Ousmane Gaoual sur les viols: “Que disons-nous lorsque les auteurs sont des autorités, hommes politiques…ou des riches?”
CONAKRY – Alors que des vidéos montrant des scènes de viols collectifs et de violences physiques commises sur des jeunes filles par des garçons ont largement circulé sur les plateformes numériques ces derniers jours, Ousmane Gaoual Diallo appelle à une prise de conscience collective. Le ministre des Transports et porte-parole du gouvernement a dénoncé une situation qui l’a même conduit à désactiver son compte Facebook.
« Cela m’a amené à quitter complètement Facebook, parce que vous recevez ces images en permanence. Finalement, les gens ne voient même plus le drame. Celui qui m’a partagé cette vidéo, je l’ai orienté vers le procureur général et j’ai transmis les éléments aux autorités judiciaires que je connais », a déclaré Ousmane Gaoual Diallo.
Le porte-parole du gouvernement estime que les auteurs de ces viols et actes de violence ne mesurent pas la gravité de leurs crimes. Au-delà de leur responsabilité, il interpelle l’ensemble de la société sur sa part de responsabilité.
« J’ai vu ces images. Je ne crois même pas que ces enfants réalisent qu’ils sont en train de commettre un crime qui peut les conduire en prison pour de longues années. Même ceux qui partagent ces vidéos sont peut-être des gamins. Mais notre pays a perdu sa conscience. J’ai cru voir des enfants de 14 ou 15 ans. Que fait-on de tels enfants lorsqu’ils commettent des crimes aussi odieux ? Les condamne-t-on à la perpétuité ? Quelle est la responsabilité des parents ? Celle de la société ? Celle de l’État ? C’est extrêmement grave », a-t-il martelé.
Évoquant le contenu de l’une des vidéos, le ministre a salué le courage d’une jeune victime qui s’est défendue face à un groupe de jeunes qui tentaient de la violer. « Elle s’est battue avec beaucoup de dignité. Elle ne s’est pas laissée faire. C’est elle qui a aujourd’hui besoin de protection, qui doit pouvoir grandir dignement et relever la tête. Elle a résisté à ses bourreaux. Mais nous sommes aussi les premiers à couvrir ces comportements abjects dans notre propre société. Que disons-nous lorsque les auteurs sont des autorités, des hommes politiques, des personnes fortunées, des dignitaires ou des religieux ? Nous devenons complaisants. Et cette complaisance pousse les enfants à franchir les interdits de notre société. Nous devons nous interroger sincèrement sur notre part de responsabilité. Lorsque cela se produit dans nos familles, nous sommes souvent les premiers à vouloir étouffer ces affaires », a-t-il déploré.
Pour Ousmane Gaoual Diallo, le viol doit être considéré comme « l’un des pires crimes » pouvant être commis contre un être humain. « Une telle agression laisse une blessure qui ne s’efface jamais. Il nous revient à tous de protéger la victime, son image et son anonymat afin qu’elle puisse continuer à vivre dans la dignité. Ce n’est pas elle qui doit être stigmatisée. Il ne faut pas que demain, dans la rue, quelqu’un puisse dire : « C’est la fille de la vidéo. » C’est aussi la responsabilité des médias et de tous ceux qui partagent ces contenus sur les réseaux sociaux. En les diffusant, au lieu d’aider la victime, on l’expose, on l’humilie et on contribue à sa destruction. Faisons donc attention », a-t-il insisté.
Le porte-parole du gouvernement affirme avoir supprimé son compte Facebook et demandé à ses enfants d’en faire autant, estimant que les utilisateurs deviennent parfois des relais de diffusion de contenus dégradants. Il annonce également que les autorités prendront des dispositions face à cette situation.
« Les autorités vont prendre les dispositions nécessaires. Mais cela ne nous dispense pas de nous interroger sur notre propre comportement. Ce sont des enfants, et c’est cela qui est dramatique. Ont-ils seulement conscience de ce qu’ils font ? J’encourage les autorités judiciaires à poursuivre leur action, mais aussi l’école, les familles et l’ensemble de la société à renforcer la sensibilisation pour réduire ce phénomène. Le cas que nous avons vu n’est probablement pas le seul. Combien d’autres sont encore cachés dans nos quartiers, nos villages ou nos familles ? Que dire des mariages précoces, lorsque des enfants de 12 ou 13 ans sont données en mariage contre leur gré ? Ne s’agit-il pas aussi de crimes ? Notre société a encore beaucoup de choses à corriger. J’invite les médias à continuer de mettre en lumière ces réalités que nous cherchons parfois nous-mêmes à dissimuler », a-t-il lancé.
Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 30 juillet 2026 14:53Nous vous proposons aussi
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