Salaires, nouveaux fonctionnaires, recrutement: Les confidences du Ministre Bourouno…

CONAKRY-La modernisation de la fonction publique guinéenne est en marche. Dans la seconde partie d’une interview exclusive accordée à Africaguinee.com, François Faya Bourouno, le ministre du Travail et de la Fonction publique, dresse un bilan des réformes initiées. Il révèle des résultats concrets, allant de la revalorisation des salaires et des pensions à la mise en place d’une couverture médicale pour les fonctionnaires. Le ministre aborde également les défis à relever, les secrets d’un dialogue social apaisé, et les perspectives d’une administration publique plus performante, basée sur la méritocratie et les compétences.

AFRICAGUINEE.COM: Quel bilan tirez-vous des premiers mois de mise en œuvre des réformes que vous enclenchées au sein de votre département ?

FAYA FRANÇOIS BOUROUNO: Oui, je pense qu’aujourd’hui, nous avons des résultats très concrets à partager. Je commencerai par la fonction publique : nous avons réussi la maîtrise des effectifs grâce au fichier unique de gestion administrative et de la solde (FUGAS). Cela nous permet de calculer et de payer plus facilement les salaires des agents. Avec les efforts conjoints de nos services et du ministère du Budget, les salaires sont désormais versés entre le 20 et le 25 du mois, dépassant rarement le 30.

Cette maîtrise des effectifs et de la masse salariale a permis de revaloriser les conditions de vie des travailleurs. Nous avons pu régulariser plus de 2 000 agents publics qui souffraient de situations compliquées, avec des salaires bloqués ou des problèmes de biométrie. Nous avons aussi revalorisé les salaires et les pensions.

Nous avons crédibilisé le recrutement à la fonction publique. Auparavant, il n’y avait ni référentiel ni critères clairs. On ne questionnait pas la demande réelle des services. Aujourd’hui, on ne recrute plus pour recruter. Le recrutement se fait en fonction des besoins spécifiques des services demandeurs. Nous savons où la personne sera affectée et quelles seront ses missions.

Nous avons également instauré la méritocratie comme base du recrutement. Le processus est suivi avec rigueur. Pour la première fois, nous avons fait respecter le stage probatoire de douze mois. Tous ceux que nous avons recrutés en 2024 ont le statut de fonctionnaire stagiaire. C’est après cette période, et sur la base d’évaluations de leur aptitude professionnelle, que nous prendrons un arrêté de titularisation.

De plus, nous avons introduit une réforme majeure qui « civilise » l’administration : le service militaire pour tous les nouveaux fonctionnaires. Cette initiative qui découle de la vision du chef de l’État, vise à inculquer les valeurs de civisme, l’amour de la patrie et la déontologie du service public. Nous sommes très fiers des premiers retours qui font état d’une grande satisfaction quant à la discipline et à l’assiduité de ces nouveaux agents.

Couverture médicale et conventions collectives, des acquis sociaux majeurs

Nous avons grandement amélioré notre système de sécurité sociale, en particulier avec la mise en œuvre de la couverture médicale. Aujourd’hui, tous les agents publics sont pris en charge à hauteur de 80 % par l’État. C’est un résultat formidable. Nous avons des témoignages de fonctionnaires qui, face à des factures élevées, n’ont eu à payer que le ticket modérateur de 20 %.

Nous avons aussi institué des conventions collectives dans des secteurs clés, notamment le secteur minier. C’est une mesure qui améliore considérablement les conditions de travail. Par exemple, les sociétés minières qui payaient autrefois 400 000 ou 500 000 francs guinéens par mois à leurs ouvriers non qualifiés sont désormais tenues de leur verser un salaire de base d’au moins 2,6 millions de francs guinéens. Pour les cadres supérieurs, le seuil minimum a été fixé à 20 millions. C’est un effort majeur pour garantir des conditions de travail décentes dans un secteur vital pour l’économie du pays.

Le dialogue social est devenu un levier de croissance. Nous avons signé un pacte de stabilité sociale avec les partenaires pour créer des conditions favorables à la mise en œuvre du programme Simandou. Ce pacte est un compromis tripartite entre le gouvernement, le patronat et les syndicats, qui vise à instaurer une trêve sociale pour attirer les investissements étrangers.

Nous avons également élaboré la politique nationale de santé, sécurité et travail, qui a permis la création de la liste des maladies professionnelles indemnisables. Cet outil est crucial pour l’indemnisation des travailleurs exposés aux risques de leur métier.

Sur le plan international, nous avons œuvré pour repositionner la Guinée. Nous avons normalisé nos relations avec le CRADAT et le CAFRAP, des organisations dont la Guinée était absente depuis plus de dix ans. Plus important encore, nous avons pu rétablir le droit de vote de la Guinée au sein de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), un droit que nous avions perdu l’année dernière.

Dans le cadre de cette transformation, quels sont les défis majeurs auxquels votre ministère fait face ?

Les défis sont toujours là. L’un des plus importants concerne les compétences. Nous cherchons constamment à renforcer les capacités pour avoir des compétences adaptées aux enjeux. L’autre défi est celui des ressources financières et techniques. Nous avons mobilisé une logistique importante pour renforcer les capacités opérationnelles du ministère, en équipant les cadres en véhicules de commandement et en matériel informatique. Nous devons aussi changer la culture organisationnelle. Il faut que les gens se concentrent sur leurs attributions pour éviter les « guerres d’attribution » qui nuisent à l’efficacité.

Depuis votre arrivée, on constate que les rapports entre le Syndicat et le Gouvernement sont de moins en moins conflictuels. Quel est votre “secret” ?

Le secret, c’est le dialogue et le respect mutuel. J’ai instauré une relation basée sur la confiance, considérant le syndicat comme un partenaire, non comme un adversaire. En tant que ministre du Travail, je me vois comme un arbitre qui maintient l’équilibre entre les intérêts des travailleurs et ceux des employeurs. C’est cette approche qui a permis d’obtenir des concessions et de signer un pacte de stabilité sociale. Je tiens d’ailleurs à remercier nos partenaires sociaux pour leur collaboration.

Qu’est-ce qui est envisagé pour l’application correcte de la convention collective des mines ? Y a-t-il des mesures coercitives en vue ?

Oui, bien sûr. La convention collective est une annexe au Code du travail et a la même valeur juridique que lui. Des mesures coercitives sont prévues pour les entreprises qui ne respecteraient pas ces dispositions. Mais nous misons avant tout sur le Conseil, la Conciliation et le Contrôle à travers notre inspection du travail. Nous avons mis en place un comité d’arbitrage pour faciliter les discussions, car les sanctions négatives ne doivent être qu’un dernier recours. Le dialogue est notre premier levier.

Quel message souhaitez-vous adresser aux fonctionnaires, aux retraités, et à l’ensemble des citoyens guinéens ?

Je voudrais rassurer les fonctionnaires : l’amélioration de leurs conditions de travail est un objectif clé. Nous modernisons la gestion de la carrière et les outils administratifs. L’ouverture prochaine de l’École nationale d’administration (ENA) permettra la formation de tous ceux qui souhaitent améliorer leurs compétences.

J’annonce également l’ouverture d’examens professionnels pour tous les fonctionnaires des hiérarchies C, B1 et B2. Ces examens permettront d’obtenir un avancement de grade, d’échelon, et même un changement de corps pour ceux qui le désirent. De plus, nous avons lancé un appel d’offres pour recruter des directeurs et chefs de division des ressources humaines qualifiés, basés sur le mérite et non sur l’affinité.

Nous travaillons à rendre notre administration plus impersonnelle et dépolitisée. L’administration, c’est les compétences. Chacun doit être à la place qu’il mérite. Des changements majeurs sont à venir pour simplifier les procédures de travail et accélérer la transformation de notre administration publique.

Entretien réalisé par Dansa CAMARA & Boubacar 1 DIALLO

Pour Africaguinee.com

Créé le 9 septembre 2025 12:43

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