Sécurité routière, transport collectif, hivernage : Les « vérités » d’Ousmane Gaoual Diallo

CONAKRY– Alors que “l’hécatombe” continue sur les routes guinéennes et l’hivernage s’annonce avec de réels défis, le ministre des Transports brise le silence. Dans cet entretien exclusif accordé à Africaguinee.com, Ousmane Gaoual Diallo dresse un état des lieux sans concession. De la nécessité de durcir la répression contre l’imprudence des conducteurs à l’arrivée imminente de 200 bus pour transformer la mobilité à Conakry et vers l’international, en passant par les plans d’urgence face aux risques d’inondations, le porte-parole du gouvernement dévoile ses vérités et les grands arbitrages de son département pour protéger les citoyens. Entretien exclusif!!!

AFRICAGUINEE.COM: Les accidents de la circulation restent fréquents. Les mesures prises jusque-là produisent-elles les résultats escomptés ?

OUSMANE GAOUAL DIALLO: Les résultats ne sont manifestement pas suffisants puisque la route continue malheureusement de faire de nombreuses victimes. Cela signifie que les efforts de sensibilisation et de prévention n’atteignent pas encore pleinement leurs objectifs.

Les causes sont multiples : excès de vitesse, imprudence, conduite sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants, insuffisance de formation de certains conducteurs et non-respect des règles élémentaires de sécurité routière.

Il y a également la question des infrastructures, qui doivent continuer à être améliorées. Aujourd’hui, à l’entrée et à la sortie de nombreuses villes, des postes de contrôle ont été installés afin d’inciter les usagers à ralentir et à respecter les règles de circulation. Mais une fois en rase campagne, beaucoup de conducteurs prennent davantage de libertés.

Nous constatons également que certains véhicules sont confiés à des apprentis conducteurs insuffisamment formés, ce qui provoque parfois de graves accidents. Je pense qu’il devient nécessaire de renforcer davantage la répression à l’égard des comportements dangereux sur les routes. C’est en tout cas la position que le ministère des Transports continuera de défendre.

Il faut davantage d’exigence et davantage de sanctions contre les conducteurs qui mettent en danger la vie de nos concitoyens. Il y a aussi le problème des surcharges. Des camions, des taxis et d’autres véhicules continuent d’être exploités au-delà de leurs capacités normales, ce qui constitue un risque supplémentaire pour la sécurité.

Le développement du transport maritime pourrait-il constituer une partie de la solution ?

Le problème principal n’est pas nécessairement la largeur des routes. Les routes standards répondent généralement aux normes requises. Les principales causes des accidents demeurent la vitesse excessive, les imprudences et parfois le manque de responsabilité de certains conducteurs qui oublient qu’ils transportent des vies humaines.

Pour ce qui concerne le transport maritime ou d’autres alternatives, elles peuvent effectivement contribuer à réduire la pression sur le réseau routier, notamment en milieu urbain. Cependant, les accidents les plus graves surviennent généralement dans les zones périurbaines ou en rase campagne. C’est pourquoi nous devons poursuivre les efforts en matière d’amélioration des infrastructures, de signalisation routière et de contrôle.

L’Agence guinéenne de la sécurité routière poursuit d’ailleurs le déploiement des panneaux de signalisation afin d’améliorer l’information des usagers et le respect des limitations de vitesse. Parallèlement, le développement du transport collectif devrait contribuer à réduire les risques liés à la circulation. Nous prévoyons ainsi l’acquisition de 150 bus destinés au transport urbain à Conakry ainsi que de 50 bus pour les liaisons internationales avec les pays voisins. Nous espérons que ces investissements permettront d’améliorer la mobilité des populations tout en renforçant la sécurité routière.

Chaque hivernage apporte son lot d’inondations et de drames. Le gouvernement est-il mieux préparé cette année ?

Plusieurs départements ministériels interviennent dans la gestion de la saison des pluies. Le ministère de l’Administration du territoire, le ministère de l’Habitat et de l’Assainissement, ainsi que d’autres structures concernées travaillent sur l’identification des zones à risque et la prévention des catastrophes. Pour ce qui concerne le ministère des Transports, notre intervention porte principalement sur le secteur maritime et fluvial.

Chaque année, nous distribuons gratuitement entre 20 000 et 50 000 gilets de sauvetage aux pêcheurs, aux voyageurs et à tous ceux qui empruntent les voies maritimes ou fluviales. Nous mettons également à leur disposition différents équipements de secours afin d’améliorer la sécurité des usagers.

Cette opération est menée avec l’appui de la marine marchande, de la gendarmerie maritime, du préfet maritime, des autorités de la pêche et de plusieurs autres acteurs concernés. Au fil des années, ce dispositif est devenu une véritable routine de prévention. Cette année encore, les mêmes dispositions seront prises.

La météorologie relève également de votre département. Estimez-vous que cette agence dispose aujourd’hui des moyens nécessaires pour accomplir efficacement sa mission ?

Oui. La météorologie fonctionne correctement et joue un rôle essentiel dans la prévention des risques. L’année dernière, nous avons enregistré des niveaux de précipitations particulièrement élevés. À un moment donné, la montée des eaux au barrage de Souapiti avait atteint un niveau qui nécessitait une surveillance renforcée.

Grâce aux prévisions météorologiques, nous avons pu disposer des informations nécessaires pour évaluer les risques et prendre les décisions appropriées. La météo est un outil indispensable à la gestion des risques, mais aussi au fonctionnement du transport aérien et à de nombreux autres secteurs d’activité.

Nous sommes d’ailleurs en train de construire un centre météorologique moderne au niveau de l’aéroport. Les procédures sont en cours et nous espérons pouvoir inaugurer prochainement cette nouvelle infrastructure.

Plusieurs observateurs estiment qu’une meilleure coordination entre les différents départements est indispensable pour prévenir les catastrophes. Quel est votre avis ?

Cette coordination existe déjà. Chaque année, un dispositif national est mis en place afin d’assurer la prévention et la gestion des situations d’urgence. Chaque acteur y intervient dans le cadre de responsabilités clairement définies. La météorologie constitue l’un des maillons essentiels de ce dispositif, car elle permet d’anticiper les phénomènes climatiques et de guider les décisions des autorités. Par ailleurs, plusieurs zones à risque ont été identifiées par le ministère de l’Habitat et de l’Assainissement, en collaboration avec l’Agence nationale de gestion des catastrophes.

Faut-il s’attendre à des déguerpissements ou à des évacuations dans certaines de ces zones ?

Notre priorité reste avant tout la prévention. Il est essentiel d’informer les populations, de les sensibiliser et de les alerter sur les risques auxquels elles sont exposées. Lorsque le danger est avéré, des évacuations peuvent être décidées afin d’éviter des pertes en vies humaines.

Cela s’est déjà produit l’année dernière et pourrait à nouveau être envisagé cette année si les circonstances l’exigent. L’objectif est de protéger les populations et d’éviter des catastrophes susceptibles d’endeuiller des familles. Il y a donc un important travail de sensibilisation à mener, mais aussi des mesures concrètes qui peuvent aller jusqu’à l’évacuation des habitants lorsque leur sécurité est menacée.

A suivre…

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 15 juin 2026 10:33

Nous vous proposons aussi

TAGS

étiquettes: , , ,