Tout savoir et comprendre sur la tuberculose: Entretien avec le pneumologue, Dr Thierno Hassane Diallo…

CONAKRY-La tuberculose (TB) continue de peser lourdement sur la santé publique en Guinée, avec près de 18 600 cas recensés en 2024. Pour décrypter cette maladie contagieuse et ses multiples facettes, AfricaGuinee.com a rencontré le Dr Thierno Hassane Diallo, pneumologue à l’hôpital national Ignace Deen de Conakry.

Dans cet entretien éclairant, il aborde les causes, symptômes, modes de transmission, traitements et facteurs de risque, notamment la pauvreté et l’immunodépression, soulignant l’importance cruciale du diagnostic précoce et de la prise en charge multidisciplinaire pour vaincre ce fléau.

AFRICAGUINEE.COM : Qu’est-ce que la tuberculose ?

Dr THIERNO HASSANE DIALLO : Merci de l’intérêt que vous portez à cette pathologie, qui continue de sévir dans le monde en général, et particulièrement en Guinée. La tuberculose est une maladie infectieuse transmissible, causée par une bactérie appelée Mycobacterium tuberculosis, ou bacille de Koch. C’est un bacille qui se multiplie lentement, principalement dans les poumons, mais qui peut affecter n’importe quel organe, comme les ganglions, la plèvre ou la peau.

Comment se manifeste la tuberculose ?

Le signe principal est une toux persistante, parfois accompagnée d’expectorations purulentes ou de sang (hémoptysie). D’autres signes peuvent apparaître, comme un essoufflement (dyspnée) selon l’étendue des lésions, ou des douleurs thoraciques si la plèvre est touchée. À cela s’ajoutent des signes généraux tels qu’une petite fièvre le soir qui disparaît vite, une grande fatigue (asthénie), une perte d’appétit (anorexie), un amaigrissement, des sueurs nocturnes abondantes et, chez la femme, une absence de règles.

Quels sont les types de tuberculose ?

On distingue la tuberculose pulmonaire et la tuberculose extrapulmonaire (osseuse, pleurale, cutanée, etc.), selon la localisation. En fonction des antécédents, on a :

  • Les nouveaux cas : personnes n’ayant jamais été traitées ou l’ayant été moins d’un mois.
  • Les rechutes : quand les analyses redeviennent positives après une guérison.
  • Les échecs de traitement : quand les analyses restent positives pendant le traitement, ou redeviennent positives après une amélioration temporaire.

Selon la souche de la bactérie :

  • La tuberculose avec une souche sensible aux antibiotiques : le cas le plus fréquent chez les personnes non traitées.
  • La tuberculose avec une souche résistante aux antibiotiques : souvent chez des personnes ayant déjà été traitées de manière irrégulière.

Comment la tuberculose se transmet-elle ?

Elle se transmet par voie aérienne. Une personne contagieuse (bacillifère) projette de minuscules gouttelettes contenant la bactérie en toussant. Les personnes proches, non infectées, peuvent inhaler ces gouttelettes, et la bactérie peut alors atteindre leurs poumons.

Quels sont les facteurs de risque favorisant la maladie ?

C’est une question importante, car être infecté ne signifie pas forcément développer la maladie. Seulement 10 % des personnes infectées développeront la tuberculose dans les deux ans. Le principal facteur est l’immunodépression, c’est-à-dire une baisse des défenses immunitaires. Des conditions comme le VIH, les cancers, certains traitements (corticothérapie prolongée, immunosuppresseurs), le diabète, l’insuffisance rénale et la malnutrition peuvent affaiblir l’immunité. L’alcoolisme, le tabagisme et les âges extrêmes (enfants et personnes âgées) sont aussi des facteurs de risque.

Comment la tuberculose se traite-t-elle ?

On utilise des antibiotiques spécifiques. Pour la tuberculose sensible, il y a quatre molécules principales : l’isoniazide, la rifampicine, le pyrazinamide et l’éthambutol. Ces médicaments sont souvent combinés. Le traitement dure six mois pour les cas sensibles. Pour les formes multirésistantes, d’autres molécules sont utilisées, et le traitement dure entre six et neuf mois, ce qui est une nette amélioration comparé aux 24 mois d’avant.

Quels sont les moyens de prévention de la maladie ?

Le meilleur moyen de prévention est de diagnostiquer rapidement les patients tuberculeux et de les traiter efficacement. Il existe aussi des vaccins, comme le BCG, qui protège partiellement contre les formes graves et est administré aux enfants de moins de 15 ans. La chimioprophylaxie est également donnée aux enfants et aux personnes vivant avec le VIH.

Quel est l’état actuel de la tuberculose en Guinée ?

Globalement, la tuberculose touche 10,6 millions de personnes chaque année. L’incidence varie énormément : moins de 10 cas pour 100 000 habitants en Europe, contre 1 000 cas pour 100 000 en Afrique subsaharienne. En Guinée, en 2021, on comptait 179 cas pour 100 000 habitants. Actuellement, selon la dernière publication, nous sommes entre 100 et 199 cas. Il y a eu des progrès.

Le diagnostic a aussi évolué. Avant, le test IDR prenait 72 heures. Aujourd’hui, on utilise l’interféron Gamma et des tests rapides moléculaires comme le GenXpert, qui diagnostiquent la tuberculose en deux heures et déterminent la résistance à la rifampicine.

Y a-t-il une comparaison entre le nombre de patients d’avant et de maintenant ?

C’est difficile de donner des chiffres précis car je n’ai pas les résultats d’études comparatives détaillées. Cependant, nous constatons une diminution du nombre de patients tuberculeux qui se présentent. C’est grâce aux campagnes de sensibilisation et aux efforts continus du programme national de lutte contre la tuberculose, qui continue de former des agents dans les centres de traitement.

Justement, comment se fait cette prise en charge dans les hôpitaux ?

Les patients atteints de tuberculose prennent des antibiotiques. Ceux qui sont co-infectés par le VIH reçoivent aussi des traitements antirétroviraux. La prise en charge inclut également un soutien psychosocial (avec l’aide d’Agents de Santé Publique) et un soutien nutritionnel. C’est une prise en charge multidisciplinaire.

Quel est l’impact social de la tuberculose ?

L’impact social majeur est la stigmatisation. C’est pourquoi certains patients restent chez eux et ne viennent pas à l’hôpital par peur. Quand on apprend que quelqu’un a la tuberculose, des membres de la famille peuvent s’éloigner, ce qu’il faut absolument éviter. Il y a aussi l’impact sur le revenu familial. Si le chef de famille contracte la maladie, les conséquences sont graves pour tous.

La tuberculose est-elle mortelle ?

Oui, bien sûr. Si elle est traitée, on peut guérir, mais si elle n’est pas traitée, elle peut être fatale. Les patients qui arrivent trop tard ne peuvent parfois pas être sauvés. Certains peuvent guérir sans traitement, mais avec de graves séquelles, des cicatrices sur les poumons qui ne se régénéreront pas. C’est pourquoi il est crucial de se rendre à l’hôpital à temps. Des patients qui arrivent tardivement avec les deux poumons atteints, même s’ils guérissent, souffriront de séquelles permanentes et peuvent développer une insuffisance respiratoire chronique qui mettra leur vie en danger.

Souvent, la tuberculose est assimilée au VIH-SIDA. Y a-t-il un lien entre ces deux maladies ?

Exactement. J’ai mentionné l’immunodépression comme facteur de risque, notamment l’immunité à médiation cellulaire. Les lymphocytes T, en particulier les CD4+, sont essentiels pour défendre l’organisme contre la tuberculose. Le VIH cible et détruit ces lymphocytes CD4+, ce qui affaiblit les défenses immunitaires et peut réactiver la tuberculose latente ou empêcher de prévenir une nouvelle infection. Il y a donc un lien très étroit.

Peut-on guérir définitivement de la tuberculose ?

Oui, la tuberculose peut être guérie définitivement. Pour une tuberculose sensible, le traitement dure six mois. Si vous prenez les médicaments correctement, vous pouvez guérir totalement. Pour une tuberculose multirésistante, le traitement est de neuf mois, et une bonne observance permet aussi une guérison définitive.

Comment se manifeste la tuberculose osseuse ?

La tuberculose osseuse se manifeste différemment selon l’organe touché. Si c’est la colonne vertébrale, cela provoque des douleurs lombaires. À terme, des complications peuvent entraîner une paralysie, empêchant la personne de marcher. En plus de cela, les signes généraux que j’ai cités persistent : fièvre, altération de l’état général, perte de poids, amaigrissement, asthénie et fatigue.

Quel message adressez-vous aux citoyens qui considèrent souvent cette maladie comme un mystère ?

Quand on tousse, il faut aller rapidement à l’hôpital. Toutes les toux ne sont pas une simple grippe. Plus le diagnostic est posé tôt, plus les chances de guérison augmentent, et plus le risque de contamination des autres membres de la communauté est réduit. C’est pourquoi il est crucial de consulter rapidement pour se faire diagnostiquer et traiter efficacement.

Merci beaucoup Dr.

Je tiens à remercier AfricaGuinee.com pour l’intérêt que vous portez à cette maladie qui continue de ravager notre population.

Une interview réalisée par Yayé Aïcha Barry

Pour Africaguinee.com

Créé le 26 juillet 2025 10:16

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