Suivi des impacts de Simandou : L’ONG Action Mines Guinée publie son 2ème rapport annuel

CONAKRY – L’ONG Action Mines Guinée a animé un point de presse ce vendredi 6 mars 2026 à son siège de Sangoyah, dans la commune de Matoto. Objectif; présenter le deuxième rapport annuel de suivi des impacts du Projet Simandou et attirer l’attention sur la situation des communautés affectées. La rencontre a mobilisé plusieurs leaders communautaires venus notamment des préfectures de Forécariah, Kindia et Mamou. Lors de cette conférence, ils ont partagé leurs préoccupations liées aux activités du projet. Selon les responsables de l’ONG Action Mines Guinée, le rapport couvre la période d’octobre 2024 à septembre 2025 et documente plusieurs impacts sociaux et environnementaux signalés par les populations riveraines.

« La pêche est en train de disparaître »

 

Depuis la préfecture de Forécariah, les pêcheurs disent subir les conséquences des travaux portuaires. Bangoura Alkali, représentant communautaire, affirme que les opérations de dragage ont profondément perturbé l’activité de pêche. « C’était la seule zone de mer destinée à la pêche pour nous. Mais depuis le début du dragage, plusieurs zones favorables ont été complètement détruites », explique-t-il. Selon lui, les pêcheurs doivent désormais parcourir de longues distances pour espérer capturer du poisson.

« Avant, nous utilisions seulement cinq à six litres d’essence pour aller pêcher près du village. Aujourd’hui, il faut parfois trente litres pour aller en pleine mer, sans garantie de trouver du poisson », déplore-t-il.

Il dénonce également la présence de cailloux et de boue déversés dans la mer sans signalisation, ce qui provoquerait régulièrement la destruction des filets. « Quand dix filets sont détruits, on peut recevoir seulement trois filets en compensation. Les compensations ne sont pas du tout satisfaisantes », a-t-il ajouté.

Fissures dans les maisons et impacts sur la santé à Kindia

Dans la préfecture de Kindia, les communautés dénoncent les effets des travaux de construction d’un tunnel ferroviaire. Amara Camara, coordinateur du comité de suivi des impacts, affirme que les explosions utilisées pour creuser le tunnel ont causé d’importants dégâts. « Les explosions et les vibrations ont provoqué des fissures dans plusieurs habitations et ont eu des effets sur la santé des populations, notamment les femmes enceintes et les personnes souffrant de maladies cardiaques », explique-t-il.

 

Selon lui, les travaux de remblai pour la construction du chemin de fer ont également affecté les terres agricoles. « Certains champs de 10 à 20 hectares ne produisent plus comme avant », a-t-il indiqué, regrettant par ailleurs la lenteur dans le traitement des plaintes déposées par les communautés.

Des compensations contestées à Mamou

À Mamou, les préoccupations portent notamment sur la gestion des compensations et la réinstallation des populations. Sow Dioudja, coordinateur du comité local de suivi, cite le cas du district de Kabadonki. « Toute la communauté a été impactée par le passage du chemin de fer, mais une seule personne a bénéficié de compensation », affirme-t-il, évoquant également des problèmes d’inondations à Ourekaba qui durent depuis plusieurs années.

 

Face à cette situation, les communautés ont décidé d’exprimer leur colère. « Nous avons bloqué la route nationale pour empêcher les véhicules de la société de passer jusqu’à ce qu’ils retirent un tuyau qui empêchait l’écoulement de l’eau », raconte-t-il.

48 impacts documentés

Présentant le rapport, Kourouma Ibrahima Sory, responsable de projet à Action Mines Guinée, indique que 48 impacts ont été documentés et signalés aux entreprises impliquées dans le projet. « Sur ces 48 plaintes, seulement trois ont été complètement résolues. Une dizaine sont en cours de traitement, tandis qu’une trentaine n’ont toujours pas reçu de réponse concrète », a-t-il précisé. Selon lui, les impacts les plus fréquents concernent la pollution des cours d’eau, la dégradation des terres agricoles, les fissures dans les maisons et les problèmes liés à la pêche.

Des recommandations à l’État et aux entreprises

Face à ces constats, l’ONG recommande aux entreprises impliquées dans le projet de renforcer la transparence, améliorer la gestion des plaintes et accélérer la résolution des impacts signalés. Elle invite également l’État guinéen à renforcer le suivi et le contrôle du respect des obligations environnementales et sociales des entreprises. Malgré ces préoccupations, l’organisation reconnaît que le Projet Simandou représente une opportunité importante pour le développement économique du pays. Mais, insiste-t-elle, « la réussite du projet dépendra de la capacité des différentes parties prenantes à instaurer un dialogue sincère et à répondre aux préoccupations des communautés ».a-t-il conclu.

Mamadou Yaya Bah

Pour Africaguinee.com

Créé le 8 mars 2026 07:33

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