Sa création, ses œuvres, les objets pillés par la France : Tout savoir sur le Musée National…
CONAKRY- Situé au centre-ville de Kaloum plus précisément au quartier Sandervalia, le Musée National de Guinée, créé en 1947 peine à accueillir des visiteurs. Pourtant, c’est là où sont conservés les objets d’arts et culturels du pays. Peu des Guinéens s’intéressent à cet endroit qui garde toujours quelques monuments des grandes figurent de la décolonisation guinéenne. Dans un entretien exclusif accordé à Africaguinee.com, le Directeur du Musée National de Guinée nous plonge dans une aventure inédite pour découvrir ce symbole qui mérite d’être valorisé. Nous avons abordé plusieurs sujets notamment, l’historique des œuvres d’art qui s’y trouvent, le nombre des visiteurs par an, les recettes qu’apporte ce musée à l’Etat, les œuvres d’art pillées par la France… (Interview)
AFRICAGUINEE.COM : Parlez-nous du Musée National de Guinée…
HAMZA KABA : Le Musée National est un service rattaché au cabinet du ministre en charge de la Culture. Par définition, le musée est une institution permanente à but non lucratif, où on amène les objets d’art pour leur conservation, leur restauration et leur présentation au public.
Le musée national de Guinée est bâti sur le Centre de l’IFAN, l’Institut français d’Afrique Noire, en 1936. L’idée de sa création est venue à partir de 1947, où il y avait un chercheur anthropologue qui était là à l’époque, et qui fut même le premier Directeur du musée national, M. Georges Balandier, qui a fait la première campagne des collectes en 1947. Le résultat de cette collecte a été présenté en 1950.
Les tout premiers objets du musée ont été présentés au public en 1950. Le musée national de Guinée a une collection très riche et variée. Vous avez une collection ethnographique, une collection photographique et une collection archéologique.
Mais par vocation, le musée national ici est beaucoup plus ethnographique. C’est un musée ethnographique. Vous avez dans la collection ethnographique 2118 objets venant de toutes les régions de Guinée et de toutes les communautés.
Vous avez aussi la collection photographique qui fait 1111 photos. Il y a aussi la collection archéologique qui est composée aussi d’objets issus de la fouille archéologique de Niani de l’Empire mandingue, la capitale du Mandé, au temps de Soundiata Keïta. Cette fouille a eu lieu dans les années 1960-1970. C’est une équipe polonaise qui a fait ce travail de fouille. Les objets issus de ces fouilles-là se trouvent avec nous ici.

Vous avez aussi les objets que la compagnie CBG a trouvé lors de son installation à Sangarédi. Ils nous ont confié certains objets issus des travaux miniers. Vous avez aussi les artefacts d’une doctorante américaine, madame Goldberg. C’est ici qu’elle a préparé son thème de doctorat sur la route de la traite négrière dans la zone de Bofa, Farinya.
Les trois opérations de fouille de Niani, les objets déposés par la CBG, mais aussi les artefacts que madame Goldberg a laissés ici, ces objets constituent la collection archéologique qui donne à peu près 9000 objets. Voilà les différentes collections du musée que nous avons.
Le site que nous occupons présentement, c’est après l’indépendance, bien sûr, de la Guinée. Dans les années 70, les femmes du PDG-RDA du Parti Unique à l’époque, ont mené ici une campagne d’assainissement de la ville de Conakry, parce qu’après le départ des Français, ils ont tout emporté, ce qu’ils n’ont pas pu envoyer avec eux, ils ont laissé ça. Donc les femmes du Parti sont sorties pour ramasser, pour faire une campagne d’assainissement.
Les objets qu’elles ont trouvés dans les différents coins de Conakry, elles se sont demandées que faire de ces objets, où il faut les garder. Puisqu’ici, c’est l’endroit où l’explorateur français Olivier de Sanderval s’est installé en 1887. Donc les femmes se sont dit que les objets qu’elles ont trouvés, c’est-à-dire appartenant aux Français, il n’y aurait pas de meilleur endroit pour les stocker que là où se trouve l’habitation d’Olivier de Sanderval et son atelier. C’est les deux bâtiments que vous voyez, sa cage et son atelier. Donc c’est ici qu’on appelle de Sandervalya. C’est ainsi que le musée a commencé ici. Sinon le Musé se trouvait avant là où se trouve actuellement la Bourse du Travail.
Combien peut-on estimer le nombre de visiteurs par an au sein du musée national de Guinée ?
Bon, le public d’abord, je vais vous dire que la fréquentation du musée national de Guinée est beaucoup plus scolaire. C’est les élèves qui viennent. Donc le plus grand nombre de visiteurs ici, que nous avons reçus, c’est 6 000 visiteurs. D’ailleurs le musée est fermé depuis quelques moments parce que nous sommes en rénovation. C’est en 2019, nous avons eu 9727 visiteurs des nationaux, élèves, adultes, étudiants et tout et là c’était 9051 et les étrangers c’était 6716.
Comment se fait-il qu’au musée national, à part les élèves, des touristes ne viennent pas visiter ?
J’ai dit que le Musée national est beaucoup plus scolaire, la fréquentation, cela ne veut pas dire que d’autres ne viennent pas, mais c’est les élèves que nous recevons en majorité c’est-à-dire que 90% des visiteurs nationaux sont des élèves. Les 10% sont des adultes et des étudiants.
En termes de recettes, le Musée National rapporte combien par an à l’État ?
Comme je vous l’ai dit, le musée national, avant sa fermeture pour cause des travaux, le droit d’entrée ici, c’est 1000 francs par élève. Donc vous prenez 1000 francs par élève, 2000 francs par étudiant, 5000 francs pour les adultes nationaux, et 10 000 francs pour les touristes et les étrangers. Donc si vous prenez le plus grand nombre de visiteurs, qui fait 9051 visiteurs, dont les 90% sont des élèves, 1000 francs x 9000, ça fait 9 millions. Et si vous prenez les étrangers, dont le droit de visite est 10 000 francs x 6086, ça fait environ 6 millions. Donc les deux, ça donne carrément 15 millions gnf. Ça c’est la recette la plus élevée que le musée a généré. J’ai des statistiques ici, où on a eu 2000, 4000, 3000 visiteurs par an. Donc vous multipliez 3000 par 1000 francs, vous voyez que ça ne fait pas de recettes. Et c’est ce qui est contraire, c’est seulement à Guinée que ce tarif est fixé. Le Maroc, à titre d’exemple, on ne peut pas se comparer aux Marocains parce qu’ils ont atteint un niveau très élevé, il y a plus de 500 musées au Maroc. Mais le Maroc fait plus de 600 000 euros par mois.
La Guinée a combien de musées nationaux ?
Ici, actuellement, il y a un musée national, mais il y a des musées préfectoraux. Ces musées préfectoraux, il y en a à Boké, il y en a à Kissidougou, il y en a à N’zérékoré. Il y a aussi les musées appartenant aux forces armées. Et ces musées des forces armées se trouvent au Camp Samory ici et à Kankan. Mais en plus de ces musées préfectoraux qui sont publics pour les civils et les militaires, il y a aussi d’autres musées privés comme le Musée de Foutah à Labé, qui appartient au couple Bonata Djeng et sa femme Koumanthio. Il y a aussi un musée à Pita, qui appartient à un jeune aussi. Tous ces musées-là, nous avons aujourd’hui un réseau national de musées qui couvrent tous ces musées. C’est-à-dire qu’ils dépendent directement du musée national.

Aujourd’hui, concrètement, de quoi a besoin le musée national pour attirer du monde ?
Le musée national, dans le temps, c’était ce qu’on considérait souvent dans l’administration comme le garage des cadres. C’est-à-dire que si on veut punir un cadre, on l’envoie au musée. Pour attirer beaucoup plus de visiteurs, le musée a besoin de faire une toilette générale et c’est ce que nous sommes en train de faire. C’est ce qui nous a amenés à des travaux de rénovation.
Et je peux vous dire que c’est une priorité présidentielle. Parce que c’est lors d’un conseil des ministres que le Président de la République a instruit le gouvernement à prêter mains fortes au musée national. C’est en ce moment que les travaux de rénovation ont démarré. Ce sont ces travaux que vous voyez actuellement dans la cour. Ce sont ces travaux-là qui font que les visites sont momentanément arrêtées. Et à côté de ce projet, qui est une priorité présidentielle, nous, au musée, nous avons initié un projet d’extension. Nous avons pensé qu’il faut vraiment faire une extension pour avoir beaucoup plus d’espace.
Et le Président aussi nous a donné l’espace qui se trouve à côté du musée, que vous voyez juste derrière la cour. Alors, cet espace-là a été attribué au musée en vue de son extension. Donc, on a monté ce projet d’extension et qui a retenu l’attention des partenaires français. L’ambassadeur français qui était là, M. Marc Fonbaustier, lors de sa visite ici fin 2022, lors de notre entretien, il nous a dit que le musée, c’est un espace que nous avons en commun, la Guinée a en commun avec la France. Parce que le site Sandervalia, c’est un site que l’explorateur Olivier de Sanderval a abrité pendant un bon moment. D’où le nom Sandervalia sur Sanderval. Alors, cet espace est en commun avec la France. Donc, sa valorisation est une priorité pour la France et pour la Guinée. Vu que le gouvernement Guinéen avait déjà commencé la rénovation, la France s’est engagée aussi à nous aider à faire l’extension. Alors, vous avez vu maintenant ces deux projets, rénovation et extension. Alors, dans un bref avenir, ces deux projets-là vont prendre fin.
Alors, après ces travaux, la Guinée aura un musée digne de nom qui va attirer beaucoup plus de visiteurs. Et nous, en tant que technicien du musée, nous avons préparé une campagne de collecte qu’on va bientôt lancer pour aller encore dans les communautés, pour avoir beaucoup plus d’objets qui pourront attirer plus de visiteurs. Parce que la diversité ethnique est une chance pour la Guinée pour sa diversité culturelle. Donc, nous sommes sur le point de lancer une vaste campagne de collecte qui va prendre au moins un an ou plus qui va couvrir l’ensemble du pays.
Est-ce qu’il vous arrive des fois des perdre des œuvres d’art dans ce Musée ?
Bon, la perte des œuvres d’art, c’est aussi un élément qui peut survenir dans un musée. Mais nous avons ici un PA et un point d’appui militaire pour la sécurisation du musée. Donc, à ma connaissance, pour l’instant, on n’a pas enregistré ces cas de perte d’objets ici. Quand même les conditions de conservation ne sont pas très adéquates. Peut-être qu’il peut arriver que certains objets se trouvent dans un état qui nécessite une restauration. Comme j’ai pris fonction en août 2022 ici au musée national, j’ai trouvé que le musée n’avait pas connu d’inventaire depuis 1996.
Alors, nous avons fait une campagne de recollement, on a fait le recollement. Le recollement, c’est un internement technique employé dans le musée. C’est une activité qui consiste à faire une vérification générale des objets du musée, comparée au nombre qui se trouve dans les registres d’inventaire. Donc, on a fait ce recollement. Et sur la base de ce recollement, les objets que nous avons trouvés ici sont conformes à ce que nous avons dans les registres.
Mais puisqu’avec l’ancienne technique, on s’est dit qu’il faut aller au rythme de la modernité. Donc, les résultats de ce recollement que nous avons fait en deux étapes. C’est-à-dire, le résultat sur le papier, on a créé une base de données pour informatiser tous ces résultats, pour les garder ici, pour ne pas les perdre. En tout cas, les garder pour les générations futures. D’ailleurs, aujourd’hui, les résultats de ce recollement sont en version papier, mais aussi en version numérique.

Comment faites-vous pour valoriser les œuvres d’art guinéennes au niveau international ?
À l’international. D’accord. Je vais vous dire que d’abord, le musée a deux grands rôles fondamentalement. C’est-à-dire que c’est la conservation des œuvres d’art, mais aussi leur présentation au public. Et troisième rôle maintenant, pour conserver correctement un objet d’art, il faut penser à la restauration. En cas de problème, en cas de dégradation, en cas de défectuosité, il faut penser à la restauration.
Alors, la valorisation étant le rôle de présentation des œuvres au public, nous, au musée national aujourd’hui, nous sommes en train d’aller vers une nouvelle piste de musée. Cette nouvelle piste, c’est quoi ? Si nous voulons que le musée national soit beaucoup plus visité, alors nous avons pensé à la création d’un musée virtuel.
Le musée virtuel, avec toujours nos partenaires français, nous avons commencé, nous avons sillonné l’intérieur du pays, nous avons sillonné tous les musées dont je vous ai parlé ici. Alors, ça veut dire qu’il faut d’abord numériser les objets.
Il y a une équipe qui est venue de la France, Archéovision. Si vous allez sur You tube, vous allez me voir avec cette équipe-là, où on a commencé la numérisation des objets du musée. Cette équipe est venue former ici neuf cadres de la Direction Nationale de la Culture, de l’ONASIC et du musée national, en technique de prise de photos en 2D et en 3D.
Alors, nous avons numérisé les objets phares du musée. Nous avons pris un échantillon des 200 objets que nous avons numérisés. Et ensuite, on ira à l’intérieur du pays, c’est-à-dire qu’on va terminer la numérisation de tout ce que nous avons en 2D et en 3D et ces photos seront exploitées pour alimenter le musée virtuel.
Vous n’avez pas encore créé un page sur les réseaux sociaux ?
Non ! C’est différent d’une page sur les réseaux sociaux. Le musée virtuel consiste à donner la possibilité à toute personne qui, à travers son smartphone, son ordinateur, puisse se connecter et rentrer dans le site du musée national moyennant, bien sûr, quelque chose. Alors, il va voir tous les objets que nous avons ici.
C’est-à-dire qu’à distance, il peut tout voir. On crée un musée virtuel. C’est comme dans un film si vous voulez voir l’historique de Nimba, vous voulez voir le Nyamu, vous voulez voir tous les tabalas de fouta et autres, vous avez la possibilité de voir tout ceci à travers une création digitale en 3D. Si vous prenez par exemple un objet comme ça, vous pouvez voir dans toutes ses facettes. Vous allez voir, c’est comme si l’objet était présent devant vous.
C’est comme ça que vous comptez vendre le musée ?
Ça, c’est d’abord le musée virtuel. Mais, voir quelque chose dans le film, c’est-à-dire voire aussi face à face, ce n’est pas la même chose. Ça pourrait être un élément qui va inciter la curiosité des visiteurs virtuels à venir voir réellement.
C’est à ce point que nous sommes en train de créer. Nous avons commencé la numérisation et aussi le musée virtuel. Maintenant, avec les deux projets de rénovation et d’extension, qui va nous donner un grand musée. Alors le public ici présent aura la chance de voir beaucoup plus de collections, beaucoup plus d’objets. Mais aussi le public lointain pourra avoir la chance de visiter le musée de façon virtuelle.
Quels sont les objets d’art pillés par la France lors qu’il y a eu la rupture ?
Le musée national de Guinée n’a pas connu des cas de vol ou bien des pertes d’objets ou autres ici. Depuis sa création, en tout cas depuis que je suis venu, les registres en font foi on n’a pas des de vols ou de pertes ici. Mais pendant la colonisation, il y a eu des objets appartenant aux différentes communautés qui ont été pillés par les colonisateurs. Mais aussi, il y a eu des braconniers, des gens qui sont venus de façon barbare, qui sont allés voler certains objets après la colonisation même, dans les communautés. Il y en a aussi qui sont partis, achetés à vil prix, certains objets aussi. Alors, nous, musée national, nous avons mené une enquête en France. Nous avons trouvé qu’on a beaucoup plus, beaucoup d’objets, Guinéens, qui sont dans les musées français. Comme par exemple au Musée de Confluence, musée de Quai Branly, musée du Louvre, musée de Marseille, il y en a un peu partout. Et d’autres musées privés. Puisque la France s’est engagée à restituer les objets pillés pendant la colonisation, il y a des préalables. Avant qu’on ne restitue ces objets, il faudrait avoir dans nos pays africains des infrastructures, des conditions d’accueil. Ces conditions d’accueil, là, il faut avoir des infrastructures pouvant abriter ces objets. C’est ce que nous sommes en train de faire.

Les projets que j’ai évoqués tantôt, -la construction, la rénovation et l’extension-, après ces projets-là, on aura des conditions de conservation meilleures qui vont nous permettre maintenant de demander à la France la restitution de nos objets. Mais vous avez vu aussi le musée virtuel qu’on est en train de créer. Ce musée virtuel pourra réduire une partie parce que nous sommes en train de faire ici la numérisation des objets qui se trouvent dans nos musées. Ici, le musée national et le musée des intérieurs. Mais aussi, on pourra aller en France faire la numérisation de tous ces objets. Les objets qui ne seront pas restitués maintenant là, on pourra les voir de façon virtuelle. Puisque c’est un processus lent. Le Bénin qui a commencé à récupérer, à recevoir les premiers objets, ils ont restitué depuis là au moins 26 objets. Je crois au Sénégal aussi il y a deux objets. Vous voyez que c’est un processus très lent et complexe. En attendant d’avoir tous nos objets, nous allons alimenter le musée virtuel par certaines photos de nos objets. En attendant de la fin du processus de récupération.
Peut-on savoir combien d’objets d’arts la France doit-elle à la Guinée ?
Il y en a plein. On parle du Sabre de Samory Touré, aussi dans les différentes communautés. Par exemple en 1965, on a offert un masque au président Ahmed Sékou Touré. Un an plus tard, le masque a été volé ici. C’est lors d’une exposition au Japon que ça a été retrouvé. Il y a tout ceci. Il y en a plein.
Il y a tous les résistants guinéens qui ont été déportés par la colonisation. Si vous prenez le masque d’Almamy Samory Touré, si vous prenez aussi Bokar Biro, qui a trouvé la mort pendant la bataille de Porédaka, si vous prenez Alpha Yaya, Zégbéla Togba Pivi et d’autres, ils ont laissé des objets que les Français ont emportés. Ces objets se trouvent en France aujourd’hui.
En plus de ces objets que la colonisation a emportés, il y a aussi d’autres objets que nos parents ont vendus à vil prix et d’autres qui ont été volés dans des communautés. On a aujourd’hui des manuscrits qui sont dans des familles en Haute-Guinée ou au Fouta qui ne sont pas exploités. Parce que la plupart des héritiers pensent que ces manuscrits-là, il y a un secret autour. C’est dans des caisses fermées. Personne ne les utilise. La numérisation aussi va nous permettre d’avoir ces manuscrits dans nos musées, dans nos collections.
C’est un peu complexe. Il y a aussi l’acquisition qui se passe soit par le don ou le prêt. Il y en a qui ont des objets que ce soit en France, que ce soit même présentement dans nos communautés ici à Guinée. Pour les avoir, il faut acheter. Par exemple, des hommes sont venus acheter des objets ici à nos parents. Ou bien, même si ce sont des objets qui ont été volés dans nos communautés depuis très longtemps, il y a des collectionneurs qui ont ces objets-là avec eux.
On voit souvent les sculpteurs fabriquer des masques ici. Est-ce qu’ils ne font pas une falsification des œuvres d’art ?
La sculpture c’est un métier et ils vivent de la sculpture. Ce qu’ils font c’est ce qu’on appelle des copies. Mais pour la protection des œuvres d’art des communautés il y a un arrêté qui a été signé en 1996, cet arrêté-là interdit la vente de tous les objets de culte appartenant aux religions. Que ce soit dans les églises ou mosquées. Il interdit la vente de tous les objets archéologiques d’ici des fouilles ou des travaux de l’État de tous les spécimens témoins de la lutte de libération politique ou économique de nos sociétés traditionnelles. Vous avez ici dans nos costumes des objets protégés par une loi internationale dont la Guinée est partie prenante. Tous ces objets-là sont interdits de vente d’exportation.
Maintenant, un sculpteur qui fabrique un objet puisqu’il le veut de son art et que nous-mêmes nous sommes appelés à valoriser un sculpteur qui fait ce travail il a l’obligation de passer au musée national pour qu’on lui donne l’autorisation de sortie pour certifier que l’objet-là n’appartient pas aux objets mentionnés ici et qui font l’objet d’interdiction de vente, de commercialisation en forme de troc ou de don.
Nous en tant que ministère de la culture, du tourisme et de l’artisanat, nous sommes là pour appliquer la politique du gouvernement en matière de développement de la culture, du tourisme et de l’artisanat. Les sculpteurs sont des artisans ils vivent de leur art. Donc, ils sont permis de fabriquer des copies mais nous en tant que spécialistes nous savons faire la différence entre une copie et des objets qui sont interdits de commercialisation. La douane, la police et la gendarmerie dans nos différentes frontières maritimes, terrestres et aériennes aujourd’hui collaborent avec le musée national pour empêcher la sortie des objets qui nous appartiennent qui sont interdits de commercialisation. Maintenant qui peut faire la différence entre un objet interdit de commercialisation et un objet d’art que les artisans peuvent tous faire ? C’est le musée. C’est pour cela qu’on dit chaque année il y a le système des Nations Unies il y a des organismes internationaux qui font des réunions pour la lutte contre le trafic illicite des objets culturels qui sont considérés aujourd’hui comme le troisième trafic à combattre dans le monde après le trafic des armes, de la drogue. Donc c’est nous qui pouvons faire cette différenciation entre un objet d’art et un objet, une pièce muséale.
Quels sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontez au sein du Musée National ici ?
Le Musée National pour mieux vivre le musée national doit être en mesure de se supporter. C’est un service à but non lucratif. Vous-même vous avez vu, vous avez donné les recettes qui ne peuvent même pas faire fonctionner le service. Donc le musée national a besoin d’être érigé en EPA pour y avoir une ligne spéciale pouvant le permettre d’avoir les moyens de fonctionnement. Si on parvient à bâtir une grande infrastructure qui va encore nécessiter beaucoup plus d’entretien, il va falloir qu’il y ait des moyens pour pouvoir satisfaire ces conditions d’entretien et autres.
Quel appel avez-vous à lancer à l’endroit des autorités ?

C’est ce que je viens de dire. Tout ce que nous sommes en train de faire c’est parce que la volonté de l’Etat est là, la volonté politique du gouvernement est là. C’est cette volonté politique qui nous permet aujourd’hui d’avoir ce projet de rénovation qui est en cours et c’est cette volonté politique pilotée par le ministre de la Culture, cette volonté politique du gouvernement qui nous a permis d’avoir ce projet d’extension, de rénovation. Ça veut dire que la volonté politique d’accompagnement en tout cas de l’Etat est là, mais après la construction qu’est-ce qu’il faut pour que le musée ne meurt pas ? Le musée a besoin vraiment d’une ligne qui pourrait quand même donner la possibilité de son fonctionnement.
Quel message avez-vous à lancer aux touristes qui souhaiteraient visiter le Musée National de Guinée après sa rénovation ?
Le musée représente le cœur de l’Etat au sein du système. C’est l’appareil circulatoire. Par définition on dit la culture est tout ce qui nous reste après avoir perdu tout ce qu’on a appris. Donc, la culture étant l’âme des communautés, le musée en est le cœur qu’il porte. C’est qu’on pourra montrer au public pour connaître, pour préparer l’avenir. Alors il faut visiter et revisiter le passé des peuples indigènes. Tout se trouve au musée national. Alors l’appel que nous pourrons lancer au public après la rénovation c’est de venir, c’est un service public. C’est ici qu’on peut retrouver effectivement nos racines c’est ici qu’on pourra retrouver les traces de nos devantiers c’est ici qu’on pourra quand même retrouver tout ce que la Guinée a été avant la colonisation pendant la colonisation et après la colonisation.
Interview réalisée par Yayé Aïcha Barry
Pour Africaguinee.com
Créé le 29 décembre 2024 13:44









