« Ils ont utilisé l’IA pour nous faire croire qu’elle était en Allemagne » : Des millions de GNF extorqués à des familles guinéennes sous couvert de visas allemands
CONAKRY – Le phénomène du trafic de migrants continue de faire des victimes en Guinée. Rencontrée ce dimanche 5 juillet 2026, Fatoumata Bamba a livré un témoignage bouleversant sur le calvaire que traverse sa sœur, Fatoumata Condé, ainsi que trois autres proches, actuellement détenus en Sierra Leone par un réseau présumé de trafiquants qui leur faisait croire à un départ vers l’Allemagne. Visiblement émue, la jeune femme raconte que tout a commencé quelques jours après la fête de Ramadan, lorsque sa grande sœur lui a annoncé son départ sans toutefois révéler sa véritable destination.
« Trois jours après la fête du Ramadan, ma grande sœur m’a appelée pour me dire qu’elle devait voyager. Je lui ai demandé où elle allait, mais elle a refusé de me donner sa destination. Quelques jours plus tard, elle m’a rappelée en appel vidéo pour me dire qu’elle était arrivée en Allemagne. Elle m’expliquait qu’elle était déjà installée, qu’elle apprenait même la langue allemande. Tout semblait réel. Je l’ai crue sans hésiter parce que c’était ma sœur. Je n’avais aucune raison de penser qu’elle pouvait me mentir. Aujourd’hui, je comprends que toutes ces images et ces vidéos étaient utilisées pour nous tromper. Elles étaient générées pour faire croire à toute la famille qu’elle se trouvait réellement en Europe. »

Selon Fatoumata Bamba, sa sœur insistait constamment pour qu’elle quitte également la Guinée afin de la rejoindre. « À chaque appel, elle me disait de venir rapidement en Sierra Leone pour intégrer un convoi qui devait partir vers l’Allemagne. Elle répétait que si je tardais, le convoi allait partir sans moi. Moi aussi, j’avais commencé à préparer mon voyage. Elle me rassurait que tout était organisé, qu’il n’y avait aucun risque et que le transport serait pris en charge. Elle disait qu’une cousine était déjà avec elle et qu’elle allait m’aider une fois arrivée. Aujourd’hui, je réalise qu’elle parlait certainement sous la pression de ceux qui la retenaient. »
La jeune femme explique avoir été mise en contact avec un homme se présentant comme un organisateur de voyage. « Ma sœur m’a donné le numéro d’un homme qui se faisait appeler Touré. Je l’ai contacté pour comprendre comment le voyage se déroulait. Il m’a expliqué qu’ils représentaient une société spécialisée dans le transport des migrants vers l’Allemagne. Il m’a demandé de payer 11 millions de francs guinéens avant le départ, puis de rembourser le reste une fois arrivée en Europe en travaillant. Tout semblait parfaitement organisé. Lorsque nous avons demandé un garant ou une preuve que le voyage était sécurisé, cet homme est devenu extrêmement agressif. Il nous a dit que si nous insistions, il pouvait nous tuer. C’est à ce moment-là que nous avons commencé à comprendre que quelque chose n’allait pas. »
Les demandes d’argent se sont ensuite multipliées auprès de la famille. « Pendant que ma sœur me disait de venir la rejoindre, elle mettait en même temps une énorme pression sur nos parents pour qu’ils envoient de l’argent. Ma mère m’a appelée un jour en pleurant pour me dire que les ravisseurs réclamaient 23 millions de francs guinéens afin de libérer ma sœur. Pourtant, moi, elle ne m’avait jamais parlé de cette rançon. Elle continuait simplement à me demander de venir. C’est là que j’ai compris qu’elle était certainement contrainte de nous attirer dans le même piège. »
Pour vérifier les déclarations de sa sœur, Fatoumata Bamba dit avoir proposé qu’un proche vivant en Allemagne puisse l’accueillir. « Je lui ai expliqué que j’avais un ami installé en Allemagne. Je lui ai proposé qu’il puisse venir la récupérer, payer ce qu’il fallait et l’héberger. Dès que j’ai parlé de cette possibilité, elle s’est mise à crier contre moi. Ensuite, les trafiquants ont catégoriquement refusé tout contact avec une personne extérieure. Ils répétaient que seul le paiement de la famille permettrait sa libération. C’est à partir de ce moment-là que j’ai compris qu’elle n’avait jamais quitté la Sierra Leone. »

La famille affirme avoir déjà déboursé plusieurs millions de francs guinéens. « Pour ma grande sœur seulement, nous avons déjà envoyé environ 13 millions de francs guinéens. Malgré cela, ils continuent de réclamer davantage d’argent. La grand-mère d’une autre victime aurait déjà payé près de 17 millions. Avant-hier encore, ils ont demandé 20 millions supplémentaires pour une prétendue intervention. Mon oncle, qui n’a pourtant presque rien, a été obligé d’emprunter de l’argent parce que ma mère pleurait au téléphone. Ces gens utilisent la souffrance des familles pour leur soutirer toujours plus d’argent. »
Selon Fatoumata Bamba, quatre membres de sa famille seraient actuellement retenus en Sierra Leone. « Aujourd’hui, nous savons qu’ils sont au moins quatre détenus là-bas : ma grande sœur Fatoumata Condé, la fille de ma tante, son fils ainsi qu’une autre proche de la famille. Tous avaient payé de l’argent en pensant partir en Allemagne. Aucun n’a atteint cette destination. Ils sont toujours bloqués en Sierra Leone et continuent d’être utilisés pour soutirer de l’argent à leurs familles. »
Face à cette situation, elle lance un appel pressant aux autorités guinéennes. « Nous demandons humblement aux autorités de nous venir en aide. Ces réseaux considèrent les femmes comme de simples marchandises. Nous sommes une famille très pauvre. Si nous avions su dès le départ que notre sœur était retenue en Sierra Leone, nous n’aurions jamais envoyé tout cet argent. Aujourd’hui, nous sollicitons l’intervention urgente de l’État guinéen afin que nos proches puissent être localisés et ramenés au pays. »

Enfin, la jeune femme met en garde les candidats à l’immigration irrégulière. « Je demande à tous les jeunes de faire extrêmement attention. Ces trafiquants sont capables de manipuler les images, les vidéos et même de fabriquer de faux documents grâce à l’intelligence artificielle. Moi-même, j’étais convaincue que ma sœur était réellement en Allemagne. Ce n’est qu’après plusieurs incohérences que j’ai compris qu’il s’agissait d’un piège. J’invite toutes les familles qui ont des proches bloqués en Sierra Leone à se mobiliser ensemble pour alerter les autorités et empêcher que d’autres Guinéens tombent dans ce réseau. »
Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 6 juillet 2026 10:06Nous vous proposons aussi
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étiquettes: Escroquerie, immigration, Sierra Léone









