Ziama : l’irruption d’un éléphanteau libérien plonge les populations riveraines dans la peur

MACENTA-Les zones riveraines de la réserve de biosphère de Ziama, dans la préfecture de Macenta, connaissent depuis plusieurs années une cohabitation parfois délicate avec les éléphants. Mais depuis quelques semaines, la situation a pris une tournure plus préoccupante avec l’apparition d’un éléphanteau en provenance du Libéria, dont la présence cause d’importants dégâts matériels et une vive inquiétude au sein des populations locales.

Selon les informations recueillies auprès du Centre forestier de N’zérékoré, la dernière apparition de cet éléphanteau a été signalée le samedi 07 février 2026, alors qu’il progressait en direction de la ville de Macenta, notamment vers la localité de Néridou, l’un des derniers villages avant le centre urbain.

D’après le Capitaine Jacob Tanou BEAVOGUI, Directeur général du Centre forestier de N’zérékoré, la présence d’éléphants à l’intérieur de la réserve de biosphère de Ziama est tout à fait naturelle.

« Il y a des éléphants dans la réserve de biosphère de Ziama. Certains vivent à l’intérieur de la forêt, tandis que deux d’entre eux ont l’habitude de fréquenter les zones villageoises, notamment à Zébela », explique-t-il.

Dans ces localités, la population s’est progressivement habituée à leur présence. Des visites officielles, notamment celle de l’actuel ministre de l’Environnement en 2024 à Zébela, avaient même servi de cadre à des activités de sensibilisation sur la biodiversité. Bien que des dégâts agricoles soient parfois enregistrés, des campagnes régulières de sensibilisation et d’évaluation menées par les agents conservateurs ont permis de limiter les tensions.

Un éléphanteau venu du Libéria, source de déséquilibre

La situation actuelle est cependant différente. L’éléphanteau récemment observé dans les villages riverains de Ziama n’est pas issu du noyau habituel d’éléphants de la réserve.

« Il s’agit d’un éléphanteau qui a quitté le territoire libérien pour la Guinée », précise le Capitaine BEAVOGUI.

Selon les informations fournies par les autorités libériennes, la mère de l’éléphanteau aurait été victime de braconnage, laissant le jeune animal livré à lui-même. Bien qu’un collier satellitaire permette de suivre ses déplacements, les équipes libériennes qui tentaient de l’encadrer ont été contraintes de s’arrêter à la frontière, faute de documents administratifs.

« L’éléphant ne connaît pas de frontière », rappelle le Directeur général du Centre forestier.

Des villages non préparés face à la menace

Contrairement à Zébela ou Boo, les villages comme Zoboroma, Néridou n’ont jamais été confrontés à la présence fréquente d’éléphants. L’arrivée de l’éléphanteau y a provoqué une véritable psychose.

À Zoboroma, les dégâts sont considérables : sacs de riz éventrés, bottes de riz dispersées, champs de cacao et de bananiers détruits. La peur a paralysé les activités agricoles et économiques.

« Les populations n’osent plus se rendre dans leurs champs. Économiquement, c’est une perte énorme », déplore le Capitaine BEAVOGUI.

Sensibilisation, patience et recherche de solutions durables

Face à la gravité de la situation, les autorités forestières ont multiplié les descentes de terrain. La semaine précédente, le Directeur général du Centre forestier de N’zérékoré, accompagné du chef du site de la réserve de biosphère de Ziama, a rencontré les communautés concernées afin de renforcer la sensibilisation et encourager une cohabitation pacifique.

« Nous sommes tous des fils de paysans. Nous comprenons la douleur de voir une année de travail détruite », reconnaît-il, tout en rappelant que l’éléphant est une espèce intégralement protégée, patrimoine commun et richesse nationale.

Des solutions alternatives sont envisagées, à l’image des expériences menées dans les zones de Dandano, Boo et Kpoda, où des groupements de victimes ont bénéficié de semences améliorées de palmier, cacao et café pour compenser partiellement les pertes.

Une urgence avant un drame irréversible

La progression de l’éléphanteau vers Macenta inquiète sérieusement les autorités.

« Nous avons peur qu’une personne de mauvaise intention ne s’en prenne à l’animal. Ce serait une perte pour la Guinée et pour toute la conservation », alerte le Capitaine BEAVOGUI.

En attendant une solution concertée entre la Guinée, le Libéria et les partenaires techniques et financiers, les autorités appellent les populations au calme, à la patience et à la collaboration, afin d’éviter un drame humain ou écologique irréparable.

A noter que le paysage transfrontalier Ziama–Ouloguze, partagé entre la Guinée et le Libéria, est régi par un accord de gestion transfrontalière entre le Centre forestier de N’zérékoré et la Forest Development Authority (FDA) du Libéria.

Paul Foromo SAKOUVOGUI,

Correspondant Régional d’Africaguinee.com

En Guinée Forestière.

Tél. (00224) 628 80 17 43

Créé le 9 février 2026 10:38

Nous vous proposons aussi

TAGS

étiquettes: ,