Interdiction des plastiques non recyclables : Comment s’organisent les acteurs économiques avant l’échéance du 20 septembre…

CONAKRY- Les plastiques non recyclables seront interdits en Guinée à compter du 20 septembre 2026. Cette mesure du gouvernement récemment annoncée suscitent des réactions. Bien que les autorités la justifient par une volonté de lutter contre la pollution plastique, plusieurs acteurs économiques plaident pour une transition progressive avec des mesures d’accompagnement. Parmi eux, Barry Mamadou Alpha, entrepreneur et PDG de Vitel Eau, installée à Démoudoula, quartier Kaporo, dans la commune de Ratoma. Interrogé par Africaguinee.com, l’entrepreneur a présenté son unité de production, tout en pointant les difficultés du secteur. Il appelle les autorités à privilégier le dialogue avec les acteurs concernés avant toute décision.

« Notre usine est spécialisée dans le traitement et la production d’eau potable en sachets. Aujourd’hui, nous produisons environ 3 000 paquets d’eau par jour. À l’approche de la saison des pluies, cette capacité augmente naturellement en raison de la forte demande. Nous employons une vingtaine de personnes, dont cinq femmes et quinze hommes. Grâce à chaque sachet vendu,  des familles vivent . C’est pourquoi toute décision qui touche notre secteur mérite une large concertation avec les professionnels », explique Barry Mamadou Alpha.

« Le marché est difficile »

Selon le PDG de Vitel Eau, les producteurs d’eau minérale en sachets évoluent dans un environnement marqué par une forte concurrence. « La commercialisation n’est pas facile. Le marché manque de réglementation et chacun fixe les prix selon ses propres critères. Malgré cela, notre association, l’IPMD, sous la présidence de M. Fofana, fournit assez d’efforts pour défendre les intérêts des entreprises productrices d’eau minérale en sachets et en bouteilles. Nous saluons ce travail qui contribue à maintenir le secteur malgré les nombreuses difficultés. »

« Nous avons été surpris par cette décision »

Barry Mamadou Alpha dit comprendre les enjeux de l’interdiction des plastiques à compter du 20 septembre 2026, mais il regrette l’absence de consultation. « Pour moi, cette annonce a été une véritable surprise. Nous comprenons parfaitement l’impérieuse nécessité de protéger l’environnement. Personne ne souhaite voir notre pays envahi par les déchets plastiques, mais avant de prendre une décision aussi importante, il fallait consulter les producteurs, écouter leurs préoccupations et rechercher ensemble des solutions adaptées. On ne peut pas simplement annoncer une interdiction sans prévoir des mesures d’accompagnement en faveur des entreprises qui ont investi des dizaines de millions de francs dans leurs installations. Nous n’avons pas tous été consultés. Si cela avait été le cas, nous aurions fait des propositions permettant de réduire la pollution sans arrêter brutalement toute une activité économique. »

Une transition vers les bouteilles et les bonbonnes

Conscient que le secteur devra évoluer, Barry Mamadou Alpha affirme que son entreprise prépare déjà sa reconversion. « Nous sommes en train de rénover nos installations et d’agrandir nos salles de production. Nous avons déjà lancé des commandes pour acquérir des machines destinées à la fabrication de bouteilles et de bonbonnes de 19 litres. C’est cette orientation que nous souhaitons prendre dans les prochains mois. Mais cette transition représente un investissement extrêmement lourd. Nous recherchons actuellement des financements parce que, malheureusement, les entreprises privées bénéficient de très peu d’accompagnement de la part de l’État. L’entrepreneuriat en Guinée reste un véritable parcours du combattant. »

« Certains employés pourraient perdre leur emploi »

Le patron de Vitel Eau reconnaît que cette mutation pourrait avoir des conséquences sociales. « Heureusement, nous avons été prévenus suffisamment tôt pour commencer à nous organiser. Nous allons former une partie de nos employés aux nouvelles machines. Cependant, il est évident que nous serons obligés de réduire légèrement notre effectif afin d’équilibrer nos charges. C’est une décision difficile, mais nous devons assurer la survie de l’entreprise dans ce nouveau contexte. »

« Les consommateurs risquent de souffrir »

Selon l’entrepreneur, les ménages aussi vont ressentir l’impact. « Le pouvoir d’achat du Guinéen est déjà très faible. Aujourd’hui, un paquet de 25 sachets d’eau coûte entre 5 000 et 6 000 francs guinéens et suffit pour la consommation d’une famille pendant plusieurs jours. Une bouteille coûte beaucoup plus cher pour une quantité réduite. Si les sachets disparaissent totalement, beaucoup de citoyens auront des difficultés à accéder à l’eau minérale  à un prix abordable. C’est une réalité qu’il faut prendre en compte avant toute réforme. »

« Le recyclage est une meilleure solution »

L’entrepreneur estime que l’interdiction ne réglera pas, à elle seule, le problème de la pollution. « Je ne pense pas que cette mesure réduira significativement la pollution. À mon avis, elle ne représente qu’une faible partie de la solution. Le véritable défi consiste à mettre en place une filière nationale de collecte et de recyclage. Nous collaborons déjà avec plusieurs petites entreprises qui récupèrent nos déchets plastiques afin de les recycler. Nous soutenons également des jeunes qui parcourent les quartiers pour collecter les sachets abandonnés dans la nature. C’est ce genre d’initiatives qu’il faut encourager. Les plastiques peuvent être recyclés au lieu d’être simplement interdits. »

« Il faut accompagner les entrepreneurs »

Barry Mamadou Alpha adresse un message aux autorités. « Je demande respectueusement au gouvernement de revoir cette décision ou, à défaut, de mettre en place un véritable accompagnement. Il faut investir dans les usines de recyclage, soutenir les jeunes entrepreneurs qui transforment les déchets plastiques et créer des solutions durables. En Chine, par exemple, d’importantes quantités de plastiques sont recyclées grâce à des technologies modernes. Même en Guinée, plusieurs jeunes développent déjà des initiatives prometteuses mais manquent de soutien. Il faut encourager l’innovation au lieu de bloquer les activités économiques. »

Mamoudou Kanté, est membre d’une association engagée dans le ramassage des ordures. Il salue l’initiative du Gouvernement, mais exprime aussi des craintes.

« Nous avons une association qui regroupe des bénévoles engagés dans le ramassage des ordures dans les caniveaux de la commune de Lambanyi ainsi que dans d’autres quartiers. Chaque dimanche, nous nous mobilisons pour nettoyer ces espaces. L’annonce du ministère de l’Environnement visant à interdire les plastiques à usage unique est une très bonne initiative. Cependant, les bouteilles en plastique restent autorisées pour la production d’eau par les usines. À mon avis, les autorités du ministère de l’Environnement devraient envisager une autre alternative, car ces bouteilles en plastique se retrouvent également dans les caniveaux. Chaque fois que nous les ramassons et revenons quelques jours plus tard, nous constatons que les caniveaux sont de nouveau remplis de déchets », a-t-il déclaré.

Une seconde vie pour les bouteilles plastiques

À Demoudoula, Aïssatou Souaré, vendeuse de gingembre et de bissap, explique avoir adopté depuis longtemps une pratique de réemploi des bouteilles. « Nous utilisons les bouteilles en plastique de jus ou d’eau pour vendre le gingembre et notre bissap à 1 000 ou 2 000 francs. Lorsque les clients terminent leur boisson, beaucoup nous ramènent les bouteilles. Soigneusement nous les lavons avant de les réutiliser. Cela permet d’éviter que ces bouteilles soient jetées dans la nature. D’autres personnes nous revendent trois bouteilles pour 500 francs guinéens. Pour nous, c’est une manière simple de donner une seconde vie aux plastiques tout en participant à la protection de l’environnement. »

Transformer les déchets en pavés

Ibrahima Diallo est lui aussi promoteur d’une unité de transformation des déchets plastiques en pavés. « Nous récupérons les bouteilles, les sachets plastiques et tous les autres déchets plastiques pour les transformer en pavés destinés aux travaux d’aménagement. Notre objectif est de contribuer à la réduction de la pollution tout en créant de la valeur ajoutée. Malheureusement, nous manquons de moyens financiers, de matériels modernes et surtout d’accompagnement de la part des autorités. Si ce secteur était soutenu, il pourrait créer de nombreux emplois tout en participant efficacement à la protection de l’environnement…», explique-t-il.

Des experts plaident pour une transition progressive

L’environnementaliste Mamadou Saliou Souaré estime, lui aussi, que la lutte contre la pollution est indispensable, mais qu’elle doit s’inscrire dans une démarche globale.

« La pollution plastique constitue un véritable défi environnemental en Guinée. Toutefois, les expériences menées dans plusieurs pays montrent qu’une interdiction, à elle seule, ne suffit pas. Il faut mettre en place une véritable politique de gestion des déchets, développer des filières de collecte, encourager les entreprises de recyclage et sensibiliser les citoyens au tri des déchets. Une transition réussie suppose également un accompagnement des entreprises concernées afin d’éviter des pertes d’emplois et des difficultés économiques pour les ménages. La protection de l’environnement et le développement économique doivent avancer ensemble. », recommande-t-il.

Entre impératif écologique et réalités économiques, le débat sur l’avenir des sachets non recyclables en Guinée est loin d’être clos. Les acteurs du secteur appellent désormais les autorités à privilégier le dialogue afin de concilier protection de l’environnement, maintien des emplois et pouvoir d’achat des citoyens.

Mamadou Yaya Bah

Pour Africaguinee.com

Créé le 22 juillet 2026 08:07

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