Toxicité médicamenteuse : quelles conséquences sur les reins ?
CONAKRY- Les médicaments sont généralement faits pour soigner et soulager les douleurs d’un patient. Mais dans certains cas, ils peuvent s’avérer dangereux pour certaines parties de l’organisme. Les spécialistes parlent de toxicité médicamenteuse. Une situation qui peut être source de maladie au niveau des reins. Pour aborder ce sujet, un de nos journalistes a interviewé Dr Moussa Traoré, néphrologue, assistant à la faculté des sciences et techniques de la santé à l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry, également en service au centre national d’hémodialyse au CHU de Donka.
AFRICAGUINEE.COM : Qu’est-ce que c’est la toxicité médicamenteuse ?
DR. MOUSSA TRAORÉ : La toxicité au niveau rénal dû aux médicaments est fréquente en milieu hospitalier. On peut la définir comme un ensemble de signes cliniques et paracliniques au niveau rénal, dus à l’administration des produits dans le cadre thérapeutique ou diagnostic. Ça veut dire que le malade va avoir des problèmes au niveau des reins ou des signes signalant leur toxicité suite à un certain processus thérapeutique du traitement mis en place. Ça peut être dû à des médicaments traditionnels, ou à des médicaments modernes. C’est-à-dire, on voulait traiter le malade pour une maladie bien déterminée mais il s’avère que la manipulation a été mal faite, donc les reins sont intoxiqués. Cela peut être aussi dans le cadre du diagnostic, le malade a un problème, on est en train de faire des examens, mais certains de ces examens auront besoin qu’il y ait administration de certains produits qui peuvent affecter les reins. C’est tous ces facteurs qui peuvent contribuer à ce qu’on appelle la toxicité due aux médicaments.
Quelle est la cause de cette toxicité médicamenteuse ?
Cette toxicité peut être causée par des faux médicaments mais pas que. On a les médicaments traditionnels non explorés et souvent mal manipulés par des gens qui ne s’y connaissent pas. Il y a effectivement les médicaments modernes mais contrefaits par des groupes de personnes mal intentionnés. Ces médicaments contrefaits, la composition ne sera pas bonne, parce qu’ils peuvent tenter d’imiter l’original mais à la fin, ils font du surdosage. Ce composant peut s’avérer toxique pour les reins. En dehors de ces deux éléments, on a des médicaments modernes, homologués, bien connus dans la pharmacie, mais qui sont connus, toxiques pour les reins. Ça veut dire que ces médicaments, bien qu’ils soient d’une part bénéfique parce qu’ils traitent certaines maladies, mais la manipulation doit être faite par un expert, un spécialiste pour que le mal qu’on veut traiter soit traité sans que les reins ne soient atteints dans leur fonction.
Quels sont les signes de cette toxicité sur l’organisme de l’homme ?
Au niveau de l’organisme, il faut savoir que ce n’est pas seulement les reins qui vont être attaqués par le surdosage ou la manipulation des médicaments. Vous avez le foie, le cerveau et plusieurs autres organes mais nous c’est les reins qui nous intéressent au niveau de notre service.
Alors, quand il y a atteinte rénale, nous allons avoir deux groupes de signes : Il y a les signes qui sont les manifestations rénales et d’autres signes extra rénaux qui sont les manifestations d’autres organes. Pour les signes rénaux, ça va différer selon le type. Parce qu’il y a différentes structures des reins qui peuvent être atteintes, de façon privilégiée une structure peut être atteinte par rapport aux autres. Et c’est de là que vont dérouler les manifestations ainsi, l’évolution dans le temps va faire que certains signes vont apparaître et puis disparaître.
Ainsi on peut avoir rencontré chez le patient, une diminution de la quantité d’urine émise par jour. Le patient va constater qu’il urine peu. A un certain stade même il n’urine pas du tout. C’est quelques gouttes. En d’autres parle d’oligurie et anurie. Ce sont des signes de manifestation de l’atteinte rénale pouvant être due à la toxicité des médicaments. A certaines phases, vous pouvez voir que la quantité d’urine va, au contraire, augmenter de trop. C’est ce qu’on appelle la polyurie. Il y a certains types d’atteintes de la structure qui vont arriver à une certaine phase où le patient va être là à uriner plus que la normale. Au niveau rénal, vous allez voir une hausse de tension pour certains cas même si c’est un enfant. Il y a aussi l’apparition de gonflement au niveau de certaines parties du corps, et au niveau des pieds on appelle parfois des œdèmes etc.
Il y a des signes extra rénaux qu’on peut rencontrer sans signaler également le côté rénal, il peut y avoir des taches au niveau cutanée. Il y a certains types d’atteintes qui peuvent signaler, vous verrez qu’il y a des taches c’est comme si c’est sang coagulé sur la peau. On peut y voir des signes montrant l’atteinte du foie. Ça veut dire que le mal a frappé en même temps le foie aussi et que cela peut se manifester par certains signes.

Qu’est-ce qu’il y a lieu de faire lorsque ces sgnes apparaissent ?
Le traitement va dépendre du type d’atteinte. Le spécialiste va se mettre à explorer rapidement mais après revu l’urgence. Oui l’urgence parce qu’un patient qui n’urine pas depuis plus de 48 heures, en ce moment, le traitement peut aller de la prise de certains médicaments, de la restriction de certaines mesures à la dialyse, c’est-à-dire à nettoyer le sang. Quelqu’un qui n’a pas uriné depuis plusieurs jours, dès qu’on prélève le sang, vous verrez qu’il y a certains produits dans le sang parce que les toxiques que les reins fonctionnels devraient éliminer normalement se sont accumulés dans le sang depuis plusieurs jours. Quand le patient arrive dans de telles conditions, généralement c’est des patients qui ne sont plus lucides. Soit, ils somnolent ou ils parlent de coq à l’âne, d’autres même vont le coma. C’est des patients qu’il faut prendre en urgence et en dialyse. Parce qu’il y a des manifestations cardiaques mêmes avec le potassium qui va être élevé. Donc c’est des patients qu’il faut prendre en urgence. C’est l’un des traitements qu’on propose contre cette toxicité rénale. Il y a d’autres c’est des médicaments qu’on va proposer. Et quand le manque de mixtion n’est pas total, on peut utiliser certains médicaments automatiquement qui vont aider à déclencher l’envie d’uriner. Quand on parvient à déclencher ça, aussitôt ça va soulager le patient et diminuer ensuite le gonflement, et si nécessaire on peut donner des hypertenseurs et dans certains cas, d’autres produits.
Est-ce que cette maladie est mortelle ?
Bien sûr que oui. Quand les patients viennent avec cette toxicité qui a complètement arrêté la mixtion sur plusieurs jours, bien sûr il y a des mesures médicamenteuses mais à un certain stade les médicaments ne peuvent plus rien. On est obligé de prendre rapidement le malade en dialyse. Le patient peut venir avec des troubles de la conscience et même dans le coma, en ce moment, il faut aller rapidement parce qu’il y a risque de perdre le patient. Donc le pronostic vital peut être engagé, également, le pronostic fonctionnel pour les reins peut être engagé. Si rapidement les choses ne sont pas mises en place, pour une urgence thérapeutique, facilement, la maladie qui était aiguë, va évoluer vers la chronicité, c’est-à-dire, ne pourra plus être réversible, ce sera une lésion irrécupérable.
Selon vous, quels sont les facteurs de la toxicité rénale ?
Il y a certains facteurs qui favorisent la toxicité rénale qu’il faut savoir. Quand on a ces facteurs devant soi, il faut penser à la facilité d’avoir chez le patient une toxicité rénale. C’est les deux extrêmes d’âge de la vie. Des sujets très âgés et les petits enfants. Dans les extrêmes de la vie, quand vous avez à le traiter, il faut faire beaucoup attention car c’est des sujets qui peuvent avoir facilement une toxicité rénale. C’est pour cela la manipulation qu’on peut facilement faire avec les médicaments chez les adultes, on ne se hasarde pas à le faire chez les petits enfants. C’est pourquoi le pédiatre calcule toujours le poids, il l’adapte, sinon ça va attaquer les reins. Chez les sujets âgés, tous les organes sont vieux, les reins sont aussi concernés, ça veut dire qu’ils sont facilement exposés à l’attaque des médicaments. Donc si vous ne faites pas attention avec les sujets âgés, facilement ils peuvent faire l’objet d’une attaque rénale par toxicité médicamenteuse. Quand quelqu’un a une insuffisance rénale, quelque soit les causes, quand vous devez traiter le patient, il faut faire attention. A partir de certains pourcentages d’atteintes rénales, tous les médicaments doivent être calculés pour voir quelle dose il faut donner au patient. Quelqu’un qui a une maladie rénale, c’est un sujet à risque. Si vous devrez l’avoir, il faut que ça soit sous le contrôle d’un expert.
Également, vous avez l’insuffisance cardiaque, le diabète, c’est des facteurs d’expositions. En dehors de tout ça vous avez certains médicaments qui sont naturellement toxiques à une dose moindre chez le patient ; c’est le cas des aminosides, l’un des médicaments les plus utilisés chez nous ici, vous avez la gentamicine. Donc, il faut faire beaucoup attention. Vous avez quelqu’un qui est déshydraté, il est facilement exposé à une atteinte rénale si vous lui mettez des médicaments.
Comment prévenir cette maladie ?
Pour prévenir l’attaque rénale par les médicaments, je commence par le premier groupe, les médicaments traditionnels. Je crois que c’est intéressant et important qu’il y ait une réglementation de l’usage des médicaments traditionnels. Il y a des principes actifs dedans mais il n’y a pas une étude faite. Donc c’est important, ailleurs ils ont réussi à regrouper ces tradi-thérapeutes pour les diriger à un niveau intellectuel, pour que ça s’améliore, pour ne pas que n’importe qui se mette à vendre ses médicaments traditionnels. Tous ceux qui n’ont pas travail se soulagent à ce niveau. C’est une des causes de la toxicité rénale chez nous. Mais la plupart des africains font recours à ces médicaments traditionnels, 80% des africains utilisent le médicament traditionnel, il est donc important que les décideurs réglementent ce secteur des utilisateurs de la méthode thérapeutique. Elle est la cause la plus importante de l’insuffisance rénale en Afrique. Les études récentes qui ont été faites signalent 10 à 45% de cause d’insuffisance rénale aiguë en Afrique sont dues aux médicaments traditionnels.
En dehors de cela, il y a les médicaments contrefaits. Il faut qu’il y ait une lutte acharnée contre ces médicaments contrefaits. Ça va beaucoup aider les professionnels.
En plus, tant qu’on peut éviter un médicament moderne toxique pour les reins, si on peut le substituer par un autre médicament il faut le faire. Par exemple, un patient qui vient avec une infection, il présente un germe, un microbe qui est sensible à la gentamicine car c’est un produit toxique, et on voit que c’est même microbe est sensible le cotrimoxazole et comme il est sensible à ces deux antibiotiques, on sait que l’autre agit sur les reins, bien sûr le malade peut ne pas avoir de problème rénal, la bonne manière serait de préférer l’autre antibiotique qui est moyen toxique pour les reins que la gentamicine. Donc bien choisir l’antibiotique, le médicament le moins toxique. Aussi, éviter tant que possible l’association de plusieurs médicaments toxiques pour les reins. C’est-à-dire, un patient est venu avec une maladie systémique, toi médecin tu dois traiter ça, mais le traitement nécessite l’association de tel ou tel autre médicament, mais vous voyez que parmi ces médicaments il y trois qui ont toxicité pour les reins, même si le malade n’a pas une maladie rénale, la bonne manière serait de substituer un de ces médicaments toxiques afin de diminuer l’impact de ces médicaments sur le rein.
Également, bien surveiller au cas où le patient a une pathologie qui nécessite obligatoirement l’administration de ces médicaments toxiques pour les reins. Au cas où le traitement de la maladie nécessite cela, il faut bien surveiller ce patient. C’est-à-dire, le patient est venu avec une maladie, il n’a pas de problème rénal, on a mis tout un protocole d’association de médicaments, maintenant cette association-là, on cherche à avoir si on peut substituer certains médicaments mais impossible, parce qu’il faut obligatoirement ces médicaments, on va mettre ce patient sous traitement tout en le surveillant, ne pas le perdre de vue, éviter de lui donner l’ordonnance et le laisser partir. Il serait mieux de le garder à l’hôpital, pour régulièrement contrôler la fonction rénale.
Vous le prélevez fréquemment pour aller contrôler pour ne pas être surpris d’une atteinte rénale. Donc le surveiller cliniquement. C’est le cas de la chimiothérapie dans le traitement de certains cancers, dans ces cas, il faut surveiller régulièrement le patient. Également, quand le patient doit être mis sous ce traitement, il faut contrôler le niveau de réhydratation. Il faut régulièrement le réhydrater. Un patient qui doit aller faire la radiographie qu’on appelle le scanner, il y a un produit toxique pour les reins qu’on l’injecte, l’iode, pour ça, il faut bien réhydrater le malade parce que c’est un produit toxique pour les reins. Et après il faut surveiller l’évolution de la fonction rénale. Ce sont entre autres, les mesures de prévention contre l’atteinte rénale par les médicaments.
Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 7 octobre 2024 07:53Nous vous proposons aussi
TAGS
étiquettes: Santé









