. Personne n’est parfait. Un simple citoyen peut se tromper, un intellectuel peut se tromper, un journaliste peut se tromper, une autorité politique peut se tromper et même un religieux peut commettre une erreur. Le fait d’être imam, prédicateur, sage ou responsable ne signifie pas qu’on est incapable de se tromper. Nous devons donc faire la différence entre corriger une erreur et humilier une personne. Lorsqu’on constate qu’un imam a dit quelque chose qui n’est pas correct, ou qu’un religieux a posé un acte qui nous semble contraire à la religion, la première chose à faire n’est pas d’aller sur les réseaux sociaux pour l’insulter. Il faut l’approcher. Il faut lui parler avec respect. Il faut lui dire : « Mon frère, vous avez dit ceci, vous avez fait cela, est-ce que vous pouvez revoir cette question ? Voici les arguments que j’ai. » C’est cette manière de faire qui peut permettre à la personne de comprendre et éventuellement de corriger son erreur. Parce que lorsqu’on corrige quelqu’un en privé, cette personne peut accepter le conseil sans se sentir humiliée. Mais si vous l’exposez publiquement, si vous l’insultez devant des milliers de personnes, elle peut naturellement se sentir attaquée et se mettre sur la défensive. Même dans une mosquée, lorsque vous voyez votre frère commettre une erreur, vous pouvez l’appeler à part et lui expliquer tranquillement ce qui ne va pas. Vous pouvez lui dire : « Mon frère, il y a telle chose que tu dois revoir. Ce comportement n’est pas bon. » Il y a beaucoup plus de chances qu’il accepte votre conseil. Le problème aujourd’hui, c’est que certaines personnes pensent que parce qu’elles sont derrière un téléphone, elles peuvent tout dire. Elles pensent qu’elles peuvent insulter n’importe qui parce qu’elles sont cachées derrière un écran. Mais ce n’est pas ainsi que fonctionne la responsabilité.
Lorsqu’une autorité religieuse commet un écart faut-il éviter de la critiquer publiquement ?
Oui, il faut éviter l’humiliation publique et privilégier le conseil. Je ne dis pas qu’une erreur doit être cachée ou qu’une personne qui commet une faute ne doit jamais être interpellée. Ce que je dis, c’est que la manière de le faire est extrêmement importante. Nous devons toujours nous demander : est-ce que mon objectif est réellement de corriger cette personne ou est-ce que mon objectif est de l’humilier ? Si mon objectif est de corriger, alors je dois choisir la meilleure manière de lui parler. Parce que lorsqu’une personne est attaquée publiquement, surtout lorsqu’elle est connue, les conséquences peuvent être beaucoup plus graves. Cela peut provoquer des tensions, créer des divisions et pousser les gens à prendre position les uns contre les autres. Nous devons donc apprendre à conseiller avec sagesse. Et je le répète : cela concerne tout le monde. Cela concerne les religieux, mais également les autorités politiques, les sages, les enseignants, les parents et les simples citoyens. Personne n’est au-dessus du conseil. Mais personne ne mérite non plus d’être insulté.
Quelles peuvent être, selon vous, les conséquences des insultes dirigées contre les responsables religieux ?

Les conséquences sont nombreuses. D’abord, l’insulte ne résout généralement rien. Lorsque vous insultez quelqu’un, qu’est-ce que cela règle réellement ? Est-ce que la personne va automatiquement reconnaître son erreur ? Est-ce que le problème va disparaître ? Très souvent, non. Au contraire, cela peut créer une nouvelle difficulté. Ensuite, sur le plan religieux, l’insulte est une mauvaise parole et le croyant doit faire attention à ce qu’il dit. Nous devons comprendre que nos paroles ont une valeur et que nous sommes responsables de ce que nous prononçons. Aujourd’hui, certaines personnes écrivent quelque chose sur Facebook, TikTok, WhatsApp ou d’autres plateformes et pensent qu’après quelques heures, l’affaire est terminée. Mais non. Une publication peut être capturée, partagée et vue par des milliers, voire des millions de personnes. Une parole prononcée dans une petite réunion peut être oubliée, mais une parole publiée sur Internet peut rester pendant très longtemps. Il faut donc réfléchir avant de parler. Il faut se demander : « Est-ce que ce que je vais écrire est vrai ? Est-ce que c’est utile ? Est-ce que cela va résoudre quelque chose ? Est-ce que cela va contribuer à la paix ? » Si la réponse est non, il vaut mieux se taire.
Vous insistez beaucoup sur les réseaux sociaux. Est-ce que vous pensez qu’ils sont devenus un danger pour les valeurs religieuses et sociales en Guinée ?
Les réseaux sociaux ne sont pas mauvais en eux-mêmes. Tout dépend de l’utilisation que nous en faisons. Les réseaux sociaux peuvent servir à diffuser le bien. Ils peuvent permettre à quelqu’un d’apprendre le Coran, d’écouter un conseil religieux, de suivre une conférence, de découvrir une bonne information ou de sensibiliser la population sur une question importante. Mais malheureusement, certaines personnes les utilisent pour insulter, diffamer, provoquer ou humilier les autres. Il faut donc apprendre à utiliser ces outils avec responsabilité.N’oublions pas également que ce que nous publions sur Internet ne concerne pas uniquement la Guinée. Une publication faite à Conakry peut être vue à Dakar, Bamako, Abidjan, Paris, New York ou ailleurs dans le monde. Lorsqu’un étranger voit un Guinéen insulter un imam ou une personnalité religieuse, il peut avoir une mauvaise perception de notre pays. Nous devons donc protéger également l’image de la Guinée. Nous devons comprendre que nous représentons quelque chose lorsque nous parlons sur les réseaux sociaux. Nous sommes des citoyens guinéens, nous appartenons à une société et nous avons une responsabilité morale.
Vous avez évoqué l’interdiction de l’injure en islam. Même dans les rapports avec ceux qui ne partagent pas la foi musulmane, quelles sont les recommandations de l’islam ?
C’est justement un point très important. L’islam interdit même d’insulter les divinités adorées par les polythéistes. Pourtant, du point de vue de la foi musulmane, nous savons que l’adoration appartient exclusivement à Allah. Mais pourquoi l’islam nous demande-t-il malgré tout de ne pas les insulter ? Parce que l’insulte peut provoquer une réaction encore plus grave. Si vous insultez ce que quelqu’un adore, cette personne peut répondre en insultant votre Dieu. Et au lieu de résoudre un problème, vous créez une nouvelle situation de conflit.Voilà pourquoi l’islam nous enseigne la sagesse. Il faut appeler au bien avec de bonnes paroles et de bonnes manières. Il faut expliquer, convaincre, conseiller et dialoguer. La vérité n’a pas besoin de l’insulte pour être défendue. Si nous voulons réellement convaincre quelqu’un, nous devons commencer par le respect.
Quel rôle les religieux doivent-ils jouer face à cette montée des tensions sur les réseaux sociaux ?
Les religieux ont une grande responsabilité. Nous ne devons pas répondre à la provocation par la provocation. Nous devons être parmi ceux qui apaisent les tensions. Lorsque nous constatons qu’une personne insulte un religieux ou une autorité, nous ne devons pas immédiatement répondre par une autre insulte. Nous devons plutôt chercher à comprendre pourquoi cette personne agit ainsi et, si possible, l’approcher pour lui donner des conseils. Nous devons également prier pour elle.
Il faut demander à Allah de lui donner un bon cœur, de lui donner la compréhension et de lui permettre d’abandonner ces mauvais comportements. Parce que si quelqu’un fait quelque chose de mauvais et que nous répondons par le même comportement, qu’avons-nous réellement gagné ? Rien. Nous devons montrer l’exemple. Le religieux doit être capable de dire : « Mon frère, ce que tu fais n’est pas bon, mais je ne vais pas t’insulter. Je vais te conseiller. » C’est cela qui peut contribuer à ramener la paix dans notre société.

Pensez-vous que certaines personnes qui insultent les religieux sur les réseaux sociaux ne mesurent tout simplement pas la portée de leurs actes ?
Je pense que beaucoup de personnes ne mesurent effectivement pas la gravité de leurs paroles. Elles pensent parfois que les réseaux sociaux sont un espace où tout est permis. Elles écrivent sous le coup de la colère, de l’émotion ou de la frustration, puis elles publient. Mais il faut prendre l’habitude de réfléchir avant de publier. Dans notre religion, nous savons que les paroles sont enregistrées. Une bonne parole est une bonne action et une mauvaise parole peut devenir une source de péché. Alors, pourquoi allons-nous utiliser notre téléphone pour écrire quelque chose qui peut nous nuire dans l’au-delà ? Il faut vraiment que chacun se pose cette question. Avant d’écrire, demande-toi : « Si je meurs aujourd’hui et que cette publication reste là, est-ce que je serai heureux qu’on la lise en mon nom ? » Si la réponse est non, alors il vaut mieux ne pas publier. Personne ne sait quand il va mourir. C’est pourquoi nous devons faire attention à ce que nous semons dans ce monde. Parce que demain, dans l’au-delà, chacun récoltera ce qu’il aura semé.
Quel message adressez-vous aujourd’hui aux Guinéens, notamment à ceux qui sont très actifs sur les réseaux sociaux ?
Mon message à nos frères et sœurs guinéens est d’abord un message de paix, de responsabilité et de prise de conscience. Notre pays est un pays religieux. Beaucoup de Guinéens se réclament de l’islam, même si tous ne pratiquent pas de la même manière. Nous devons donc faire attention à nos comportements. Si nous nous considérons comme musulmans, nous devons essayer de respecter les enseignements de notre religion. Cela signifie faire le bien et abandonner ce qui est interdit. Il faut également apprendre à accepter la vérité. Accepter la vérité, ce n’est pas seulement dire que nous sommes musulmans. C’est aussi accepter de modifier notre comportement lorsque nous découvrons que nous faisons quelque chose de mauvais. Si quelqu’un vous dit : « Mon frère, ce que tu fais n’est pas bien », ne répondez pas immédiatement par la colère. Écoutez, peut-être que cette personne a raison. Il faut être compréhensif, il faut être patient et il faut apprendre à se corriger soi-même. Je demande donc à tous nos frères et sœurs, musulmans comme non-musulmans, de revenir à la raison, de privilégier la paix et d’éviter les paroles qui peuvent blesser, diviser ou provoquer.Nous devons particulièrement faire attention aux réseaux sociaux. Ne dites pas n’importe quoi. Ne partagez pas n’importe quoi. N’insultez pas quelqu’un simplement parce que vous n’êtes pas d’accord avec lui. Si vous avez une divergence, exprimez-la avec respect.

Il faut se ressaisir et comprendre que l’insulte n’est pas une solution. Elle ne construit pas une société. Elle ne corrige pas une erreur. Elle ne rapproche pas les gens. Si vous voyez un religieux commettre une erreur, approchez-le et conseillez-le. Si vous voyez une autorité faire quelque chose qui vous semble mauvais, cherchez les moyens appropriés pour lui faire parvenir votre conseil. Si vous n’êtes pas d’accord avec quelqu’un, vous pouvez exprimer votre désaccord sans l’insulter. Et surtout, prions pour les personnes avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord. Si une personne est déjà bonne, qu’Allah la rende encore meilleure. Et si elle a des défauts, demandons à Allah de l’aider à changer. C’est beaucoup plus utile que de la maudire ou de l’insulter. Je demande donc à tous les Guinéens de protéger l’image de notre pays, de protéger nos valeurs et de protéger notre religion. Que chacun réfléchisse avant de parler. Que chacun réfléchisse avant de publier.Parce que ce que nous écrivons aujourd’hui peut nous suivre demain.
Nous ne savons pas quand viendra notre dernier jour. Alors, tant que nous sommes vivants, faisons le bien, disons de bonnes paroles et évitons tout ce qui peut nous apporter des péchés. Encore une fois, je demande à tout le monde de se ressaisir.Notre pays a besoin de paix, de respect, de compréhension et de dialogue.Qu’Allah donne à tous les Guinéens la sagesse, la compréhension et un bon comportement. Qu’Il protège notre pays et qu’Il nous éloigne de tout ce qui peut provoquer la division entre nous. Amine.
Interview Réalitée Par Mamadou Yaya
Bah Pour Africaguinee.com
Créé le 10 août 2026 13:31Nous vous proposons aussi
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