Weendu-Malanga : 150 élèves et une facture annuelle de 66 millions GNF pour les parents
TOUGUE- Malgré les récents recrutements d’enseignants par l’État, de nombreuses écoles rurales continuent de fonctionner grâce aux cotisations des parents d’élèves. À Weendu-Malanga, dans la préfecture de Tougué, la communauté mobilise chaque année plus de 66 millions de francs guinéens pour rémunérer quatre enseignants communautaires et maintenir les cours.
Cette commune rurale de Koin, dans la préfecture de Tougué, dispose d’une école primaire de 6 classes, tenues par 5 enseignants dont un seul pris en charge par l’Etat. Les 4 autres sont payés chacun à 1.500.000gnf le mois par la communauté soit 6 millions. Par an, cette responsabilité coûte environ 66 millions à la communauté y compris les primes de vacances et les logements. Ce montant est mobilisé par 150 élèves. Weendu-Malanga n’est pas seul dans cette situation, des milliers de localités le sont aussi. Certains l’appellent du privé dans le public.

Construite en 1963, l’école de Weendou-Malanga a fonctionné à la charge de l’Etat pendant plusieurs décennies, mais ces dernières années, son fonctionnement est à la charge des communautés qui prennent en charge les enseignants communautaire
Chaque année, nous payons 66 millions environs pour le pouvoir garder des enseignants
Sadou Diallo, est un ancien élève de l’école élémentaire de Weendou-Malanga. Aujourd’hui ressortissant et parent d’élèves, il dit ne pas comprendre pas le changement. Quand il était élève, l’école était prise en charge par l’Etat, se souvient-il.

« Cela fait très mal parce que ces écoles publiques sont à la charge de l’Etat. Dans les villages les parents n’ont pas de moyen. A Weedou-malanga comme partout dans les villages, parfois des parents se retrouvent sans moyens pour payer le quota mensuel. Un enfant peut retrouver ses parents à la maison parce qu’il n’a pas trouvé le quota mensuel à verser aux enseignants communautaires. En l’an 2000 quand la rébellion nous a chassés de la Forêt, nous sommes revenus étudier ici. A cette époque les enseignants étaient là à la charge de l’Etat, même des fournitures on en recevait de la part de certains partenaires, l’accompagnement de l’Etat était là. Aujourd’hui les villageois sont obligés de porter l’école sur le dos en payant les enseignants ; tout le monde n’a pas les moyens. Si un enfant est renvoyé par faute de paiement alors qu’il a des proches en ville, sa famille va l’envoyer pour étudier là-bas. Cela contribue à l’exode rural. Si un enfant quitte l’école, son quota est partagé entre les autres. D’autres abandonnent tout simplement si le parent n’arrive pas à payer son quota. Il y a aussi une migration au profit du franco-arabe. Si en enseignement général on arrive à payer, alors que le franco-arabe n’est pas payant les parents y envoient leurs enfants et l’effectif de l’école élémentaire diminue. Le gouvernement a recruté beaucoup d’enseignants récemment mais nous n’avons pas eu de maîtres engagés dans la fonction publique ici. A part le directeur, tous les autres sont communautaires, à notre charge. Nous lançons un appel à l’Etat. Il doit savoir que le nombre d’enseignants qu’il a déployé ne suffit pas. Le jour où on aura plus de ressources pour payer les enseignants, l’école va fermer. Nous ne souhaitons pas cela sinon de nombreuses générations futures vont perdre car toutes les classes ne sont pas fonctionnelles. Si on avait des enseignants de l’Etat, on allait tout ouvrir mais sans moyens on fait les multigrades. En pratique, chaque année on paye 66 millions pour garder des enseignants. Même les logements c’est à notre charge » regrette Sadou Diallo
Sans moyen pour payer, beaucoup d’enfants ont abandonné pour aller apprendre un métier
Saikou Amadou Baldé à plusieurs enfants à l’école primaire de Weendou-Malanga ; c’est avec peine qu’il s’acquitte de son quota mensuel :

« J’ai 4 enfants dans cette école. Imaginez, je suis sans revenu, je paye 15000 gnf par enfant et par mois soit 60000 gnf. C’est difficile. A la fin de chaque mois, certaines familles ont de la peine. Il arrive des moments où nous ne trouvons pas du tout de quoi payer. cela fait mal quand ton enfant est refoulé de l’école pour faute de paiement alors que c’est une école publique. Nous avons des enfants ici qui ont abandonné l’école pour aller faire du métier parce que les parents ne peuvent plus supporter les frais de l’école. Certains enfants n’ont que leur mère, le papa est décédé depuis, donc aucun moyen. Finalement ils optent pour le métier. 4 sur les 5 enseignants d’ici sont à notre charge, seul le directeur est pris en charge par l’Etat. On veut mieux ; si on avait les moyens on aurait compléter les 6 classes » confie parent d’élèves
Le problème de l’école c’est la pauvreté des parents
Mamadou Kenda, ancien directeur de l’école fait partie de la première promotion inscrite en 1963. Admis à faire valoir ses droits à la retraite en 2014, il mesure la peine des parents à faire la cotisation parentale assez coûteuse :

« La pauvreté des parents se ressent vraiment à cette école. Il y a les 8000 annuels pour l’APEAE . Il y a la cotisation parentale pour payer les enseignants. Celle-ci est à 15000 francs par enfant. C’est elle qui permet de payer les 4 enseignants contractuels. Tout le monde est vraiment peiné. Le principe est simple : l’enfant dont les parents ne paient pas est renvoyé le temps pour ses parents de trouver les moyens. Nous avons appris que beaucoup d’enseignants ont été recrutés par l’Etat mais nous n’avons pas senti cela à Weendou-Malanga. C’est la même réalité dans tous les villages voisins. Bientôt les vacances. L’an prochain , on souhaite que tous les enseignants soient mutés aussi »
Dans le district de Thiaguel aussi à 5km de koin centre, l’école de 6 classes compte 6 enseignants, 2 au compte de l’Etat et 4 à la charge des communautés :

« Nous sommes obligés de payer les enseignants pour qu’ils restent sinon ils vont où c’est mieux. Heureusement dans la commune rurale de Koin tout a été harmonisé à 1500.000gnf pour éviter les défections. Sinon par le passé, en pleine année scolaire des enseignants communautaires ont des villages pour d’autres qui leur ont proposé un montant plus élevé. Maintenant c’est harmonisé, partout où tu vas c’est 1500.000gnf. Donc cela permet de garder des enseignants, mais trouver ce montant est difficile pour les parents. Dans certains villages ce sont les ressortissants qui appuient les parents restés sur place » explique Mamadou Diouldé Diallo, ressortissant de Thiaguel en France.

Entre 2014 et 2026, des communes rurales ont réuni des milliards pour la survie de l’école dans leurs zones respectives en termes de salaire, de logement et même de nourriture parce que si vous lésinez sur les moyens, un autre village mobilise les moyens pour recruter les maîtres. Eux-aussi ne cherchant que le profit ils vont là où ils sont mieux payés.

Reportage réalisé par Alpha Ousmane Bah
Pour Africaguinee.com
Tel: (+224) 664 93 45 45
Créé le 15 juin 2026 09:57Nous vous proposons aussi
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