Saisie de 12 camions de coagulum à Diécké : Les dessous d’une affaire qui fait jaser…

YOMOU-Les forces de défense et de sécurité ont procédé en ce mois d’août 2024 à la saisine de 12 camions remplis de coagulum apprend-t-on près des sources officielles. Cette opération de saisie fait jaser à Yomou, préfecture qui abrite la Société Guinéenne du Palmier à Huile et d’Hévéa SOGUIPAH. Un malentendu a éclaté entre planteurs et cadres de la Soguipah. Selon nos informations, ces camions remplis de coagulum achetés avec des particuliers ont été arraisonnés alors que les produits qu’ils contiennent sont destinées à des pays voisins. Une chose qui menacerait des milliers d’emplois dit-t-on du côté de la Soguipah sise à Diécké.

Cependant de l’autre côté, les planteurs s’indignent des difficultés qu’ils rencontrent dans la commercialisation de leurs produits. Selon eux, plusieurs années d’arriérés ne sont pas encore payées par la Soguipah. Ils pointent également du doigt le retard du paiement des factures après la livraison de leurs produits, mais aussi le prix bas de leurs marchandises.

« Depuis que nous avons planté, la Soguipah ne veut pas augmenter le prix. On a tout fait mais chaque fois quand il y a un problème, ils envoient les militaires pour tomber sur nous. Après la prise du pouvoir par Doumbouya, il y a eu un petit changement mais après quelques mois, ils ont repris les vieilles habitudes. Chaque fois qu’on leur écrit, on part les rencontrer, on ne respecte pas nos conclusions. Mais ils veulent toujours tomber sur la population. Nous avons fait des plantations nous-même mais on ne gagne rien. Nous avons nos dettes là-bas depuis 2021. Les ristournes aussi, des petits montants qu’on coupe là pour nous donner chaque fin d’année, depuis 2012, ils ont arrêté, ils ne donnent pas aux planteurs. Ça va jusqu’à 10 milliards comme ça on ne donne pas aux planteurs. La paye n’est pas régulière. Tout dernièrement nous avons invité les acheteurs à nous aider pour nous permettre de vivre au moins un peu, et ces acheteurs sont là, ils ont acheté leur coagulum, la Soguipah a envoyé les militaires pour arrêter les conteneurs. Ils ont leur agrément délivré par le gouvernement. Ils ont fait ça deux fois, au mois de mai et en ce mois d’août. Parfois quand nous faisons entrer la production, l’argent n’est pas payé à temps », nous a confié Apollinaire Kpoghomou, président des planteurs de Bignamou.

Interrogé sur le sujet, Monsieur Touré Alseny, Responsable chargé de la gestion des stock et informatique à la Soguipah reconnaît bel et bien des petits soucis entre planteurs et la Soguipah.

« Je suis au courant des arriérés, je suis moi-même planteur. On faisait 2,3,4 mois sans être payé, mais la nouvelle équipe, ce qu’ils ont fait en moins de 2 ans, s’ils étaient là en 5 ans on n’allait pas même tomber dans la crise. Les planteurs ne calculent pas les routes en allant dans ces plantations. C’est la Soguipah qui fait. La Soguipah paye des taxes à la commune, à la préfecture. Elle investit sur des centres de santé, sur des maisons des jeunes et dans beaucoup de domaines », soutient Alseny Touré.

Ce cadre de la Soguipah, pointe du doigt l’arrivée et l’installation d’une entreprise privée qui aurait tout bouleversé dès son arrivée.

« Quand les gens là sont venus, ils ont commencé à acheter durant 4 mois, l’usine ne travaillait que deux fois dans la semaine, alors qu’elle travaillait 24h/24. Et les 9000 travailleurs ? On ne peut pas prendre un groupe d’individus, les mettre en haut de 9000 travailleurs. Quand ils vont acheter le coagulum, ce n’est pas pour utiliser ici, c’est pour envoyer en Côte d’Ivoire ou au Libéria, c’est là que les problèmes vont commencer. Et quand la fouille a commencé avant-hier, on a pris dans un conteneur, les équipements de la Soguipah qu’on n’a même pas fouillé le quart. On a retrouvé le coagulum des pots de 2 litres appartenant à la Soguipah et beaucoup de critères de la Soguipah. Nous qui avons fait 20 ans ici, nous savons, quand le coagulum là va dépasser le barrage ici mieux vaut que tous les 9000 travailleurs prennent leur sac pour y aller. Parce que le vol sera total. En plus, on peut licencier 9000 personnes ou faire asseoir 9000 personnes pour un groupuscule de personnes ? Nous savons que le président de la république ne va pas accepter cela parce qu’il a dit qu’il vote pour l’agriculture », martèle Touré Alseny, Responsable chargé de la gestion des stock et informatique à la Soguipah.

A la suite de ce problème, la section syndicale a adressé une pétition au gouvernement pour, dit-on, sauvegarder l’emploie des 9000 travailleurs de la Soguipah. Ils interpellent le président de la transition à agir pour trouver une solution à cette crise qui assaille à nouveau la Société Guinéenne du Palmier à Huile et d’Hévéa SOGUIPAH.

« Vu la menace, parce que si ça continue, les travailleurs seront au chômage. La société sera obligée de se débarrasser d’une partie de ses travailleurs à cause de la charge. Par peur, nous sommes partis vers les travailleurs pour leur dire qu’on va faire une pétition et l’adresser à trois membres du gouvernement : le ministre de l’agriculture, celui du commerce et celui de l’aménagement du territoire pour leur montrer notre inquiétude. Et nous nous sommes aussi adressés au gouverneur. Il y a une usine de traitement du caoutchouc. C’est la seule usine en Guinée qui n’a que pour matière première le coagulum, l’Etat vient de subventionner la Soguipah, nous sommes en construction d’une nouvelle usine de 6 tonnes par heure qui est presqu’en fin de construction. Comment allons-nous ravitailler cette usine d’une forte capacité en matière première si la matière première est enlevée en Guinée pour être vendue dans les pays voisins? Voilà notre inquiétude. En le faisant, on va menacer l’emploie de 4000 travailleurs directs et 5000 travailleurs indirects », soutient Cheick Abdoul Samoura, secrétaire général de la section syndicale de la Soguipah, qui lance un appel au gouvernement.

« Dans le cadre de la commercialisation, il y a des soucis. Qui ne le dit pas a menti. C’est le retard dans le paiement qui est un souci vraiment primordial. Cela impacte sérieusement les planteurs. C’est pourquoi nous les travailleurs, par ma voix, demandons à l’Etat de nous secourir afin de faire face à ces problèmes d’arrivée vis-à-vis des transporteurs et des planteurs. Si cela est résolu et que ce problème de retard là soit comblé, je crois que tout ira à merveille’’, a-t-il lancé.

Dans un arrêté municipal signé le 10 août dernier, la délégation spéciale interdit le trafic du coagulum le long des frontières notamment sur l’ensemble du territoire géopolitique de la sous-préfecture de Diécké.

« Nous en tant que responsable de la communauté, nous faisons des sensibilisations. Quels que soient les 1000 problèmes, il faut d’abord sauvegarder les intérêts de l’Etat. Nous avons fait des démarches auprès de l’Etat pour nous aider à avoir une usine à Diécké. Celle qui était là en premier avait une capacité très faible. Maintenant, pendant qu’on est en train de construire une deuxième chaîne, on ne peut pas admettre que nos planteurs prennent leur livraison pour envoyer au Liberia dans le cadre du trafic de coagulum. Donc, nous c’est une façon de sensibiliser nos planteurs au sein de notre localité. Nous savons bien que les planteurs ont des problèmes avec la Soguipah, mais, on avait tenu une réunion, les points ont été cités, on est en train de faire des démarches auprès de l’entreprise pour que les arriérées soient payées. Mais il faut aussi reconnaître que notre vie dépend de l’existence de la Soguipah. On se complète. Les autorités de Diécké et de Bignamou ont tenu une réunion au cours de laquelle les planteurs eux-mêmes ont évoqué leurs problèmes. Après on s’est convenu qu’ils ont accepté de livrer leur produit à l’usine. C’est à l’issu de cela que nous avons fait l’arrêté municipal », défend Cé Pélé Gamy, président de la délégation spéciale de Diécké.

A suivre !

SAKOUVOGUI Paul Foromo

Correspondant Régional d’Africaguinee.com

A Nzérékoré.

Tél. (00224) 628 80 17 43

Créé le 17 août 2024 17:04

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