Des bancs d’Entag au succès de « Salematou » : Le groupe Harmony Possy se confie…

CONAKRY- Figure emblématique du rap guinéen des années 2000, le groupe Harmony Possy prépare son retour sur la scène musicale après plus de deux décennies de silence. Dans un entretien accordé à Africaguinee.com, Mohamed Bangoura alias « National » et Kouyaté Aboubacar « Naza » reviennent sur la naissance du groupe, les difficultés traversées, leur succès avec le titre « Salematou » et leurs ambitions pour l’avenir.

AFRICAGUINEE.COM.: Comment est né le groupe Harmony Possy ?

HARMONY POSSY : Le groupe Harmony Possy est né à Entag en 1994. Nous avions décidé de créer un groupe de rap pour mieux servir l’Afrique et la Guinée à travers notre musique. Au début, nous étions quatre : Naza, Sangaré, National et Konso. Aujourd’hui, Sangaré ne fait plus partie du groupe et Konso est malade. Actuellement, nous sommes deux à porter le projet. Le leader du groupe reste Naza, parce que c’est lui qui a eu l’idée de créer Harmony Possy.

Pourquoi avoir choisi le nom Harmony Possy ?

« Harmony » signifie union et « Possy » progrès. En résumé, cela veut dire « l’union dans le progrès ». C’est un mot inspiré du ghetto, un langage qu’on utilisait beaucoup à l’époque.

Pourquoi votre premier album n’est sorti qu’en 2003 alors que le groupe existe depuis 1994 ?

Entre 1994 et 2003, nous avons beaucoup travaillé, mais nous n’avions pas les moyens. À cette époque, trouver un producteur n’était pas facile, même lorsqu’on avait du talent. Ce n’est pas parce qu’on était incapables, mais parce qu’on n’avait pas eu la chance.

En 2003, grâce au soutien de personnes comme Madina et feu Alphonse Aboly, paix à son âme, nous avons pu sortir notre premier album. Après cela, nous avons fait le tour de la Guinée, du Sénégal et du Mali.

Le morceau « Salematou » vous a révélé au grand public…

Oui, « Salematou » nous a vraiment donné du succès. À travers cette chanson, nous voulions donner des conseils aux filles guinéennes. Le morceau a énormément marché à l’époque.

Comment se porte votre carrière aujourd’hui ?

Notre carrière se porte très bien malgré les difficultés rencontrées. Faire un album demande beaucoup de travail et de moyens. À un moment, nous avions même des difficultés pour payer les séances de studio. Nous n’avons pas bénéficié de beaucoup de soutien, mais comme nous aimons la musique, nous avons continué.

Depuis 2003, nous n’avons plus sorti d’album ni fait de scène jusqu’en 2026. Pendant tout ce temps, nous étions en préparation. Quand un groupe connaît le succès, il faut bien travailler avant de revenir avec un projet solide.

Que pensez-vous de la nouvelle génération du rap guinéen ?

La nouvelle génération a beaucoup de talent et elle a récupéré le terrain. Nous allons aussi faire des efforts pour revenir. Ce ne sera pas facile, mais nous connaissons notre métier. Même si ce n’est pas à 100 %, nous pensons pouvoir reprendre notre place.

Avez-vous collaboré avec d’autres artistes ?

Oui. À l’international, nous avons collaboré avec Positive Black Soul et Didier Awadi. Au niveau national aussi, nous avons travaillé avec plusieurs artistes guinéens.

Avez-vous des regrets dans votre carrière ?

Franchement, non. Aujourd’hui, nous avons une maison de production prête à nous accompagner pour notre relance.

Peut-on s’attendre à un retour sur scène ?

Oui, nous préparons un double album qui sortira dans les prochains jours. Nous sommes en train de planifier cela avec notre structure.

La musique, c’est notre vie. Nous écrivons nous-mêmes nos textes, nous sommes auteurs-compositeurs. Tout vient de notre vécu et de ce que nous observons dans la société.

Certains artistes chantent pour les dirigeants politiques. Quel est votre regard là-dessus ?

Tout le monde ne peut pas chanter pour un président. Nous respectons ceux qui l’ont fait, mais nous n’avons jamais essayé de faire comme eux.

Souhaitez-vous collaborer avec la nouvelle génération ?

Oui, bien sûr. Avec l’évolution du rap guinéen, nous souhaitons collaborer avec plusieurs artistes de la nouvelle génération.

Quel regard portez-vous sur le BGDA et le ministère de la Culture ?

Depuis 2003, nous percevons nos droits d’auteur au BGDA et tout se passe bien. Nous sommes aussi en contact avec le ministère de la Culture qui nous soutient.

Quel conseil donnez-vous aux jeunes artistes ?

Ils ont du talent, mais ils doivent revoir leurs messages. Les chansons remplies d’injures ne font pas avancer la musique guinéenne. Avant, la Guinée était devant. Aujourd’hui, il faut revenir à des textes qui éduquent et rassemblent.

Votre dernier mot ?

Nous demandons à nos fans de continuer à nous faire confiance. Nous savons que rester longtemps sans sortir d’album peut décevoir, mais en 2026 nous revenons avec force.

Nous ne voulons pas trop parler, c’est le travail qui parlera pour nous. Notre groupe n’est pas mort, nous étions simplement en préparation. Nous demandons aux fans de ne pas regarder le retard, mais plutôt les artistes que nous sommes.

Nous préparons un album costaud, avec le même talent qui nous avait permis de réussir notre premier projet. Nous sommes toujours vivants. Comme on le dit : pour mieux sauter, il faut reculer. Notre rêve reste d’atteindre le sommet, parce que la musique, c’est notre vie.

Entretien realisé par Yayè Aicha Barry 

Pour Africaguinee.com 

Créé le 14 juin 2026 16:51

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