De simples déchets plastiques transformés en pavés : Le pari audacieux d’un jeune entrepreneur pour changer l’image de la Guinée

CONAKRY- Alors que la Guinée s’apprête à franchir une nouvelle étape dans sa politique de lutte contre la pollution plastique, des initiatives locales émergent comme des solutions concrètes aux défis environnementaux. 

À Kipé, dans la commune de Ratoma, Souleymane Diallo, jeune entrepreneur, a réussi à transformer des déchets plastiques en pavés écologiques destinés à l’aménagement urbain. À l’heure où les autorités renforcent leur stratégie pour sauver l’environnement, notamment avec l’interdiction progressive des plastiques à usage unique, ce projet apparaît comme une illustration parfaite de l’économie circulaire que le pays cherche à promouvoir.

« J’ai tout laissé pour me consacrer au recyclage »

Directeur de Tumour Écologie Corporation, Souleymane Diallo a eu cette idée quand il était étudiant. « L’idée est née à l’université. Après mes études, je travaillais comme informaticien dans une société de transit. En observant les dégâts causés par les déchets plastiques, j’ai compris qu’il fallait agir. J’ai décidé de tout laisser pour me lancer dans la collecte et la valorisation des déchets plastiques », explique-t-il.

L’aventure a débuté officiellement le 11 mai 2020. D’abord spécialisé dans la collecte des sachets d’eau et autres emballages plastiques, l’entrepreneur devient fournisseur de plusieurs structures de recyclage. Très vite, il ambitionne d’aller plus loin. « Je me suis rendu compte que nous vendions simplement une matière première. J’ai voulu créer davantage de valeur ajoutée en transformant nous-mêmes ces déchets. C’est ainsi que j’ai commencé à expérimenter la fabrication de pavés à partir du plastique recyclé », raconte le jeune entrepreneur guinéen.

Un prototype devenu réalité

Après plusieurs essais réalisés en 2021, Souleymane Diallo met au point un premier prototype de pavé écologique. Son innovation lui a permis de participer au concours Jeune Entrepreneuriat en 2023.  Son projet a alors figuré parmi les initiatives les plus prometteuses. Le jeune entrepreneur bénéficie ensuite du soutien de l’ancien président de la délégation spéciale de Ratoma. 

« Lors d’une journée d’assainissement des plages, l’ancien président de la délégation  spéciale  a découvert mon travail. Quelques mois plus tard, il est revenu sur le site et m’a trouvé en pleine production. Il a été impressionné par les résultats et a décidé de nous accompagner », se souvient Souleymane Diallo. Grâce à cet appui Souleymane s’est doté d’équipements essentiels, notamment des presses et des fours de transformation.

Comment les pavés sont-ils fabriqués ?

Le procédé comprend plusieurs étapes. La première consiste à collecter et trier les déchets plastiques selon leur nature. Les matières sont ensuite fondues à haute température avant d’être mélangées à du sable dans des proportions variables. 

« Nous utilisons entre 50 et 75% de plastique recyclé selon le type de pavé recherché. Une fois le mélange obtenu, il est moulé puis refroidi pour donner le produit final », explique le promoteur. 

L’objectif est double : réduire la pollution plastique et proposer un matériau de construction durable. « Le plastique peut mettre plus de 400 ans avant de se décomposer. En le transformant en pavés, nous lui donnons une seconde vie tout en contribuant à assainir notre environnement », explique Souleymane Diallo.

Plus de 100 pavés produits chaque jour 

Aujourd’hui, l’unité de production est capable de fabriquer plus de 100 pavés par jour. Trois catégories de produits sont proposées : des pavés destinés aux voiries, aux ménages et aux espaces publics. 

Selon l’entrepreneur, ces pavés présentent plusieurs avantages : 

« Ils sont plus résistants que certains pavés classiques, plus écologiques et permettent à l’eau de s’infiltrer dans le sol, ce qui contribue à réduire les risques d’inondation », soutient Souleymane Diallo.

Un appel aux autorités et aux investisseurs 

Face aux nombreuses difficultés financières et techniques rencontrées, Souleymane Diallo lance un appel aux autorités publiques, aux partenaires techniques et aux investisseurs privés. « Nous n’avons pas forcément besoin qu’on nous donne de l’argent. On peut nous accompagner en achetant nos produits, en nous fournissant des équipements ou en nous aidant à accéder aux marchés. Toute personne qui partage notre vision est la bienvenue », plaide-t-il.

Pour ce jeune entrepreneur, l’ambition dépasse largement les frontières de Ratoma. « Nous voulons démontrer qu’en Guinée, les déchets peuvent devenir une richesse et contribuer au développement du pays », conclut-il.

Des clients déjà convaincus

 Aïssatou Diallo est l’une des premières a décidé de tester ces pavés écologiques. « J’ai acheté ces pavés fabriqués à partir de déchets plastiques pour les essayer, et je trouve cela très intéressant. Personnellement, je ne savais pas qu’il était possible d’utiliser des déchets plastiques pour fabriquer des pavés. Franchement, c’est une très bonne initiative, et l’eau ne stagne pas sur ces pavés », témoigne cette cliente.

Un soutien interrompu par les élections communales

Le projet bénéficiait également de l’accompagnement de la mairie de Ratoma. Hélas, les changements institutionnels liés aux élections communales ont ralenti cette dynamique. 

Un ancien haut responsable communal, ayant requis l’anonymat, confirme : 

« Nous avons soutenu le projet de ce jeune entrepreneur qui transforme les déchets plastiques en pavés. Cependant, en raison des élections communales, nous n’avons pas pu poursuivre notre accompagnement. Si nous revenons aux affaires, nous comptons continuer à le soutenir. Même dans le cas contraire, nous souhaitons que les nouvelles autorités l’accompagnent afin qu’il puisse former davantage de jeunes et développer son activité. »

Ce qu’en pense l’environnementaliste Daouda Kanté

Pour Daouda Kanté, environnementaliste, cette initiative représente une opportunité importante pour la gestion durable des déchets en Guinée, même si certaines précautions doivent être prises. 

« L’avantage principal est évident : chaque kilogramme de plastique transformé en pavé est un kilogramme de moins dans les caniveaux, les plages ou les décharges sauvages. Ce type d’innovation contribue à réduire la pollution, crée des emplois locaux et favorise l’économie circulaire », analyse-t-il.

Cependant, l’expert souligne certains défis. « Les promoteurs doivent veiller au respect des normes techniques et environnementales. La phase de fusion du plastique nécessite un contrôle rigoureux des températures et des émissions afin d’éviter les risques sanitaires pour les travailleurs et les riverains », prévient cet environnementaliste. 

 Selon Daouda Kanté, avec un encadrement adéquat, ce type de projet pourrait devenir un véritable levier de développement durable. « La Guinée produit chaque année d’importantes quantités de déchets plastiques. Si davantage d’initiatives de ce genre sont soutenues, elles pourraient contribuer à résoudre une partie du problème tout en créant de la valeur économique », estime-t-il. 

Reportage réalisé par Mamadou Yaya Bah et Oumar Bady Diallo, à l’issue de la formation en journalisme de solutions mise en œuvre par CFI dans le cadre du projet Afri’Kibaaru 2, pour Africaguinee.com. 

Créé le 28 juin 2026 17:57

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