« C’est du saupoudrage »: Sonko charge Diomaye Faye et avertit son Premier ministre

DAKAR- Le séisme politico-institutionnel qui secoue le sommet de l’Etat Sénégalais n’a pas fini de livrer ses secrets. Pour la première fois depuis son limogeage, Ousmane Sonko, désormais replié à l’Assemblée nationale en tant que chef du perchoir, a pris la parole. Dans un discours d’une virulence rare, l’ancien Premier ministre a dévoilé les coulisses de son divorce avec le président de la République, Bassirou Diomaye Faye. Entre révélations croustillantes, accusations de trahison politique et mises en garde directes à l’exécutif, Sonko qui contrôle l’Assemblée nationale, a acté l’entrée du pays dans une nouvelle ère : celle d’une cohabitation forcée ou de l’instabilité.

Les coulisses d’un limogeage

Revenant sur les instants qui ont précédé son éviction, Ousmane Sonko a expliqué avoir tenté, à plusieurs reprises, de désamorcer la crise en proposant des sorties de crise honorables. Selon lui, le président Faye se disait « incommodé » par ses prises de position.

« J’avais mon mandat de député intact. À plusieurs reprises, j’étais allé le voir pour lui proposer cette solution qui consistait, de manière concertée, à ce que je puisse me décaler vers l’Assemblée nationale. Qu’ensemble nous discutions pour choisir un premier ministre issu du parti (PASTEF), parce que c’est le parti qui est majoritaire. Que nous discutions à la formation d’un gouvernement et que nous puissions ensemble continuer à cheminer. […] Mais à chaque fois, il avait rejeté la solution en me disant que ma place était à ses côtés dans l’exécutif. […] On aurait pu le faire de cette manière mais il a choisi une autre voie. Il me l’a notifié, j’ai pris acte », a-t-il martelé.

L’ancien Premier ministre dénonce également la méthode employée par le chef de l’État lors de la rupture, déplorant un manque de franchise et une volonté de masquer le limogeage en une séparation à l’amiable.

« Il avait voulu que moi je dise que c’est d’un commun accord que nous avons décidé de nous séparer. Je lui ai dit non, si on discute et qu’on trouve des convergences, des accords, je peux le faire. À défaut, il faut que vous preniez la responsabilité de dire que vous m’avez limogé. […] À 20h35, il m’envoie un message pour me dire qu’il ne peut plus tenir la réunion (qu’on s’était fixées) et qu’il comptait annoncer la mesure de limogage. J’ai pris acte. Cela ne m’a pas posé problème, parce que c’est une solution que j’attendais depuis très longtemps. Mais je m’étais fixé une règle, c’est que la rupture ne viendrait pas de moi », déclare le leader du PASTEF.

« Le président est dans son camp et nous sommes dans notre camp »

Après le limogeage, la rupture s’est déplacée sur un tout autre terrain. Ousmane Sonko accuse Bassirou Diomaye Faye d’avoir tenté de contourner la direction du parti PASTEF en démarchant individuellement les ministres sortants pour former son nouveau gouvernement, une démarche qu’il a personnellement bloquée.

« Le lundi, j’avais convoqué une réunion à 20h30 qui devait regrouper tous les ministres sortant de PASTEF […]. Et vers 16h, beaucoup de ces ministres ont reçu des convocations de la présidence pour des consultations en vue de la formation du nouveau gouvernement. Ils m’en ont fait part et je leur ai demandé de ne pas s’y rendre. Parce que ça ne se passe pas comme ça. Il est clair que désormais, le président est dans son camp et nous sommes dans notre camp. Donc, s’il veut parler avec PASTEF, il faut qu’il passe par les canaux autorisés. […] S’il veut parler avec PASTEF, il n’a qu’à passer par le chemin indiqué », révèle-t-il.

Bassirou Diomaye Faye, Président du Sénégal

Face au refus des ministres du PASTEF de céder à ce qu’il qualifie de « démarchage individuel », le climat s’est durci, enchaîne M. Sonko. « Les ministres sortant ont refusé de déferer à cette convocation. Ce qu’il a conçu comme un “manque de respect” de ses propres mots. […] Je lui ai dit : “vous connaissez bien le parti PASTEF. Vous savez comment ça fonctionne, vous y étiez (…)”. Donc vous ne pouvez pas venir contourner le président du parti, les instances du parti, appeler les gens individuellement. […] Il a refusé en disant qu’il ne recevrait pas. Je lui ai dit maintenant j’ai l’impression que le problème est devenu un problème personnel. Je ne sais pas ce que je vous ai fait. Je ne sais pas pourquoi il y a une fixation sur ma personne. Je ne sais même pas si c’est une fascination. »

Nouveau gouvernement: c’est du saupoudrage

Le leader du PASTEF n’a pas manqué de fustiger la composition du nouveau gouvernement, qualifié de « gouvernement suspendu, sans ramification, sans assise politique ». Réduisant l’argument du « gouvernement de technocrates » à du « saupoudrage », il a vertement critiqué l’amateurisme, selon lui, de la méthode Faye, tout en lançant un avertissement direct au nouveau Premier ministre.

« Vous êtes allé prendre un Premier ministre qui n’a rien à voir avec notre combat. J’en profite pour lui demander de rester technocrate, de sortir du jeu politique. Puisqu’il a été choisi pour être un technocrate, d’après ce qu’on nous dit. Il n’a qu’à se limiter à ça. Parce que je sais beaucoup de choses sur ce qui se passe et ce qu’il fait. J’ai été très courtois avec lui jusqu’à présent. Il ne faut pas qu’il nous provoque (…). […] La formation du gouvernement a été très, très, très délicate. Jusqu’à la dernière minute, on appelait à gauche, à droite, sans avoir eu le temps de contrôler même les profils […]. Un pays, c’est sérieux. Un gouvernement, c’est sérieux. J’ai l’impression que le président Bassirou Diomaye ne sait pas ce que c’est un gouvernement », a-t-il fustigé.

Ousmane Sonko a par ailleurs révélé que le PASTEF avait refusé lors de la formation du Gouvernement de servir d’alibi politique en refusant l’offre, jugée dérisoire, du chef de l’État.

Ousmane Sonko et Diomaye Faye, image d’archive

« Il a finalement avoué qu’il voulait proposer sept portefeuilles au PASTEF sur un gouvernement de trente ministres, avec zéro portefeuille de souveraineté à PASTEF. Je lui ai dit : Comment vous pouvez envisager ça ? Après il m’a dit, je peux aller jusqu’à huit. J’ai dit, M. le Président, nous ne quémandons pas des postes ministériels… […] À partir de ce moment, PASTEF n’entrera pas dans un gouvernement où il ne peut pas avoir au moins la moitié des portefeuilles ministérielles, avec des portefeuilles de souveraineté […]. C’est pourquoi, ensuite, je l’ai appelé pour lui notifier la décision du parti de ne pas rejoindre un gouvernement dans ces conditions. »

La cohabitation ou la crise

Fort d’une écrasante majorité parlementaire de 130 députés sur 165, Ousmane Sonko rappelle à Bassirou Diomaye Faye la réalité du rapport de force. Pour lui, le président doit cesser de se croire tout-puissant, sous peine de plonger le Sénégal dans l’instabilité.

« Nous sommes, qu’il le veuille ou pas, dans une situation de cohabitation. Il n’a pas un seul député à l’Assemblée Nationale sur 165. Un seul. […] Quand on le pompe pour lui dire : c’est toi le président, tu as tous les pouvoirs. Il n’a pas tous les pouvoirs. Il n’a pas plus de pouvoirs que les autres, d’ailleurs, dans la configuration actuelle. Il faut qu’il redescende de son piédestal et qu’on se parle en responsable, dans l’intérêt de ce pays. Ceux qui le poussent à aller vers une guerre ne lui rendent pas service. […] S’il ne veut pas, il va nous entraîner vers une crise dont le pays n’a pas besoin », a-t-il averti.

Africaguinee.com

Créé le 4 juin 2026 09:09

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