Pénurie d’œufs à Labé : Des couvoirs européens aux étals locaux, les « dessous » d’une crise…
LABE – Le prix des œufs connaît une hausse importante sur le marché de Labé. L’alvéole se négocie désormais autour de 45 000 francs guinéens, alors que les commerçants peinent à s’approvisionner auprès des fermes avicoles. Cette situation s’explique notamment par la baisse de la production, les difficultés d’accès aux poussins, la réforme des poules pondeuses et l’augmentation du coût de l’alimentation de la volaille.
Sur les marchés, les commerçants se voient contraints de rationner les quantités vendues à leurs clients habituels en raison de la rareté de la marchandise. « Le prix est très élevé et nous avons du mal à nous approvisionner. Nous vendons actuellement le plateau à 45 000 francs guinéens, et cette rupture se situe au niveau des fermes. Récemment, avec le manque de viande et les différentes fêtes religieuses, les aviculteurs ont profité de la forte demande pour vendre les poules qui ne produisaient plus. De plus, en cette saison pluvieuse, le rythme de ponte baisse.

Actuellement, nous faisons de notre mieux pour satisfaire tout le monde. À celui qui prenait 20 alvéoles, nous en vendons cinq ; à celui qui en prenait 30, nous en donnons 10. C’est ainsi que nous nous débrouillons. Nous demandons aux propriétaires de fermes de nous aider à trouver de la marchandise et, en tant que producteurs, de ne pas devenir des revendeurs mais de nous confier les œufs pour que nous puissions les écouler sur le marché », plaide Diaraye Diallo, commerçante.
Selon les acteurs de la filière avicole, cette crise est principalement liée à l’insuffisance de poules pondeuses, aux blocages dans l’approvisionnement en poussins et aux conditions climatiques qui affectent les rendements. À cela s’ajoutent les contraintes sanitaires rencontrées dans les pays fournisseurs de reproducteurs et la hausse constante du coût des aliments pour volailles.
« Plusieurs causes expliquent la hausse du prix des œufs sur le marché. Les difficultés d’accès aux poussins en font partie. De plus, de nombreuses poules pondeuses ont été revendues et celles qui restent pondent peu en raison de la saison des pluies.
Nous n’arrivons pas à répondre à la demande parce que nous n’avons pas réussi à remplacer les pondeuses reformées. Le problème prend sa source en Europe, où les pics de chaleur et la grippe aviaire ont causé la mort de nombreuses volailles. Or, ce sont les œufs issus de ces reproducteurs qui approvisionnent les couvoirs pour produire les poussins qui nous sont ensuite envoyés.
Le peu de poussins que nous réussissons à obtenir met environ six mois avant de commencer à pondre. Voilà pourquoi les œufs sont si chers actuellement. Avant le Ramadan, les prix étaient encore abordables et certains œufs pourrissaient même chez les producteurs. Mais depuis cette période, les cours ne cessent de grimper », explique Alama Kourouma, aviculteur.

À ces obstacles s’ajoute le coût élevé de la nourriture pour volaille. Selon Safayiou Baldé, membre de la Fédération interprofessionnelle régionale avicole, cette pression financière découle de la forte dépendance de la filière aux importations.
« En cette année 2026, la baisse de production d’œufs est liée à plusieurs facteurs. Il y a d’abord un problème sanitaire international qui affecte l’approvisionnement en poussins et réduit les exportations vers notre pays. Le second facteur concerne l’alimentation des volailles, constituée à près de 65 % de maïs. Comme cet aliment est majoritairement importé, toute hausse sur le marché international se répercute directement au niveau local.
Les couvoirs locaux ne parviennent pas à couvrir les besoins des aviculteurs face à une demande pressante, d’autant plus qu’ils s’approvisionnent eux-mêmes en reproducteurs depuis l’Europe. Les poussins importés, que nous achetions autrefois à 15 000 francs guinéens, coûtent aujourd’hui entre 17 000, 18 000 et parfois 20 000 francs, en raison des fluctuations des devises. Même les poussins produits localement ont subi cette hausse », détaille Safayiou Baldé.

L’acheminement des œufs vers la Haute-Guinée, zone de forte consommation, n’est pas pointé du doigt par les professionnels comme la cause majeure de cette hausse. Ils l’attribuent avant tout au déficit de production globale et au renouvellement tardif du cheptel.
« Qu’il y ait de l’abondance ou non sur le marché de Labé, nous consommons une partie de la production locale et nous en expédions une autre vers la Haute-Guinée. En période de forte production, la seule consommation de Labé ne suffit pas à tout écouler : il faut impérativement expédier vers la Haute-Guinée, Conakry ou Mamou. Ce n’est donc pas ce flux régional qui crée la cherté, mais bien le manque global de production.
Aujourd’hui, une commande de poussins peut prendre entre deux et cinq mois avant d’être honorée. Nous demandons aux autorités de nous appuyer pour implanter de bons couvoirs et de nous accorder une subvention sur l’achat des aliments », insiste Alama Kourouma.

Pour sortir de cette impasse, les professionnels plaident pour une intervention structurée des pouvoirs publics. Ils sollicitent le ministère de l’Élevage pour un accompagnement ciblé : renforcement des capacités des aviculteurs, développement d’une industrie locale d’aliments pour volailles et soutien accru aux couvoirs.
« Nous demandons au ministère de l’Élevage de soutenir les aviculteurs, d’encourager l’industrialisation de la production d’aliments et d’accompagner la fédération dans la formation des acteurs. C’est ainsi que la filière pourra se stabiliser et contribuer durablement à la création d’emplois », lance Safayiou Baldé.

En attendant des mesures d’aide ou un réapprovisionnement du cheptel, la rareté des œufs continue de peser lourdement sur le panier de la ménagère et l’activité des commerçants de Labé.
Thierno Oumar Tounkara
Correspondant régional d’Africaguinee.com à Labé
Créé le 17 août 2026 17:57








