Saisie record de carburant à Diécké : les « dessous » d’une affaire scabreuse qui fait jaser…
YOMOU-Nous venons d’en savoir plus sur la récente descente musclée de la gendarmerie de Nzérékoré à Diécké, cité industrielle située à la frontière Libérienne et qui abrite la Société Guinéenne du Palmier à Huile et d’Hévéa (SOGUIPAH).
Dans la journée du mardi 11 juin 2024, la jeunesse de Diécké avait manifesté dans les rues pour dénoncer les agissements des agents des forces de sécurité qui ont saisi plusieurs bidons de carburant sur le marché noir.
Interrogé, un officier de la gendarmerie régionale de N’zérékoré, a confié que l’ordre de saisir le carburant vendu sur le marché parallèle à Diéckè est venu de la Société nationale de pétrole (SONAP Nzérékoré).
Par contre, Mamoudou Diallo, principal vendeur de carburant dans la localité, le plus concerné par la situation accuse les agents de la SONAP de lui avoir réclamé 12.000.000Gnf pour lui laisser sa marchandise. N’ayant pas payé ce montant, la gendarmerie a été interpellée et elle a agi, explique Monsieur Diallo.
« C’est le mardi seulement que j’ai rencontré les gens de la SONAP à ma place, ils n’étaient même pas munis d’ordre de mission. Deux personnes sont descendues du véhicule pour demander le prix du carburant. Les enfants leur ont dit que c’est à 12.500Gnf le litre. Ils m’ont dit qu’ils sont venus uniquement pour voir la qualité de nos carburants. Ils ont demandé de mettre tout de côté, et ils veulent savoir la quantité que j’avais. Après ils m’ont : Soit, tu payes 12.000.000Gnf on te laisse. Si tu ne payes pas on va envoyer tout ton carburant, précisant qu’ils étaient venus uniquement chez moi. Il était 12 heures. En réponse, j’ai dit que je ne suis pas le seul vendeur de carburant à Diécké. J’ai plaidé, sans succès. Ils m’ont laissé entendre que le paiement des 12.000.000Gnf est à prendre ou à laisser si jamais je ne veux pas perdre ma marchandise. C’est ainsi que je suis allé informer le président de la chambre de commerce. Celui-ci a appelé le maire qui était à Nzérékoré. On est venu voir le secrétaire général de la Commune, ils se sont parlé sans trouver de compromis.
Le secrétaire général aussi a passé l’information au niveau de madame le sous-préfet. Celle-ci a à son tour informé le commandant de la gendarmerie de Diécké. Celui-ci nous a dit de rester tranquille. C’est ainsi qu’ils ont appelé directement la gendarmerie de Nzérékoré pour leur dire de leur envoyer un pickup, le carburant qui est là est trop. J’avais un premier lot de 154 bidons, un deuxième de 70. Ce qui faisait en tout 224 bidons de 38, 40 et 41 litres. La gendarmerie a débarqué, les agents ont pris 179 bidons et en ont laissé 25 puisque j’en avais vendu un peu. C’est à l’issu de cela que les jeunes se sont levés pour manifester. Mais je leur ai dit de rester calmes puisqu’on ne peut pas régler les choses dans le trouble. On a sensibilisé les gens », a confié Mamoudou Diallo.
Selon la victime, dans cette zone frontalière, deux périodes sont propices au négoce de carburant. ‘’Nous sommes dans une zone frontalière et il y a deux périodes ici. A des moments, les gens vont tout près au Liberia pour envoyer le carburant ici. A d’autres ce sont ceux de Ganta (Rep. Libéria) qui viennent chez nous ici pour envoyer le carburant chez eux. Même si nous transportons l’essence du Liberia, on en prend avec les gérants de stations-services, pour ne pas que celles-ci s’arrêtent. En plus, nous revendons le litre à 12.500Gnf, alors que les stations en revendent à 12.000Gnf. Certes les stations-services d’ici fonctionnent mais quelques fois un à deux mois s’écoulent sans le moindre dépotage. Mais depuis que je suis arrivé à Diécké, le carburant n’a jamais manqué et il n’y a jamais d’augmentation quelle qu’en soit la crise depuis 2018, jusqu’à maintenant’’, ajoute Monsieur Diallo.
Interrogé à ce sujet, l’inspecteur régional de la SONAP de N’zérékoré, n’a pas voulu faire de commentaires, soutenant que la SONAP est directement rattachée à la présidence. Qu’en est-il des accusations de tentative d’extorsion des 12.000 .000 gnf dont font objets des agents de votre service dépêchés à Diéckè lui a-t-on demandé ? « Il est libre de faire ces commentaires. Je ne vais pas commenter sa déclaration. Qu’il dise vrai ou pas, c’est son droit le plus absolu », a coupé Monsieur Traoré. A son tour, la SONAP accuse également le concerné d’avoir revendu le carburant à 11.000Gnf. Une accusation que Diallo réfute.
Pour terminer, Monsieur Diallo, plaide les autorités de l’aider à entrer en possession de ses produits. « J’achète ce carburant avec mon propre argent. Ce sont mes frères qui m’ont porté confiance et m’ont prêté de l’argent. Le peu de bénéfice, je nourris ma famille avec. Je leur demande de me restituer mes produits pour me mettre à l’abri d’une crise de confiance entre mon patron et moi », plaide-t-il.
Le procureur de la République près le tribunal de N’zérékoré a été saisi du dossier nous apprend-t-on. Selon la Société Nationale de Pétrole, cette opération n’est pas à sa fin.
A suivre !
SAKOUVOGUI Paul Foromo
Correspondant Régional d’Africaguinee.com
A Nzérékoré.
Tél : (00224) 628 80 17 43
Créé le 14 juin 2024 17:44Nous vous proposons aussi
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