« 13 postes de contrôle, et à chaque barrage tu paies » : le ras-le-bol des transporteurs à Labé

CONAKRY- Depuis le lundi 7 septembre 2026, le secteur des transports est totalement à l’arrêt sur les axes névralgiques Labé-Conakry et Labé-Koundara. Les conducteurs observent une grève illimitée pour dénoncer la multiplication des postes de contrôle, les rackets systématiques et le délabrement poussé du réseau routier.

Des gares routières saturées et des passagers plongés dans la détresse

Dans les gares routières de la commune urbaine de Labé, l’impact de ce mouvement social est palpable. Des usagers, notamment en provenance de la préfecture de Mali et à destination de la capitale, se retrouvent bloqués sans aucune solution de voyage.

Installée sous un arbre à la gare routière avec ses bagages, Aïssatou Lamarana Diallo ne cache pas son inquiétude :

« Nous sommes bloqués ici sans savoir comment rejoindre Conakry. J’ai laissé mes enfants seuls là-bas il y a une semaine pour assister à un mariage. Si j’avais su, je ne me serais jamais déplacée. Nous prions pour qu’un accord soit vite trouvé entre les autorités et les transporteurs. »

Même désarroi chez Mamadou Alpha Bah, bloqué depuis plus de 24 heures :

« Je suis arrivé hier et j’ai dû passer la nuit sur place. Ce matin, la situation n’a pas évolué. J’ai même vu une commerçante fondre en larmes parce que ses fruits et légumes risquaient de pourrir faute de transport. Je devais reprendre le travail en urgence à Conakry, c’est le désespoir total. »

Racket aux barrages et routes dégradées

Sur le terrain, les conducteurs dénoncent des conditions de travail devenues insoutenables, oscillant entre racket et dégradation matérielle de leurs véhicules.

Thierno Samba Diallo, chauffeur sur la ligne Conakry-Labé, pointe du doigt le comportement de certains agents aux barrages :

« La route entre Labé et Conakry est truffée de trous béants. Malgré cela, quand nous présentons des papiers en règle aux brigades mobiles, les agents trouvent toujours un prétexte pour nous réclamer de l’argent. Exiger un contrôle technique sur une route dans un tel état est un contresens. Nous avons décidé de garer nos véhicules tant qu’une solution durable ne sera pas trouvée. »

Pour Souleymane Diallo, également conducteur, le nombre de postes de contrôle doit être drastiquement réduit :

« On compte environ 13 postes de contrôle entre Labé et Conakry. À chaque barrage, il faut payer. Pour un véhicule chargé de bagages, on nous réclame entre 100 000 et 200 000 francs guinéens par passage. Nos recettes y passent entièrement. Nous demandons la suppression de la plupart de ces barrages pour n’en conserver que deux principaux : un à l’entrée de Labé et un autre à Kaaka. »

Le syndicat CNTG appelle à un dialogue d’urgence avec les autorités

Face à cette détérioration du climat social, les structures syndicales soutiennent le mouvement tout en privilégiant la voie de la négociation.

Mamadouba Camara, secrétaire général adjoint chargé des conflits et des négociations du Syndicat des transports et de la mécanique générale (CNTG) à Labé, résume l’impasse financière des conducteurs :

« Lorsqu’un chauffeur gagne un million de francs guinéens sur un trajet, la quasi-totalité de cette somme est engloutie dans les frais de route et les tracasseries aux barrages, notamment vers les zones frontalières. Ils rentrent les mains vides. Les responsables syndicaux ont engagé des démarches auprès des autorités régionales et nationales pour alléger ces contrôles. Nous ne sommes contre personne, nous demandons juste des conditions de travail humaines. »

À l’heure actuelle, les pourparlers se poursuivent, mais aucun véhicule ne quitte la gare routière de Labé vers Conakry ou Koundara, maintenant l’économie locale et la mobilité des citoyens sous tension.

Thierno Oumar Tounkara

Correspondant régional d’Africaguinee.com à Labé

Créé le 8 septembre 2026 16:10

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