Sur le site minier de Simandou, une approche communautaire pour protéger le patrimoine naturel de la Guinée
Sur le chantier de Canga, qui abrite le site minier du projet Simandou, une femme vêtue d’une veste « Simfer » à haute visibilité recueille des graines. Un habitant installe une caméra pour repérer les animaux sauvages. Des enseignants expliquent aux élèves locaux les principes fondamentaux de la conservation écologique. Enfin, un groupe d’anciens de la région se voit présenter le plan d’un projet de pépinière.
Quel est le point commun entre toutes ces activités ? Elles s’inscrivent toutes dans le cadre d’un effort unique et concerté visant à conserver le riche patrimoine naturel de la Guinée forestière alors que les travaux de construction débutent.
On appelle cela la « cogestion ». Alors que le projet Simandou est à l’origine d’un modèle de « codéveloppement », qui consiste à tirer parti de l’expertise de différents partenaires pour réaliser un projet de grande envergure ; les partenaires du projet eux-mêmes recourent à la « cogestion » afin d’assurer une bonne gouvernance du projet. Les plans de gestion de l’environnement destinés à atténuer les effet du projet Simandou sont élaborés en concertation avec les communautés locales.
« La collaboration étroite avec les communautés et l’exploitation de l’expertise locale est une approche que Rio Tinto a perfectionnée en s’inspirant de projets menés dans le monde entier », explique Chris Aitchison, directeur général de Rio Tinto Simfer. « Pour Simandou, nous avons intégré ces bonnes pratiques et cet esprit de collaboration dès le départ ».
Pourquoi donc la cogestion ? Les communautés locales possèdent une connaissance approfondie de la flore, de la faune et des schémas écologiques de la région, un savoir inestimable pour concevoir des plans efficaces de gestion et d’atténuation des impacts sur l’environnement naturel. L’équipe biodiversité de Rio Tinto, qui réunit des spécialistes titulaires de doctorats dans des domaines tels que la botanique, la dendrologie et l’écologie des eaux douces, s’appuie sur cette expertise locale pour orienter son travail.

Par ailleurs, l’équipe de biodiversité transmet à ses partenaires locaux l’expérience et les techniques qu’elle a acquises grâce à son travail à la pointe de la science pour les informer et les éduquer.
Concrètement, cela signifie que l’équipe de Simfer se tourne d’abord vers les savoirs et les perspectives des communautés locales lorsqu’elle élabore des programmes de conservation. Plus de 50 membres de la communauté locale et guides assistent l’équipe de biodiversité, avec environ trois guides locaux par mission. Les guides locaux, qui sont formés à des techniques telles que la navigation GPS, informent l’équipe chargée de la biodiversité lorsqu’ils repèrent des espèces animales ou végétales présentant un intérêt important en matière de conservation, et contribuent à faciliter les missions sur le terrain en installant des caméras et en collectant des graines.
Des forums communautaires sont régulièrement organisés pour discuter de sujets clés. L’année dernière, 12 réunions techniques avec des membres de la communauté, 2 ateliers formels et plus de 140 consultations individuelles ont été organisés dans les localités environnantes par Simfer. Outre ces initiatives, l’équipe entretient des contacts réguliers avec les communautés environnantes de Beyla, Kérouané et Nionsomoridou. Cette communication quotidienne facilite le suivi de la mise en œuvre et de l’efficacité du plan de gestion du Pic de Fon, qui a été validé par le ministère de l’Environnement et du Développement durable en 2023.
« La cogestion implique une interaction continue et réciproque » explique Ibrahima Camara, conseiller biodiversité chez Rio Tinto Simfer. « Il s’agit de définir des priorités avec les résidents locaux, de les aider à percevoir les avantages de la sauvegarde, de faire appel à leur connaissance approfondie des lieux et de mettre en œuvre des plans en collaboration.»
En impliquant les communautés locales dans divers volets du plan d’atténuation des effets sur l’environnement, Rio Tinto a noué des relations solides et réciproques qui soutiennent et renforcent son action en faveur de la biodiversité.
« La confiance est primordiale », a déclaré M. Camara. « C’est en nous appuyant sur l’expérience et les connaissances détaillées des membres de la communauté que nous pouvons élaborer des plans plus efficaces et mieux ciblés. »
Rio Tinto soutient activement les acteurs locaux et paraétatiques en renforçant leur capacité par la formation, le soutien direct, et parfois des subventions financières. Par exemple, le Centre Forestier de N’Zérékoré (CFZ), gestionnaire de la forêt du Pic de Fon, reçoit une subvention annuelle de 1 milliard de GNF pour soutenir les organisations locales, les ateliers et les activités de conservation.
Les principales activités du CFZ incluent le reboisement, le marquage des limites au sol pour éviter les litiges, ainsi que la patrouille et la surveillance de la forêt classée.
Ce type de soutien permet à des groupes tels que la Confrérie des chasseurs (ACCM), un acteur clé de la forêt du Pic de Fon, de déployer leurs activités. Les connaissances approfondies de l’ACCM de la forêt lui permet d’identifier rapidement les menaces, telles que les espèces envahissantes, les intrus et le braconnage illégal, tout en s’engageant auprès des communautés pour les sensibiliser aux dangers.
Lorsque des espèces porteuses de maladies susceptibles de menacer la faune locale, comme le bétail zébu en provenance du Mali, pénètrent sur le territoire de la forêt, la Confrérie des Chasseurs peut intervenir rapidement pour identifier et contenir l’espèce.
Outre l’engagement et le soutien des groupes communautaires, un autre pilier de l’approche de cogestion implique des solutions dites « de proximité », qui mettent l’accent sur les ressources locales et le savoir-faire de la communauté. Ainsi, en juin, le projet de pépinière en collaboration avec les communautés locales a reçu sa signature définitive.

Cela signifie qu’au lieu de transporter les graines vers l’est jusqu’à la banque de graines de Conakry pour conservation, des pépinières ont été construites à proximité, garantissant ainsi un transport et une livraison efficaces et durables des graines.
Ce partenariat a déjà enregistré des résultats concluants : en 2023 seulement, plus de 60 000 plantes ont été cultivées dans les pépinières, 50 042 hectares ont été reboisés et 25 kilomètres de frontières ont été marqués afin de prévenir les différends – des résultats similaires sont attendus pour 2024.
Grâce aux relations étroites nouées avec les résidents locaux, Rio Tinto Simfer estime que ses équipes ont été plus performantes dans la sauvegarde de la faune et de la flore sauvages face aux menaces du braconnage et de la pollution de l’environnement.
Pour citer un exemple particulièrement éloquent, des résidents locaux ont aperçu un oiseau migrateur dont la patte était ceinturée d’une bague. Comme ils avaient récemment rencontré les responsables de la biodiversité de Rio Tinto Simfer lors d’un atelier communautaire, ils ont immédiatement pensé à contacter un membre de l’équipe chargée de la biodiversité.
« La découverte de cet oiseau a été, pour moi, une démonstration vivante du rôle important de la collaboration communautaire et un exemple frappant de l’efficacité de notre travail en commun.» L’équipe a pu identifier l’oiseau comme étant originaire du Maroc. « Il avait probablement parcouru des milliers de kilomètres dans cette direction », explique Sékou Soumaoro Kanté, surintendant, biodiversité. « Nous avons pu le libérer et le remettre sur son itinéraire de migration. »
« C’était un moment formidable », ajoute M. Kanté. « Nous avons pu voir concrètement la valeur de notre partenariat. »
Boubacar 1 DIALLO
Pour Africaguinee.com
Créé le 9 juillet 2024 11:56









