Souleymane Camara : « Il faut un réveil de la jeunesse guinéenne face aux technologies de l’avenir » (entretien)

En marge du sommet Africa Forward tenu à Nairobi les 11 et 12 mai 2026, notre envoyé spécial a rencontré Oumar Camara, un entrepreneur binational franco-guinéen. Également responsable de la Station IA au Centre Culturel Franco-Guinéen (CCFG) de Conakry, il nous livre sa vision du nouveau partenariat Afrique-France, de la place de la diaspora, des défis éducatifs en Guinée et de l’incontournable révolution de l’intelligence artificielle.

AFRICAGUINEE.COM: Qu’est-ce qui explique votre présence à cette rencontre à Nairobi ?

OUMAR CAMARA : Ma présence à Nairobi est motivée par la volonté de renforcer les ponts entre l’Afrique et l’Europe, et particulièrement la France. En tant que binational franco-guinéen, je pense que nous avons un rôle clé à jouer dans ce rapprochement.

Que pensez-vous du nouveau type de partenariat prôné par Emmanuel Macron entre la France et l’Afrique ?

Je pense qu’il est réaliste dans le contexte actuel. Plusieurs dynamiques poussent vers ce changement : les crises géopolitiques et les tensions à différents niveaux redéfinissent les règles. D’un côté, les Africains assument pleinement leur rôle ; ils veulent aller de l’avant et développer le continent par eux-mêmes et pour eux-mêmes. De l’autre côté, par la force des choses, les pays occidentaux, l’Europe et la France, s’orientent désormais davantage vers le business que vers l’aide pure et simple comme on pouvait le voir auparavant. Les intérêts s’alignent, ce qui rend cette approche pragmatique.

Ce sommet intervient à un an de la fin du mandat du président Macron. Pensez-vous qu’il y ait des garanties pour que ses conclusions soient appliquées par ses successeurs ?

Le contexte international montre que, de manière générale, le monde évolue vers des relations bilatérales axées sur le business plutôt que sur l’assistanat. Aujourd’hui, peu importe le gouvernement ou la politique en place à l’avenir, il y a beaucoup plus de chances que cette dynamique se poursuive plutôt que d’assister à un retour vers l’aide au développement traditionnelle.

Selon vous, comment la Guinée peut-elle tirer profit de ce type de rencontres ?

C’est précisément là que notre double culture devient un atout majeur. Comme cela a été souligné dans les discours officiels, il faut assumer cette dualité. Dans mon cas, je me sens 100 % guinéen et 100 % français. Il faut prendre le meilleur de chaque côté et en tirer des leçons pour bâtir un avenir commun.

Les structures comme les nôtres ont tout à gagner dans ce type de partenariat. Nous apportons une expertise conforme aux standards internationaux, combinée à une compréhension fine du contexte local, des contraintes et des défis propres à nos réalités africaines. La diaspora a un grand rôle à jouer.

Quels sont les principaux défis à relever pour maximiser l’impact de ce genre de rendez-vous ?

En tant qu’entrepreneur évoluant en Guinée, le défi le plus évident qui me vient à l’esprit est celui des ressources humaines et du renforcement des capacités. Nous sommes souvent confrontés à un manque de main-d’œuvre qualifiée, et c’est là que se situe le véritable frein. Les panels l’ont bien démontré : le Kenya, par exemple, a énormément investi dans la refonte de son système éducatif. Si nous ne mettons pas en place les politiques nécessaires, ce déficit de compétences nous bloquera.

Avez-vous des recommandations concrètes à formuler aux décideurs guinéens ?

Il y a déjà des signaux encourageants chez nous, notamment les mesures pour la modernisation du système éducatif avec la mise en place des classes préparatoires aux grandes écoles. Il faut bien sûr aller encore plus loin.

De nouvelles approches basées sur l’approche par compétences (APC) doivent être mises en œuvre, ce que je salue et encourage vivement. Enfin, il est impératif d’intégrer les technologies émergentes, notamment l’intelligence artificielle, qui transforment radicalement notre manière de travailler et de traiter l’information. Il faut réfléchir à intégrer ces outils au bon niveau pour ne pas laisser passer le train.

La jeunesse guinéenne est-elle consciente de ces enjeux d’avenir, ou faut-il un sursaut ?

Je dirais qu’il faut un réveil de plus. Actuellement, seule une minorité de jeunes est au fait de ces enjeux, se forme et fait de la veille. Un grand travail de sensibilisation reste à faire, tant au niveau de l’État que de la société civile et des acteurs économiques. Il faut un véritable sursaut pour que la jeunesse saisisse pleinement les opportunités qui se présentent en Guinée et en Afrique.

Quel message particulier aimeriez-vous adresser à cette jeunesse ?

Je leur conseille de faire de la veille et de s’informer constamment. Le monde évolue à une vitesse incroyable, boosté par l’intelligence artificielle. C’est en restant curieux que l’on comprend quelles compétences seront indispensables demain, ce qui permet d’orienter efficacement sa formation, ses choix professionnels et ses stages.

Cultivez votre curiosité, votre créativité et surtout votre esprit critique. Aujourd’hui, l’IA est capable d’exécuter presque tout ce qu’un humain fait derrière un ordinateur. Ce qui différenciera un jeune professionnel à l’avenir, ce sera sa capacité d’analyse, sa réflexion, son esprit critique et son adaptabilité.

Vous dirigez la Station IA au CCFG, lancée fin 2025. Sentez-vous un engouement ou la mobilisation doit-elle être renforcée ?

La Station IA a été lancée en octobre-novembre 2025 et l’engouement est réel. Nous organisons deux sessions par semaine, les mardis et jeudis, et l’affluence ne cesse de grandir. La jeunesse est demandeuse, elle veut apprendre et évoluer avec ces technologies. Le principal obstacle reste parfois le manque d’information.

Dès que nous réussissons à toucher les jeunes, ils répondent présents, reviennent et demandent à aller plus loin. J’encourage donc chaque Guinéen, jeune ou moins jeune, à venir se former à la Station IA. C’est un espace gratuit et accessible. L’IA va façonner notre avenir professionnel et notre quotidien : profitez de cette opportunité !

Propos recueillis à Nairobi par Boubacar 1 Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 16 mai 2026 14:59

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