Tabac : Le Dr Clément Bass décrypte son « attrait » et les « alternatives » sans combustion

Le tabagisme est un fléau de santé publique. Pourtant, des millions de personnes continuent de fumer à travers le monde. Pourquoi cet attrait persistant pour la cigarette, malgré les risques avérés ? Le Dr Clément Bass, médecin sénégalais spécialisé en médecine du travail et en santé publique, et Scientific Engagement Manager pour plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest chez un producteur de tabac, nous éclaire sur les diverses raisons qui poussent les individus à fumer. Il aborde également les différences entre cigarettes classiques et produits sans combustion, et lance un appel aux gouvernements pour une régulation basée sur la science.

AFRICAGUINEE.COM : Selon vous, Docteur, pourquoi les gens adorent fumer ?

DR. CLÉMENT BASS :Il n’y a pas une raison unique, les gens fument pour différentes raisons. Certains le font pour se socialiser, pour s’intégrer à un groupe d’amis et se sentir plus à l’aise.

D’autres sont attirés par les effets de la nicotine. La fumée peut augmenter certaines capacités : l’esprit est plus alerte, la fatigue diminue. Il y a donc des bienfaits perçus qui incitent certaines personnes à fumer.

D’autres encore fument pour le rituel de tenir la cigarette en main, ou pour le goût du tabac. La diversité de ces motivations explique pourquoi nous avons développé un large portefeuille de produits sans fumée. Un seul produit ne pourrait pas satisfaire toutes ces raisons variées de fumer. Nous proposons donc différentes options : le tabac à chiquer, le tabac à usage oral (snus), le tabac chauffé, ou encore les cigarettes électroniques avec diverses saveurs et rituels. L’idée est que chacun puisse trouver une alternative qui lui convient au moment de passer des cigarettes classiques aux produits sans fumée.

Justement, quelle différence y a-t-il entre cette cigarette électronique et la cigarette classique, celle qui produit de la fumée ?

La grande différence réside dans la combustion. Avec la cigarette classique, on utilise une allumette ou un briquet pour l’allumer. Ce processus de combustion libère de la fumée.

Cette fumée a été analysée et contient environ 6000 produits chimiques différents, dont une centaine sont classés comme cancérigènes. En revanche, avec la cigarette électronique ou le tabac chauffé, il n’y a pas de combustion.

La cigarette électronique, en particulier, contient un liquide où la nicotine est diluée. Un appareil électronique crée de la vapeur qui libère la nicotine. Ce n’est donc pas du tabac entier. Quant au tabac chauffé, appelé « heated tobacco products » en anglais, il s’agit de feuilles de tabac conditionnées, insérées dans un appareil électronique qui les chauffe, mais sans combustion. Dans les deux cas, l’absence de combustion réduit considérablement les quelque 6000 produits nocifs et la centaine de substances cancérigènes présents dans la fumée de cigarette. Ce qui intéresse le fumeur, c’est la nicotine, pas les autres milliers de substances.

La nicotine en elle-même n’est pas sans risque. C’est un produit addictogène, qui peut augmenter la pression artérielle et le rythme cardiaque. Elle n’est pas recommandée pendant la grossesse, l’allaitement, ou en cas de problèmes cardiaques. Cependant, en dehors de ces situations, la nicotine n’est pas cancérigène. Des études l’ont démontré, et elle ne figure pas sur la liste des produits cancérigènes de l’OMS, contrairement à l’alcool par exemple. Puisque la nicotine n’est pas cancérigène et qu’elle est recherchée par les fumeurs, l’enjeu est de leur apporter cette nicotine sans les produits cancérigènes qui accompagnent la fumée de cigarette. C’est là que réside la différence essentielle : l’absence de combustion.

Quel appel lanceriez-vous, par exemple, aux gouvernements pour un changement de stratégie, notamment au niveau des lois, et surtout aux producteurs comme votre employeur, qui doivent œuvrer pour rendre accessibles ces produits moins nocifs ?

C’est une très vaste question. Nous avons constaté une grande méfiance envers l’industrie du tabac, et cette méfiance est justifiée, nous l’acceptons. Pendant très longtemps, l’industrie du tabac a vendu des cigarettes qui ont causé d’énormes méfaits pour la santé : cancers, problèmes cardiaques, problèmes pulmonaires, AVC. Aujourd’hui, quelle que soit notre communication, les gens restent méfiants et estiment que nous leur avons fait du tort par le passé.

Cependant, les choses changent. Il y a 20 ans, notre industrie a décidé d’investir massivement pour rectifier le tir. À ce jour, près de 14 milliards de dollars ont été investis au cours des 20 dernières années dans la construction d’usines et le développement de nouveaux produits non liés au tabac classique. Nous avons près de 1500 scientifiques basés à Neuchâtel, en Suisse, qui travaillent sur le développement de ces nouveaux produits.

Pour répondre précisément à votre question sur le message à adresser aux gouvernements : nous sommes tellement conscients de la méfiance que nous n’avons pas lésiné sur la science. Nous avons établi des standards aussi élevés que ceux des industries pharmaceutiques pour leurs médicaments, même s’il s’agit de produits du tabac. Nous avons mené des tests en laboratoire, des tests in vitro sur des animaux (souris), et des études sur des êtres humains volontaires pour observer l’évolution des produits et des biomarqueurs sanguins chez ceux qui passaient de la cigarette à nos produits.

Cette science parle d’elle-même aujourd’hui. Ce que nous attendons essentiellement des gouvernements, c’est qu’ils écoutent la science. Ils doivent comprendre ce que l’on appelle la continuité du risque. Au maximum du risque, il y a la cigarette avec sa fumée. Au minimum du risque, il y a l’arrêt complet du tabac. Entre les deux, il y a ces nouveaux produits, qui se rapprochent plus de l’arrêt que de la fumée de cigarette. Il faut qu’ils reconnaissent l’existence de cette science.

Deuxièmement, au moment de légiférer, que ce soit pour la régulation fiscale ou juridique, il est impératif qu’ils tiennent compte de la science. Qu’ils appellent les scientifiques, qu’ils consultent les études existantes. Il n’y a pas que les études de notre entreprise ; plus de 750 études ont été réalisées par des organisations indépendantes, des gouvernements et des centres de recherche indépendants sur nos produits. J’invite les parlementaires à se baser sur la recherche, à commander leurs propres études, à réaliser des revues systématiques pour vérifier ce que la littérature dit aujourd’hui sur ces produits avant d’établir une réglementation.

La troisième chose que je dirais à ces gouvernements, particulièrement en Afrique où l’accès à ces produits est limité, c’est de ne pas confiner nos utilisateurs, les fumeurs, à la seule cigarette. Il faut leur permettre d’avoir d’autres alternatives. Pour cela, ils doivent faire attention à la réglementation fiscale. Si les nouveaux produits arrivent avec des prix prohibitifs, en raison de taxes et de droits d’assises trop élevés, les fumeurs n’auront pas le pouvoir d’achat nécessaire pour se les procurer. Dans ce cas, il sera difficile pour ces nouveaux produits de remplacer la cigarette classique. L’objectif est donc de se baser sur la science et d’établir une réglementation qui facilite l’accès à ces nouveaux produits.

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 7 juillet 2025 06:49

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