Guinée: KUMY connecte 4 000 agriculteurs et veut révolutionner l’agriculture de précision

CONAKRY – La Guinée franchit une étape importante dans la modernisation de son secteur agricole. La première cohorte de 4 000 agriculteurs connectés a été officiellement lancée à Conakry à travers une initiative portée par la startup KUMY Agritech, en partenariat avec le Crédit Rural de Guinée.

Placée sous le thème « La terre connectée, des producteurs qui gagnent : l’agriculture de précision au service des producteurs guinéens », cette initiative ambitionne de mettre les nouvelles technologies au service des exploitations agricoles. L’objectif est d’améliorer les rendements, réduire les risques et faciliter l’accès des producteurs au financement.

La cérémonie a réuni plusieurs membres du gouvernement, des responsables d’institutions publiques et financières, des partenaires techniques ainsi que des producteurs.

KUMY mise sur la technologie pour transformer l’agriculture

La startup KUMY est née d’une conviction : l’agriculture africaine dispose du  potentiel nécessaire pour nourrir les populations, mais manque souvent d’un accompagnement continu permettant de transformer les efforts des producteurs en résultats concrets, a expliqué son directeur général.

« Nous avons développé une technologie d’agriculture de précision composée de conseils personnalisés, de capteurs installés au champ, d’alertes météo et de tableaux de bord agricoles pensés pour être simples, utiles et présents aux côtés du producteur du premier jour de semis jusqu’à la récolte », a expliqué Boubacar Biro Baldé.

Selon lui, la technologie doit permettre au producteur de disposer d’informations fiables pour mieux prendre ses décisions et améliorer la gestion de son exploitation.

Boubacar Biro Baldé a également insisté sur l’importance du partenariat avec le Crédit Rural, dont la proximité avec les acteurs du monde rural constitue, selon lui, un élément essentiel pour faire de la technologie un véritable outil de transformation.

Le patron de KUMY a par ailleurs rappelé son parcours, marqué par quatorze années passées hors de la Guinée, notamment au Mali, au Sénégal, au Burkina Faso, au Togo, au Nigeria et au Ghana, avant de revenir progressivement s’investir dans son pays.

Le Crédit Rural veut réduire les risques agricoles

Pour son directeur général, cette initiative s’inscrit dans la continuité de la mission de son institution, qui accompagne depuis près de quatre décennies les populations et entrepreneurs du monde rural.

Le Crédit Rural compte aujourd’hui, lui, plus de 1 000 points de service et accompagne plus d’un million de bénéficiaires.

« Le partenariat que nous développons avec KUMY s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Il vise à mettre à la disposition des agriculteurs des solutions innovantes et des expertises techniques leur permettant d’améliorer leur productivité, de réduire les risques liés à leur activité et de sécuriser leur revenu », a déclaré Ammara Kourouma.

Le Crédit Rural restera à vos côtés à travers des financements adaptés et un accompagnement durable a-t-il rassuré.

Le Fonds d’aide au développement de l’agriculture FODA voit dans le numérique un levier de souveraineté alimentaire

Sa directrice générale a salué cette initiative qui, selon elle, marque une nouvelle étape dans l’histoire de l’agriculture guinéenne.

« Une étape où la tradition rencontre l’innovation. Une étape où la technologie devient une alliée du producteur. Une étape où la terre dialogue avec le numérique », a déclaré Safiatou Barry.

Pour elle, les producteurs doivent désormais pouvoir s’appuyer sur les outils numériques pour prendre de meilleures décisions, accéder plus facilement au financement et améliorer leurs revenus.

Le FODA entend ainsi accompagner les initiatives qui rapprochent les producteurs des innovations, des investissements et des mécanismes de financement adaptés.

« Financer l’agriculture, ce n’est pas seulement soutenir une activité. C’est investir dans la sécurité économique, dans la paix sociale, dans l’emploi des jeunes, dans la sécurité alimentaire et dans l’avenir de la Guinée », a-t-elle souligné.

 « Nous ne pourrons pas relever les défis agricoles du XXIe siècle avec les seuls instruments du siècle dernier » reste convaincu le ministre de l’agriculture.

Félix Lamah considère ce programme comme une initiative stratégique pour la transformation du secteur agricole.

Au nom du Premier ministre et en son nom propre, il a félicité KUMY Agritech et le Crédit Rural de Guinée pour cette initiative qu’il juge de « hautement structurante et novatrice ».

« Nous ne pourrons pas relever les défis agricoles du XXIe siècle avec les seuls instruments du siècle dernier », a-t-il lancé.

Le ministre a noté trois avancées stratégiques liées au programme.

La première concerne la précision économique, avec la possibilité d’identifier la semence adaptée à chaque type de sol, de déterminer la dose d’engrais nécessaire et de rationaliser l’utilisation de l’eau et des intrants.

La deuxième porte sur le financement rural, notamment grâce à la solution Agriscore, qui doit permettre de mieux évaluer les risques liés aux exploitations agricoles.

« La solution Agriscore redéfinit radicalement la donne », a estimé Félix Lamah, soulignant qu’elle pourrait fournir aux institutions financières des éléments scientifiques permettant de mieux apprécier les risques et de faciliter l’accès des producteurs au crédit.

Le ministre a également annoncé l’intention de son département de renforcer les discussions entre les acteurs agricoles, les banques et les compagnies d’assurance afin de mieux maîtriser les risques du secteur agro-pastoral.

« On ne pourra jamais avoir de risque zéro, mais en tout cas, dérisquer le secteur agro-pastoral dans son ensemble », a-t-il déclaré.

La troisième avancée concerne la constitution d’un patrimoine national de données agricoles. Les informations collectées sur les sols, les rendements et les variables microclimatiques pourraient permettre à l’État de mieux cartographier le potentiel agricole du pays, cibler les investissements et anticiper les campagnes.

Pour Mourana Soumah , « Il faut moderniser cette production »

Le ministre des Télécommunications, de l’Économie numérique et de l’Innovation,  a mis l’accent sur le potentiel du numérique pour accélérer la transformation de l’agriculture guinéenne.

Selon lui, la Guinée dispose d’un important potentiel agricole qui reste encore insuffisamment valorisé.

« La Guinée compte 17 millions d’habitants pour 13 millions de terres arables », a-t-il rappelé, soulignant la nécessité d’améliorer la productivité agricole.

Le ministre a comparé la situation guinéenne à celle de la Côte d’Ivoire, où l’agriculture contribue à une part du PIB moins importante en pourcentage, mais représente un impact économique beaucoup plus élevé compte tenu du poids global de l’économie ivoirienne.

Pour Mourana Soumah, il ne suffit donc pas de comparer les pourcentages. Il faut surtout prendre en compte l’environnement économique dans lequel ces indicateurs sont appliqués.

C’est précisément à ce niveau que les nouvelles technologies peuvent, selon lui, jouer un rôle déterminant.

« L’utilisation des start-ups, des nouvelles technologies dans les activités agricoles permet d’avoir une productivité élevée et d’avoir un rendement par surface plus élevé », a-t-il expliqué.

Cette transformation doit permettre à la Guinée de progresser vers la sécurité  alimentaire, mais également de développer ses capacités d’exportation.

Le ministre a notamment cité l’exemple de la Côte d’Ivoire, dont une part importante des exportations provient de la production agricole.

« C’est ça l’ambition de la Guinée. Pour ça, il faut la moderniser, cette production. Il faut utiliser les instruments nouveaux dans le domaine du digital, telles que ces plateformes », a-t-il soutenu.

Le numérique, un levier transversal de développement

Mourana Soumah a également défendu une approche transversale du numérique, estimant que les plateformes et les innovations technologiques peuvent transformer plusieurs secteurs de l’économie guinéenne.

Il a cité notamment les transports, la santé à travers le e-santé, mais également le secteur minier, avec l’utilisation des technologies pour améliorer la connaissance des sols et du sous-sol.

Selon lui, l’économie numérique représente actuellement environ 4 % du PIB guinéen, ce qui laisse, à ses yeux, d’importantes marges de progression.

« Nous avions des marges importantes pour développer assez de start-ups, à l’effet d’augmenter notre participation au PIB à travers le numérique », a-t-il déclaré.

Il a évoqué la Chine, où le poids de l’économie numérique est particulièrement important, ainsi que la moyenne mondiale, qu’il situe autour de 15 %.

Pour le ministre, la création du département chargé des Télécommunications, de l’Économie numérique et de l’Innovation doit justement favoriser l’éclosion des startups et permettre au numérique de jouer pleinement son rôle transversal dans l’économie.

« Nous devons mesurer ces indicateurs avec beaucoup d’attention pour nous permettre d’aller dans les étapes futures », a-t-il conclu.

Des documentaires et les premiers kits remis aux producteurs

Au cours de la cérémonie, deux documentaires consacrés aux réalisations de KUMY sur le terrain ont été projetés devant les invités. Ces productions ont permis de présenter concrètement les solutions développées par la startup et leur utilisation dans les exploitations agricoles.

La cérémonie s’est ensuite poursuivie par la remise des premiers kits aux bénéficiaires de cette première cohorte.

À travers ce programme, KUMY et ses partenaires entendent ainsi faire de l’agriculture de précision un levier de productivité, de financement et de souveraineté alimentaire.

Avec cette première cohorte de 4 000 agriculteurs connectés, la startup KUMY ambitionne de contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération de producteurs guinéens, davantage outillés pour produire, décider, accéder au financement et améliorer leurs revenus.

Une ambition qui rejoint les orientations affichées par les autorités dans le cadre de la transformation économique de la Guinée et du programme Simandou 2040.

Yayè Aicha Barry 

Pour  Africaguinée.com 

Créé le 6 août 2026 18:35

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