Santé masculine : Une activité sexuelle intense protège-t-elle « vraiment » du cancer de la prostate ?
CONAKRY- La question revient souvent dans les discussions de santé masculine : une activité sexuelle régulière protège-t-elle réellement contre le cancer de la prostate ? Alors qu’une étude largement relayée en 2004 affirme qu’un homme ayant environ 21 éjaculations par mois présenterait moins de risques de développer cette maladie, le spécialiste guinéen en urologie, Pr Abdoulaye Bobo Diallo, apporte une mise au point scientifique et nuancée. (Image d’illustration).
Une importante étude épidémiologique publiée dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) en 2004 révèle un lien significatif entre la fréquence d’éjaculation et la diminution du risque de cancer de la prostate. Conduite par Michael F. Leitzmann et son équipe de chercheurs de la Harvard School of Public Health et du National Cancer Institute (États-Unis), cette recherche relance le débat scientifique sur les facteurs de prévention de l’un des cancers les plus répandus chez l’homme : le cancer de prostate.
Une cohorte de plus de 29 000 hommes suivis pendant 14 ans
L’étude s’appuie sur les données de la célèbre Health Professionals Follow-up Study (HPFS), l’une des plus grandes cohortes américaines consacrées à la santé masculine. Au total, 29 342 hommes ont été suivis pendant 14 ans, avec un objectif : déterminer si la fréquence d’éjaculation pouvait influencer le développement du cancer de la prostate.
Les participants ont déclaré leur nombre moyen d’éjaculations par mois sur trois périodes de leur vie :
- entre 20 et 29 ans
- entre 40 et 49 ans
- au cours de l’année précédant l’étude
Les fréquences étaient classées par catégories (0–3, 4–7, 8–12, 13–20, ≥ 21 par mois).
Résultats principaux
- Les hommes ayant ≥ 21 éjaculations/mois présentent un risque réduit d’environ 30–50 % selon la période de mesure.
- Réduction significative du risque pour les formes de cancer à faible risque.
- Pas de lien significatif pour les formes agressives.
Interprétation biologique
L’éjaculation régulière pourrait favoriser l’élimination de substances potentiellement nocives présentes dans la prostate et réduire l’inflammation prostatique. La fréquence élevée d’éjaculations est associée à un risque plus faible de cancer de la prostate, mais cette relation n’est pas une preuve de causalité. La prévention passe avant tout par le dépistage.
Cette diminution du risque, même partielle, fait de cette étude l’une des plus citées dans les recherches sur la prévention possible du cancer prostatique.

Pourquoi l’éjaculation pourrait protéger la prostate ?
Les chercheurs avancent plusieurs hypothèses biologiques. La première concerne l’élimination des substances nocives. Ils estiment que l’éjaculation fréquente pourrait aider à expulser des agents potentiellement cancérogènes accumulés dans la prostate.
La deuxième est relative à la réduction de l’inflammation. En favorisant le renouvellement des fluides prostatiques, l’activité sexuelle régulière pourrait diminuer l’inflammation chronique, un facteur soupçonné de contribuer au développement du cancer, selon les chercheurs.
Toutefois, les auteurs rappellent que ces mécanismes restent théoriques et nécessitent des recherches supplémentaires.
Un lien statistique, mais pas une preuve de causalité
Malgré ses résultats impressionnants, l’étude ne démontre pas que l’éjaculation fréquente prévient le cancer de manière certaine. Il s’agit d’une corrélation statistique, qui pourrait être influencée par d’autres comportements associés à une meilleure santé générale.
Les spécialistes soulignent également que la prévention du cancer de la prostate repose avant tout sur le dépistage précoce, l’examen clinique, le dosage du PSA, et l’évaluation régulière des risques individuels.
Le Pr Abdoulaye Bobo Diallo clarifie la polémique autour des « 21 éjaculations par mois ».
Interrogé sur cette théorie par Africaguinee.com, l’urologue confirme d’abord l’existence d’études allant dans ce sens : « Ces études ont montré que des individus qui avaient dans les alentours de 21 éjaculations dans le mois faisaient moins de cancer de la prostate que ceux qui en avaient moins », précise-t-il.
Cependant, le médecin insiste sur la nécessité d’interpréter ces données avec prudence. Il rejette l’idée selon laquelle une activité sexuelle fréquente constituerait une garantie absolue contre la maladie.
« Il faut prendre cela avec beaucoup de précaution, parce que cela ne veut pas dire que c’est parce qu’on a une activité sexuelle régulière qu’on ne fera pas un cancer de la prostate », rappelle cet urologue.

Selon le Pr Abdoullaye Bobo Diallo, le mécanisme supposé protecteur repose sur un phénomène physiologique : « À chaque fois qu’il y a éjaculation, des substances présentes dans la prostate — et considérées comme néfastes à la glande — sont éliminées. Cette élimination pourrait expliquer une certaine protection », explique le médecin.
Mais il insiste sur le fait que le cancer de la prostate reste multifactoriel. Âge, antécédents familiaux, hygiène de vie, alimentation ou encore facteurs génétiques jouent un rôle souvent bien plus significatif que la fréquence des rapports sexuels.
Prudence et prévention
Pour le spécialiste, les hommes doivent éviter les conclusions simplistes. Une sexualité régulière peut faire partie d’un mode de vie globalement sain, mais elle ne peut en aucun cas remplacer les mesures essentielles de dépistage. « Avoir une activité sexuelle intense ne suffit pas pour empêcher un cancer de la prostate », tranche Pr Abdoullaye Bobo Diallo.
Le message est clair : la prévention passe avant tout par des examens réguliers et le dépistage précoce.
Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 22 décembre 2025 08:57









