“Tout est à l’arrêt”: les répercussions des tensions frontalières chez les vendeuses d’huile de palme de Gueckedou

GUECKEDOU-Au grand marché de Guéckédou, l’ambiance n’est plus la même. Habituellement animé par les va-et-vient des commerçantes et des vendeuses d’huile rouge venues de part et d’autre des frontières, ce marché tourne désormais au ralenti. En cause : la fermeture du débarcadère de Kiéssènèye, à la frontière entre la Guinée et le Libéria, consécutive au récent différend entre les deux pays autour de la délimitation des bornes frontalières.

Ce point de passage fluvial est pourtant stratégique pour la commercialisation de l’huile rouge dans la zone. Il constitue l’un des principaux circuits d’approvisionnement pour les commerçantes de Guéckédou, qui s’y rendaient régulièrement pour s’approvisionner auprès des producteurs venus du Libéria ou transitant depuis la Sierra Leone.

La situation est d’autant plus difficile que, depuis près d’une année déjà, le débarcadère de Nongoa, situé à la frontière avec la Sierra Leone, reste également fermé. Une double fermeture qui étouffe aujourd’hui le petit commerce transfrontalier.

Au marché, les vendeuses d’huile rouge disent vivre des moments particulièrement difficiles. « Le commerce ne marche pas actuellement. Si je dis que ça marche, j’aurai menti. Le marché est calme. Ça ne va pas, ça ne vient pas. D’où ça venait, ça ne vient plus », témoigne Denise Niamy, vendeuse d’huile rouge.

Selon elle, la fermeture des frontières prive de nombreuses femmes de leur principale source de revenus. Un revenu souvent destiné à assurer la nourriture et les besoins essentiels des familles.

« Ce que nous voulons des trois chefs d’État, c’est la paix. Ils n’ont qu’à laisser la route ouverte, que ce soit du côté de la Sierra Leone comme du Libéria. Par jour, nous cherchons un peu de revenu pour nourrir nos enfants », ajoute-t-elle avec inquiétude.

Même cri de détresse chez Sona Elisa Ifono, une autre commerçante d’huile rouge. Elle explique que le blocage du commerce transfrontalier paralyse totalement leurs activités.

« Actuellement les choses sont vraiment dures pour nous. Pendant ces deux jours, le commerce est bloqué. Nous n’avons pas d’acheteurs et nous non plus nous ne pouvons pas acheter », confie-t-elle.

Face à cette situation, elle lance un appel aux présidents des trois pays concernés. « Nous demandons aux chefs d’État de la Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone de s’entendre et d’ouvrir les frontières pour que nous puissions trouver de quoi nourrir nos enfants. »

Dans les étals, les bidons d’huile rouge s’accumulent sans trouver preneur. Certaines commerçantes affirment même ne plus pouvoir renouveler leurs stocks ni écouler.

Sia Marie Kamano, également vendeuse d’huile rouge, explique que ce commerce constitue la principale activité économique de nombreuses femmes.

« C’est dans ce commerce d’huile que j’évolue. Avant, l’huile venait de la Sierra Leone et nous l’achetions ici. Maintenant nous partions à Kiéssènèye pour nous approvisionner. Mais depuis cette crise, nous ne comprenons plus rien », déplore-t-elle.

Entre charges familiales et scolarité des enfants, ces femmes disent se retrouver aujourd’hui dans une situation de grande précarité.

« Nous avons les dépenses pour les études de nos enfants et la charge familiale. C’est dans ce petit commerce qu’on gagnait tout ça. Mais aujourd’hui tout est à l’arrêt », poursuit-elle.

Comme ses collègues, elle appelle les autorités des trois pays à privilégier le dialogue pour résoudre la crise. « Nous demandons aux chefs d’État d’avoir pitié de nous et de se comprendre pour que la paix revienne. Parce que sans la paix, rien ne marche. »

En attendant une issue diplomatique entre Conakry et Monrovia, les commerçantes du grand marché de Guéckédou restent suspendues à la réouverture du débarcadère de Kiéssènèye. Pour elles, au-delà d’un simple point de passage, il s’agit d’une véritable bouée de survie économique pour de nombreuses familles de la région.

Depuis Gueckedou,

Paul Foromo SAKOUVOGUI 

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 628 80 17 43 

Créé le 15 mars 2026 12:35

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