Immersion dans la forêt de Ziama : les derniers vestiges du quinquina et la mystérieuse liane géante de Sérédou…

MACENTA-Au cœur de la réserve de biosphère de Ziama, dans la sous-préfecture de Sérédou, la forêt dense garde encore les traces d’un pan méconnu de l’histoire scientifique et médicinale de la Guinée. Lors d’une visite effectuée dans les profondeurs de ce massif forestier classé, notre rédaction a découvert les vestiges du quinquina, plante autrefois exploitée pour la production de quinine contre le paludisme, mais aussi l’imposant Strophantus précis, considéré comme la plus grande liane de cette forêt tropicale. 

Les derniers témoins du quinquina dans la forêt de Ziama

Il faut s’enfoncer plusieurs kilomètres dans la forêt dense de Ziama pour apercevoir ce qui reste aujourd’hui de l’un des arbres les plus emblématiques de l’histoire médicale mondiale : le quinquina.

Au détour d’un sentier forestier, quelques troncs encore debout apparaissent, discrets au milieu de la végétation luxuriante. Pour un regard non averti, ils ressemblent à de simples arbres parmi tant d’autres. Pourtant, ces vestiges racontent une époque où Sérédou était un site stratégique dans la recherche et la production de substances médicinales.

Originaire des forêts andines d’Amérique du Sud, notamment du Pérou, de la Bolivie et de l’Équateur, le quinquina scientifiquement connu sous le nom de Cinchona, est célèbre pour l’écorce de son tronc qui contient la quinine, un alcaloïde longtemps utilisé dans le traitement du paludisme.

Son introduction en Afrique remonte à la période coloniale, vers les années 1930 lorsque les chercheurs et administrateurs cherchaient à acclimater cette plante dans des régions tropicales favorables à sa culture.

Avec son climat humide, son altitude et la richesse de son sol forestier, la zone de Sérédou présentait des conditions idéales pour l’implantation de cette espèce. 

En 1939, l’administration coloniale française crée officiellement à Sérédou une station expérimentale du quinquina et du caféier pour développer cette culture et étudier son adaptation au climat de la Guinée forestière.

 

Des plantations furent ainsi développées dans la zone afin de produire localement la quinine, un médicament essentiel dans la lutte contre la malaria qui frappait durement les populations tropicales.

Plus tard, une usine de quinine y sera construite et commencera à produire vers 1955, faisant de Sérédou l’un des centres pharmaceutiques les plus importants d’Afrique de l’Ouest à l’époque. 

Pendant plusieurs années, le quinquina a occupé une place importante dans l’activité scientifique et pharmaceutique autour de Sérédou. Mais avec l’évolution de la recherche médicale et l’apparition de nouveaux traitements antipaludiques, cette exploitation a progressivement décliné.

Aujourd’hui, seules quelques traces subsistent dans la profondeur de la forêt de Ziama, rappelant cette page peu connue de l’histoire botanique et médicale de la Guinée.

Le Strophantus précis, la plus grande liane de Ziama

Si le quinquina témoigne du passé scientifique de la région, la forêt de Ziama impressionne également par certaines espèces végétales spectaculaires qui continuent de structurer son écosystème.

C’est notamment le cas du Strophantus précis, une liane géante considérée comme la plus grande de la réserve.

Guide du jour, Makim Kolié, écogarde au sein de la réserve de biosphère de Ziama, explique que cette plante est l’une des espèces les plus caractéristiques de cet environnement forestier.

« C’est l’une des espèces caractéristiques de Ziama. C’est la plus grosse liane qui se trouve à Ziama », explique-t-il.

Selon l’écogarde, cette liane impressionnante possède une stratégie de croissance particulière : elle grimpe le long des grands arbres pour atteindre la lumière.

« C’est une liane qui croît en cherchant surtout les rayons solaires. Au niveau de Ziama, les rayons solaires sont surtout orientés vers la cime des gros arbres. L’espèce suit donc l’évolution du tronc de l’arbre jusqu’au sommet », détaille Makim Kolié.

Une fois arrivée au sommet des arbres, la plante peut alors capter suffisamment de lumière pour réaliser la photosynthèse, un processus vital pour sa croissance.

« C’est à partir de là que l’espèce a la faculté de synthétiser la photosynthèse. Les plantes supérieures sont capables de produire leurs propres nutriments à partir d’éléments minéraux », ajoute-t-il.

Un véritable pont naturel pour les animaux de la forêt

Au-delà de sa taille impressionnante, le Strophantus joue également un rôle écologique majeur dans la forêt de Ziama.

Les lianes géantes constituent en effet de véritables corridors biologiques pour plusieurs espèces animales vivant dans la canopée.

« Les espaces arboricoles constituent leur milieu de vie écologique. Les singes et certains petits primates utilisent ces grosses lianes pour se déplacer et vivre dans la forêt », explique l’écogarde.

En reliant les arbres entre eux, ces lianes facilitent les déplacements des animaux et participent ainsi à l’équilibre de l’écosystème forestier.

Une plante aux vertus thérapeutiques dans la tradition locale

Au-delà de son rôle écologique, le Strophantus précis est également connu dans la médecine traditionnelle des communautés locales.

Selon Makim Kolié, l’écorce de la plante est parfois utilisée pour traiter différentes affections.

« Certains prélèvent l’écorce et la mettent dans du vin de raphia. Après deux à trois heures, ils boivent la solution qui calme les maux de ventre chroniques et la fatigue générale », explique-t-il.

Une autre méthode consiste à préparer une décoction.

« Il y a d’autres qui découpent la plante en tranches, la font bouillir dans une marmite et utilisent ensuite la décoction pour se laver afin de soulager certaines douleurs corporelles », précise-t-il.

Ces pratiques illustrent le lien étroit entre les populations locales et la forêt, qui demeure une source importante de remèdes naturels.

La forêt de Ziama, un patrimoine naturel et scientifique unique

Entre les vestiges du quinquina et les impressionnantes lianes de Strophantus, la forêt de Ziama apparaît comme un véritable laboratoire naturel où se mêlent histoire, science et biodiversité.

Classée réserve de biosphère, cette forêt constitue l’un des écosystèmes les plus riches de Guinée. Elle abrite une multitude d’espèces végétales et animales dont certaines sont rares ou endémiques.

Mais face aux pressions humaines et aux défis de la conservation, la protection de ce patrimoine naturel demeure un enjeu majeur.

Car au-delà de sa biodiversité exceptionnelle, la forêt de Ziama reste aussi un témoin vivant de l’histoire scientifique et médicinale de la région forestière, dont les traces continuent de se dévoiler au détour de ses sentiers encore sauvages.

Depuis la forêt de Ziama, 

Paul Foromo SAKOUVOGUI,

Correspondant Régional d’Africaguinee.com

En Guinée Forestière.

Tél. (00224) 628 80 17 43

 

Créé le 9 mars 2026 14:45

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