« Seul Dieu peut nous pardonner » : Le « Foudougoudouny », mariage à court terme qui bouscule les mœurs dans les zones minières…
SIGUIRI– Derrière l’éclat de l’or se cache une zone d’ombre où les interdits sociaux vacillent. Dans les mines de Siguiri, un phénomène tabou prend de l’ampleur : le « Foudougoudouny », ou le mariage à durée déterminée. Frappées par une précarité et l’éclatement des foyers, des femmes s’engagent dans des unions éphémères. Plongée au cœur de Tintinia, là où la quête du métal précieux redéfinit les lois du couple.

Dans plusieurs zones d’exploitation minière artisanale de la préfecture de Siguiri, en Haute Guinée, une réalité sociale profonde et souvent méconnue prend de l’ampleur : le « Foudougoudouny ». Il s’agit d’un contrat de mariage à court terme pratiqué discrètement dans de nombreux sites aurifères. Bien que tabou, ce phénomène est aujourd’hui répandu dans plusieurs localités de la savane guinéenne.
Selon plusieurs témoignages recueillis, des femmes parfois mariées quittent leur localité d’origine pour les zones minières à la recherche de moyens de subsistance. Une fois sur place, certaines cherchent à se mettre en couple temporairement avec un exploitant afin de traverser leur période de séjour, souvent dans la plus grande discrétion.
Pour mieux comprendre cette dynamique sociale, nous nous sommes rendus à Tintinia, l’un des nombreux sites aurifères de Siguiri. La méfiance envers les journalistes est palpable, mais quelques témoignages ont tout de même pu être recueillis.

Nous la surnommons D.K, une jeune femme de 31 ans, originaire de la sous-préfecture d’Albadariah, dans la préfecture de Kissidougou. Elle a accepté de témoigner sur ces liens conjugaux plutôt atipyque :
« Cela fait plusieurs années que je viens ici. Chaque année, après les récoltes, je me rends dans les zones minières pour préparer la campagne agricole. Nos maris ne prennent pas toujours en charge les dépenses du foyer, alors on cherche à se débrouiller ici. Le Foudougoudouny, oui, ça existe bel et bien. Beaucoup de femmes le pratiquent. C’est compliqué. Quand une femme arrive ici, elle est obligée de faire beaucoup de choses pour survivre. Seul Dieu peut nous pardonner », témoigne-t-elle.
Des hommes également impliqués
Ce phénomène ne concerne pas seulement les femmes. Certains hommes, mariés eux aussi, abandonnent leur famille pour s’installer durablement sur les sites aurifères, souvent auprès d’une nouvelle compagne.

Amara Koulibaly, rencontré sur place, témoigne : « Je connais un monsieur qui a quitté sa famille pour venir vivre ici avec une jeune fille. Il a même refusé de retourner chez lui. Sa femme et ses enfants sont laissés à l’abandon au village. Ici, on voit toutes sortes de choses : banditisme, prostitution, manque d’éducation… Les réalités des zones minières sont difficiles. »
Pour notre interlocutrice anonyme, l’une des causes principales de ce phénomène est liée à la précarité économique et au désengagement de certains hommes dans la prise en charge familiale : « Si vous voyez des femmes mariées se lancer ici, c’est parce que leurs maris ont failli. Chez nous, ce sont les femmes qui prennent en charge presque toutes les dépenses du ménage. Beaucoup pourraient témoigner. »

Le « Foudougoudouny » n’est pas seulement un mariage à court terme. Il reflète des mutations sociales profondes liées à l’exploitation minière traditionnelle : précarité économique, éclatement des familles, migrations internes saisonnières, mais aussi quête de survie dans un environnement où les repères sociaux traditionnels s’effritent.
Nous y reviendrons !
De retour de Tintinia, Facély Sanoh
Correspondant régional d’Africaguinee.com
En Haute Guinée
Créé le 5 mars 2026 08:36









