Dr Faya révèle : « Le jour où on a commencé à dire au Général que sans lui la Guinée va tomber dans les mains de mécréants… »
CONAKRY- Jadis, soutien « intrépide » du Général Mamadi Doumbouya et du Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD), Dr Faya Milimouno a métamorphosé son discours de manière spectaculaire. Le leader du Bloc Libéral porte désormais le flambeau du vrai opposant du régime militaire en place, enchainant des critiques acerbes et piques incisives. L’ancien candidat à la présidentielle de 2015 semble même ravir la vedette à d’autres grandes figures comme Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré, Edouard Zotomou Kpoghomou. Qu’est-ce qui explique ce changement de ton ? Avait-il eu des promesses de la part du CNRD qui n’aurait pas été respectées ? Dans cet entretien accordé à Africaguinee.com, M. Milimouno parle sans filtre, expliquant les « raisons » qui l’ont amené à changer de ton vis-à-vis du régime en place. Dans cette interview, il aborde aussi l’immersion gouvernementale en cours et fait une invite aux guinéens.
AFRICAGUINEE.COM : Quelle lecture faites-vous sur l’immersion gouvernementale en cours à l’intérieur du pays ?
Dr LANSANA FAYA MILLIMOUNO : A chaque fois que la bureaucratie de Conakry change de cadre pour aller à la rencontre des guinéens à la base, même si ce n’est pas avec une bonne intention, j’apprécie. Parce que la Guinée est mal gérée. On a fait la Guinée, Conakry. Lorsque vous sortez de la capitale, pour l’administration publique guinéenne, vous n’existez plus. Or, les guinéens vivent les vrais problèmes à l’intérieur du pays.
S’ils (les ministres, ndlr) vont dans les villages, à l’occasion de cette immersion, pour voir des écoles délabrées, des centres de santé délabrés, des postes de santé délabrés, des routes qui sont impraticables, peut-être que ça va les emmener à arrêter le gâchis qu’ils sont en train de faire. Celui de déplacer l’administration centrale à Kankan pour faire une photo. Cet argent qu’ils sont en train de dilapider aurait pu servir à quelque chose de plus important. Moi, je suis toujours sur les routes en Guinée. Je connais les problèmes de nos compatriotes. Il y a beaucoup de sous-préfectures dont je n’ai été capable de visiter qu’à moto. Malheureusement à l’occasion de cette immersion-là, ils n’iront pas dans ces sous-préfectures-là parce qu’ils n’emprunteront pas la moto. Ils voudront rester dans les voitures climatisées pour aller séduire les guinéens.

Toutefois, j’invite nos compatriotes à les attendre avec de bonnes questions en leur demandant : pourquoi tant de milliards dépensés pour une photo dans les rues de Kankan ? Qu’est-ce qui justifie cela alors qu’il n’y a personne à Kankan qui est opposé l’un à l’autre ? Pourquoi une marche de l’unité et de la paix qui nous coûte si chère ? C’est un peu ce à quoi je pense de cette immersion-là.
Ne pensez-vous pas à une stratégie déguisée pour promouvoir la candidature du général Mamadi Doumbouya ?
Je vais vous dire une chose : les guinéens ont déjà compris que ceux-là (gouvernement et membres du CNRD ndlr) ne peuvent pas nous apporter le bonheur (…). Parce qu’ils ont fait effectivement une première immersion, à l’issue de laquelle, le premier ministre d’alors Mohamed Béavogui, avait dit que la Guinée n’existe pas dans l’arrière-pays. Malheureusement, il n’y a rien qui a été fait pour améliorer cela. Parce que les sous-préfectures que j’ai visitées à Moto, ça c’est en 2023 et cette (première) immersion avait eu lieu en 2022.
J’invite les guinéens vers qui ils vont, n’ont qu’à les attendre avec de bonnes questions. On a aujourd’hui nos écoles qui n’ont pas d’enseignants. Il y en a beaucoup. On a des postes de santé, des centres de santé, qui sont animés par une majorité écrasante de stagiaires. En fait, le problème qu’on a dans l’éducation avec les contractuels, c’est ce qu’on trouve dans le domaine de la santé avec les stagiaires, parfois pendant 15 ans.
Si cette immersion-là, c’est effectivement pour comprendre les problèmes auxquels le peuple de Guinée est confronté, c’est une bonne chose que nous apprécions. Malheureusement, c’est simplement pour promouvoir une candidature qui ne peut pas être.
Nous disons, et nous continuerons encore à le dire, au général Mamadi Doumbouya : il est un soldat, je l’apprécie beaucoup en tant que soldat, sincèrement. J’ai eu toute la fierté quand je l’ai vu pour la première fois faire le défilé au stade du 28 septembre en 2018. Cette image-là, je continue à la voir. Il est venu (au pouvoir) et il a dit qu’en tant que soldat, il ne sera pas candidat. S’il l’est, ce serait le premier faux-pas qui risque de le suivre jusqu’à la fin. Parce que personne ne va plus le croire. Dès lors qu’il l’a dit et l’a répété, qu’il ne sera pas candidat et qu’aucun membre du CNRD ne sera candidat s’il change…cela va le suivre.

Aujourd’hui, on est en train de faire du Alpha sans Alpha. J’ai dit au CNRD : vous ne pouvez pas faire autant la politique politicienne qu’Alpha Condé qui nous a dit ici qu’il ne change pas la constitution, pour avoir le troisième mandat. Il avait nié en disant que c’était pour améliorer les conditions des femmes et protéger l’environnement. Mais la vérité finit toujours par sortir, c’est comme une femme enceinte, ça ne se cache pas éternellement. Un jour, le ventre sera gros.
Donc, je demande aux responsables du CNRD de sortir de ce petit jeu. On a déjà vécu ça. Ça n’a pas fait avancer le pays. Les problèmes réels sont là. Alpha Condé a dilapidé beaucoup de fonds pour ces mamayas là. Jusqu’à dire à la face des Guinéens que ce sont des femmes de Avaria qui ont payé sa caution (de 800 millions Gnf) pour participer à l’élection présidentielle de 2020. Des femmes qui tirent le diable par la queue. Le CNRD ne peut pas faire 10% de ce que Alpha a été capable de faire de la politique politicienne. Ils n’ont qu’à sortir de ça. Je dis au général, mettez fin à cette recréation.

Si ces messieurs et dames que vous envoyez à l’intérieur, en immersion, c’est pour réellement toucher du doigt les problèmes auxquels les Guinéens sont confrontés, moi je soutiens. Mais si c’est pour aller vous promouvoir, ils se sont trompés. Parce que ça ne va pas changer quoi que ce soit. Nous, nous irons après. Un seul discours à l’intérieur du pays, les Guinéens savent que quand on dit quelque chose, on n’est pas en politique parce qu’on cherche des opportunités, non. Sinon, on aurait déjà été plusieurs fois ministre dans ce pays, ce n’est pas ce qui nous intéresse. Ce qui nous intéresse, c’est que cette Guinée-là sorte de la pauvreté, sorte du mensonge. Et c’est le combat que nous sommes en train de mener. Et les Guinéens, de plus en plus, ils savent que je ne suis pas en politique pour des choses opportunistes. Ils n’ont qu’à aller. S’ils mentent là-bas, la vérité vient après. On va les suivre.
Vous étiez un grand soutien du CNRD, certains pensent que si vous avez changé de discours, c’est parce que vous n’avez pas eu une récompense de la part du président Mamadi Doumbouya. Que répondez-vous ?
Non, non, je n’attendais pas une récompense. Non, pas du tout. Ceux qui le pensent, c’est ceux qui ne connaissent pas Faya. Alpha Condé, je n’ai pas voté pour lui. En 2010, j’étais le porte-parole de son adversaire. Mais vous avez tous été témoins du nombre de fois qu’il m’a tendu la main pour que je sois au gouvernement.
Avec ceux-là, c’est-à-dire le CNRD, quand ils sont arrivés, très honnêtement, à travers le discours que le président Mamadi a mis de l’avant, les actes que j’ai vu poser, j’ai dit, ceux-là, il faut les prendre au sérieux. Il faut donner la chance à ceux-là d’assainir cette maison. Mais au fur et à mesure qu’on avançait, on a compris que c’était un autre gros jeu de tromperie qu’on était en train de mettre en place. Le jour où on a commencé à dire au général Mamadi Doumbouya que : sans vous, la Guinée va tomber dans les mains de mécréants, c’est ce jour qu’il a commencé à nous abandonner, nous qui soutenions le CNRD. Et depuis, personne ne comprend plus rien.
L’agenda dont on avait tant fait la promotion : le recensement général de la population et de l’habitat, il est à se poser la question d’où on en est aujourd’hui ? Le recensement administratif à vocation d’État civil, d’où on en est aujourd’hui ? Une nouvelle constitution qui nous ressemble pour nous rassembler, d’où on en est aujourd’hui ? La lutte contre la gabegie financière etc. aujourd’hui, il n’y a pas une semaine sans qu’un scandale n’éclabousse l’administration du CNRD.

Avant, au temps d’Alpha Condé ou peut-être au temps de Lansana Conté, les plus gros montants qu’on entendait, c’était 200 milliards. Mais maintenant, c’est 1 000 milliards. Quand une personne a détourné 1 000 milliards, ce n’est pas une opération qu’il a faite, ce n’est pas en deux opérations, ce n’est pas en trois opérations, c’est en plusieurs opérations et qui ont impliqué plusieurs personnes. On nous a dit que 4 tonnes de notre or ont été pris ici pour Dubaï. Ça s’est volatilisé. Après, on a trouvé un moyen de régler à l’amiable. Est-ce qu’on peut maintenant espérer sur eux pour moraliser la vie publique ? Non, pas du tout.
D’ailleurs, là où je prête beaucoup attention, parce qu’à la justice, la CRIEF qu’on a mise en place, continue encore à s’acharner sur ceux-là qui ont été ministres il y a déjà 30 ans ou même 35 ans. Il y en a qui seraient déjà morts d’ailleurs. C’est Dieu qui a fait qu’ils soient encore en vie. On est en train de les poursuivre. On embête ceux-là d’ailleurs plus que les gens qui ont été nommés par le CNRD, qui sont en train de détourner. Tout cela démontre que le CNRD a échoué dans sa mission. Vous venez pour moraliser la vie publique, on détourne l’argent sous votre magistère plus qu’on en a détourné par le passé, c’est un échec. C’est clairement un échec.
La douane, les impôts, la banque centrale etc. aujourd’hui un audit général devrait nous permettre de savoir l’immensité du mal. Et c’est d’ailleurs à cela que j’appelle le général Mamadou Doumbouya d’ordonner un audit général de son administration.
Si le président Doumbouya vous proposait comme premier ministre pour réaliser cet audit, l’accepteriez-vous ?
Non, il y a des guinéens qui peuvent le faire. Je ne suis pas dans la politique pour faire ma promotion. Par contre, s’il s’agit de contribuer pour que la vérité triomphe en Guinée je serai un de vos compagnons.
A suivre !
Interview réalisée par Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 12 février 2025 10:11Nous vous proposons aussi
TAGS
étiquettes: CNRD, Dr Faya, Faya Millimouno, Mamadi Doumbouya, Transition









