Sa carrière, “Tignalé”, les Peuls…Conté et son appel au Général Doumbouya: les confidences de Sény Malomou
CONAKRY- Née à N’zérékoré en 1970, l’artiste guinéenne Seny Malomou, a dû abandonner ses études primaires très jeune pour se consacrer à la musique. La « Reine du Tignalé », morceau fétiche qui lui a valu un immense succès, est également capitaine de douane, en service aux colis postaux du service fret de l’aérogare nationale de Conakry. Dans une interview exclusive accordée à une équipe d’Africaguinee.com, cette mère de famille se livre à cœur ouvert sur sa relation privilégiée avec feu le président Lansana Conté, l’histoire derrière l’emblématique chanson « Tignalé », les étapes marquantes de sa carrière, son évacuation sanitaire avortée en Tunisie, et bien d’autres sujets passionnants.
AFRICAGUINEE.COM : Pouvez-vous nous raconter vos débuts dans la musique ? Qu’est-ce qui vous a motivée à embrasser cette carrière ?
SÉNY MALOUMOU : Ah ! C’est une longue histoire. J’ai eu un mari, il est venu me chercher, nous sommes allés à Beyla où j’ai passé un certain temps. Quand je suis revenue de N’zérékoré, on m’a intégrée à l’orchestre du Nimba Jazz. Moi-même, j’étais étonnée car j’avais un petit groupe personnel. C’est là que les gens m’ont vue chanter et ils m’ont prise dans l’orchestre de N’zérékoré. J’ai évolué là-bas jusqu’au jour où Lansana Conté est venu à N’zérékoré. On nous a demandé d’aller l’accueillir avec l’orchestre. Nous y sommes allés, nous avons joué. Je n’ai rien dit car je voulais m’approcher de lui. Puis, on nous a informés qu’il passerait par Gbeke le lendemain. Nous sommes allés à Gbeke avec l’orchestre, et nous y avons passé la nuit. Le lendemain matin, Lansana Conté est arrivé. Il nous a revus à Gbeke et s’est étonné : « Comment ces gens de N’zérékoré sont-ils venus ici ? » À ce moment-là, je dansais le « Dhe Yakà », on appelle ça « Dieu donné ». J’ai dansé pour lui là-bas. Quand il était dans sa voiture, il m’a appelée. Il m’a dit : « Viens. » J’ai regardé derrière moi, pensant qu’il parlait à quelqu’un d’autre, puis il a répété : « Qui est entre nous ici ? Viens ! » Je suis allée vers lui et il m’a dit : « Je vais t’envoyer de l’argent. Vraiment, tu as fait un beau travail. Tu as dansé ici comme si tu n’avais rien fait à N’zérékoré hier. Je vais t’envoyer de l’argent. »
Jusqu’à présent, cet argent a « volé », je ne l’ai jamais vu. Je ne l’ai pas vu jusqu’à ma vieillesse. Tout le monde a faim. Je ne connais pas celui qui l’a pris. Mais Dieu est grand, il est plus grand que tout le monde. Dieu a fait que Lansana Conté a dit que Sény devait venir à Conakry. Oh, le jour où j’ai entendu ça, je n’ai pas mangé ! Ma mère n’est plus là, mon père n’est plus là. Mon mari m’avait aussi laissée ici pour retourner à N’zérékoré. Alors, je me suis déplacée. Le gouverneur a envoyé sa voiture, le préfet a envoyé la sienne. J’ai dit : « Hé ! Donc, j’ai beaucoup de chance maintenant ! » Moi qui n’entrais même pas dans les bureaux des gens, ce sont eux qui venaient derrière moi ! Ils m’ont prise et nous sommes venus à Conakry. Ah, ma chérie, c’était merveilleux ! Lansana Conté m’a aidée dans la vie. Moi qui ne gagnais même pas de quoi manger, c’est lui qui a tout fait pour moi aujourd’hui. Je nourris maintenant plus de 100 personnes. Tout ça, c’est grâce à Lansana Conté, sinon où aurais-je trouvé ça ? Vraiment, je remercie Lansana Conté et ses parents. Que Dieu leur donne beaucoup plus que ce que leur frère m’a donné. Vraiment, il m’a aidée dans la vie. Parfois, quand je m’assois tranquillement comme ça, je pleure. Je me dis : « Hé, il m’a aidée dans la vie ! » Sinon, mon frère me disait : « Seny, on n’a rien mangé. » Je répondais : « Je sais. » Ma maman est décédée quand j’avais environ 10 ans, je ne l’ai même pas très bien connue.
Quand je suis arrivée à Conakry, comment trouver Lansana Conté ? J’étais logée chez mes parents à la cité OBK. Ils ont parlé à De Gaulle. De Gaulle est venu me chercher à 6h du matin. Là où je logeais, le monsieur avait dit de ne pas ouvrir pensant que c’et des voleurs. J’ai dit : « Je vais ouvrir. » Il a insisté : « Il ne faut pas ouvrir ! » J’ai dit : « Comment je vais partir ? » J’ai un peu « incidenté » là-bas. J’ai ouvert, je suis sortie en courant, j’ai refermé la porte.

Mon frère, il fallait nous voir partir chez Lansana Conté, dans son bureau. Nous y sommes allés, il m’a vue. Il a dit : « je vais te faire rentrer à la douane. » J’ai répondu : « Non, j’ai peur d’aller à la douane. » Il a demandé : « Pourquoi ? » J’ai répondu : « Parce que je n’ai pas beaucoup étudié. » Il a dit : « Non, tu vas aller là-bas. Là-bas, c’est mieux que la police et la gendarmerie. » C’est ce qu’il m’a dit. J’ai dit : « Ah ! Si tu me l’avais demandé, je t’aurais dit de me donner de l’argent pour retourner à N’zérékoré. Tu me paies un orchestre, je retournerai travailler là-bas. » Là où nous avions joué, c’est là que je voulais travailler. Il m’a dit : « Non, tu ne retourneras plus à N’zérékoré. »
Je voulais refuser catégoriquement car j’aimais N’zérékoré. Mais je suis restée ici. Il m’a dit : « Va à la douane. » Quand je suis allée à la douane, j’ai commencé à travailler. Les gens m’ont dit : « Tu travailles avec un pagne, va prendre l’uniforme. » C’est une douanière qui m’avait donné un uniforme. J’ai commencé à travailler. Comme je chantais, tout le monde m’a aimée à la douane. J’ai dit : « Ah ! Les gens me connaissent ! » C’est comme ça que je suis restée à la douane. Jusqu’à présent, je suis aimée là-bas.
Quand je voyage en Europe, je ne prends même pas de permission. J’y vais, c’est tout. Quand je reviens, on me dit : « Seny, où étais-tu ? » Je réponds : « J’étais là. » Ils disent : « On t’a filmée en Europe. » Je dis : « Oui, j’étais là-bas. » Après, on me dit : « Seny, il faut prendre la permission. » Je dis : « Vous me connaissez maintenant et vous connaissez mon travail. On peut vous dire que vous voyagez demain, comment allez-vous prendre la permission ? » Donc, à la douane, vraiment, je suis aimée. Tout ce que Seny Malomou fait là-bas, c’est bien.
Vous êtes à la fois artiste, mère de famille et fonctionnaire. Comment parvenez-vous à concilier ces différentes responsabilités ?
C’est faire la chanson qui est difficile. Mais la douane, c’est comme de l’eau à boire. Voilà nos patrons, ils sont assis ici. Ce sont eux qui me laissent partir. Ils travaillent derrière moi ici. Tout le monde connaît le travail de Seny. On dit : « Laissons Seny, on va travailler. » C’est la chanson qui est difficile. Parce que quand quelqu’un t’invite, il faut aller jouer. Sinon, ce n’est pas bien. Mais je n’ai pas beaucoup d’enfants. J’en ai deux : une fille et un garçon. Mon garçon est à Londres. Je suis avec ma fille ici. Elle est mariée maintenant. Je suis seule.
Donc, je recueille les enfants de mon frère pour les faire venir ici. Je ne peux pas rester tranquille. La seule difficulté que j’ai, c’est que je paie le loyer de la maison. Ça me travaille, ça me travaille. Payer la maison, nourrir la famille, et mon mari est décédé. Donc, ça me fatigue. Parfois, je paie la maison 2 500 000 GNF. Si on retire ça de ton petit salaire, qu’est-ce que tu vas manger ? C’est pourquoi, même là où je suis, je ne peux même pas bien marcher, vous l’avez vu, mais il faut que je vienne au travail.
Comment avez-vous réussi à vous intégrer à Conakry alors que vous n’étiez pas venue pour faire de la musique ?
Il y a des artistes qui sont méchants, mais il y a des artistes gentils. C’est avec eux que nous nous sommes donné la main, et nous avons commencé à travailler. Tu sais, quand tu fais un bon travail, tout le monde va t’aimer. Tout le monde a aimé « Tignalé ». Donc, j’ai été aimée partout. Surtout par les Peuls. Ce sont les Peuls qui me donnaient à manger, les Malinkés et les Koniakas. Parce que moi, je suis avec les Koniakas, à N’zérékoré, tout le monde me connaissait. Ce sont eux qui me soutiennent jusqu’à présent. La vérité est bonne à dire. Si je me présente devant un Peul, je dis : « C’est Seny Malomou. » Il me dit : « Tu es venue pourquoi ? » Je réponds : « Ah, je suis venue parce c’est difficile » Il me dit : « Attends, » en faisant un geste.

Donc, si les gens font ça pour toi, il faut prendre ton travail au sérieux. C’est pourquoi moi, je ne veux pas laisser tomber la musique. La musique m’a beaucoup aidée. J’ai laissé mon groupe à N’zérékoré. Je suis venue, j’ai formé ici un autre groupe, des jeunes encore. Quand j’ai quitté, ma sœur est restée là-bas et elle est devenue cheffe de groupe. Moi, ici encore, j’étais cheffe de groupe. Mais je suis fatiguée maintenant. Je ne peux pas faire les trois à la fois : le groupe, la musique et la douane. Eux-mêmes ont vu que je ne pouvais pas tenir. Parce que je chômais beaucoup maintenant. On tapait le tam-tam et les bols. C’était bien. Les gens m’invitaient pour célébrer les mariages, partout. Mais je ne peux pas faire les trois. Parce que je reste là-bas. On me dit d’aller jouer demain. Je ne peux pas faire du folklore, aller jouer encore. Ça fatigue. C’est pourquoi j’ai mal aux pieds maintenant. J’ai mal aux pieds. Vraiment, j’ai beaucoup dansé. Parce que tu ne peux pas chanter sans danser.
Quel souvenir gardez-vous de Lansana Conté ?
J’ai beaucoup de souvenirs. C’est lui-même. Si on dit « Seny, Seny, » c’est lui. Sinon, si ce n’était pas lui, où serais-je allée ? Je serais restée à N’zérékoré là-bas. Je serais en brousse. Est-ce que vous seriez venus en brousse là-bas pour m’interviewer ? C’est grâce à Lansana Conté, vraiment, il m’a beaucoup aidée. C’est pour ça que j’ai commencé par ça. J’ai dit : « Ce que Lansana Conté m’a fait, il faut que Dieu donne le même sens à ses enfants. » Je prononcerai son nom jusqu’à ma mort. Je parlerai de lui. Parce que ce qu’il a fait pour moi dans la vie, il m’a beaucoup aidée. Si aujourd’hui on dit « Seny Malomou, Seny Malomou, » si j’étais à N’zérékoré là-bas, qui aurait dit « Seny Malomou » ? C’est grâce à lui. Tous mes souvenirs, c’est lui. Je ne peux pas l’oublier.
Combien d’albums avez-vous sortis à ce jour ?
J’ai fait cinq (5) albums, et les singles, on ne les compte pas.
À quel âge avez-vous commencé à chanter ?

J’ai commencé à chanter quand ma mère est décédée, il n’y avait plus rien pour moi. Je chantais parce que les adultes me donnaient de l’argent pour nourrir ma famille. C’est ce que je faisais. J’avais environ 15 ans. Mon père ne voulait pas. J’ai commencé devant mon père, j’ai dit : « Papa, je ne peux pas vendre. Où irais-je ? » Mais lui-même a vu que la chanson allait m’aider. Un jour, alors que j’étais dans l’orchestre, il m’a beaucoup frappée. Un jour, quand on a voyagé à Moravia, au retour j’ai envoyé du riz, de l’huile et beaucoup de choses. Il ne travaillait pas, il était à la retraite. Il travaillait comme interprète au niveau de la justice. Quant j’ai envoyé les affaires, il était assis avec sa maman. La voiture est venue, on a regardé. J’ai fait sortir le riz. Il a dit : « Qui descend comme ça ? » On lui a dit : « C’est Seny. » C’est ce jour-là qu’il m’a laissée en paix. Il a dit : « Elle, elle peut m’aider. » Ce jour-là, j’étais libre d’aller où je voulais.
Aviez-vous une idole ou un modèle dans la musique au début de votre parcours ?
Moi, je voyais le Bembeya Jazz. Je voulais y entrer, mais il n’y avait pas de femme là-bas. Et à N’zérékoré, j’étais la seule femme dans l’orchestre, donc j’ai pensé à tout ça. Mais quand je suis venue ici, les Amazones m’ont prise. J’ai beaucoup travaillé avec les Amazones. Non, j’étais gâtée là-bas quand même. Et puis, c’est grâce aux Amazones que j’ai voyagé en Europe. J’avais quitté leur orchestre, mais j’y allais maintenant « comme de l’eau à boire ». J’ai beaucoup voyagé là-bas.
Vous êtes surnommée « la Reine du Tignalé ». Pourquoi avoir choisi ce style musical ? En quoi cet album a-t-il marqué un tournant dans votre carrière ?
C’est grâce aux gens que j’ai eu cette renommée. Rougui Baldé m’a produite en premier (« Tignalé »). C’est elle qui m’a appelé « Seny Malomou », sinon les gens m’appelaient « Malomou Seny ». Le rythme de « Tignalé », c’est le rythme de chez nous. Ça, je peux très bien le danser. Tu sais ce que tu aimes, il faut le choisir. « Tignalé » veut dire « la vérité », c’est dans la langue Kono de Lola. Tout ce que je dis dans cette chanson, c’est la vérité (…). Partout où je passe, je dis la vérité. Les gens disent : « La vérité, la vérité, Tignalé. »
C’est Rougui Baldé qui m’a aidée. Parce que c’est elle qui m’a vue. Elle m’a prise et on a joué quelque part, je n’avais que la maquette. Elle a attendu que je joue « Tignalé » à la Mangrove, là où j’étais avec 150 artistes. Après, elle m’a contactée. Je ne connaissais pas Rougui Baldé. Je travaillais à l’aéroport ici avec une dame nommée Sayon, paix à son âme. Rougui a dit à Sayon : « Il faut envoyer Seny chez moi. » Quand j’étais sur la piste, à ce moment-là je travaillais sur la piste. Elle m’a dit : « Seny, je veux te parler de quelque chose de sérieux. » Moi, je croyais qu’elle plaisantait. Elle m’a dit : « Rougui dit de t’envoyer chez elle. » J’ai dit : « Où ? Pour aller me vendre ? » Elle a dit : « Non, Seny, toi, tu plaisantes partout. Viens. » Je me suis déplacée avec elle. Elle avait une voiture et était policière. Nous sommes allées à Taouyah. J’ai vu Rougui, elle était au balcon et m’a dit : « Seny, viens, on va commencer à travailler. Tu vas rester ici avec nous maintenant. Il y a ta chambre ici. » Elle m’a montré là-bas, il y avait Rakesh ! Elle m’a dit : « Viens, tu vas travailler avec Rakesh. » C’est comme ça que Seny a commencé à avancer, petit à petit. Rakesh a fait ma maquette. Il restait deux jours. Rougui m’a dit : « Il faut te préparer. On va se rencontrer à l’aéroport à 4 heures du matin. » J’étais logée à l’aéroport ici. J’ai marché pour venir.
À ce moment-là, je n’avais pas mal aux pieds. Je suis venue à pied à l’aéroport, à 4 heures du matin. J’étais pressée de voyager avec Rougui Baldé, c’était entre 1987 et 1988. Je suis partie avec Rougui à Abidjan. Quand l’avion a décollé, j’ai dit : « C’est la vérité ce que cette femme disait. » Nous sommes allées à Abidjan. J’étais avec Petit Ablos et Missia Saran. J’ai fait « Tignalé » là-bas. Il y a un monsieur qui m’avait laissée ici, il disait qu’il ne connaissait pas la chanson (« Tignalé »). J’avais pleuré ici à Conakry. Je ne dirai pas son nom, mais il se reconnaîtra. Je ne dirai pas son nom. Mais le monsieur a regretté. Il a dit : « Si j’avais su, j’aurais pris cette femme. »
« Tignalé » est l’un de vos titres d’anthologie. Comment vous est venue l’inspiration pour composer cette chanson ?
La femme qui m’a donné « Tignalé » s’appelait Gobou. Elle venait de Lola. C’est elle qui avait cette chanson. Elle m’a donné toutes les paroles, mot par mot. C’est pourquoi je chante si bien. Sinon, ce n’est pas ma langue. Pour la petite histoire, elle chantait ça dans l’orchestre de Nimba, mais elle avait un petit problème. Si elle voyait beaucoup de monde, elle tremblait. Le micro tremblait comme ça. Mais j’avais aimé sa chanson. Elle ne pouvait pas chanter comme je voulais. J’ai dit : « Donne, je vais chanter s’il y a beaucoup de monde. » C’est à ce moment-là que je me surpasse.

Elle avait ce défaut, vraiment. Gobou avait de belles chansons. Beaucoup de chansons, même. La femme qui m’a donné ça, j’ai dit : « Non, elle va me rendre folle. » Même si tu chantes devant moi tout de suite, je vais la chanter. J’ai chanté la chanson le jour où elle a vu le clip. Elle est tombée malade. Mais moi-même, j’ai pris des mots et j’ai ajouté les miens. Elle a dit : « Non, Seny, tu connais le travail. » J’ai dit : « On appelle ça ‘Dieu donné’. Je n’ai aucun travail à faire, c’est la chanson. » J’ai dit : « Moi, je connais la chanson. Même si tu envoies une chanson malinké, on va travailler, on va chanter comme tu veux. » Moi-même, j’étais étonnée. Mais si tu me vois danser assise là, il faut dire que j’ai mal aux pieds.
Quels sont les principaux messages que vous véhiculez à travers vos chansons ?
Moi, c’est l’amour. Tu sais que j’aime les gens. Surtout, je ne veux pas rester timide comme ça. Donc, ce sont les chansons d’amour que je chante. Surtout, « Zahilé » est là. C’est l’amour. Les gens disaient que j’avais insulté dans « Zahilé ». J’ai dit : « Non, ce n’est pas votre langue. Il ne faut pas juger Seny Malomou comme ça. Je ne me permets pas d’insulter les gens. »
Vous avez récemment sorti un nouvel album. Est-ce votre dernier projet ou envisagez-vous de continuer à chanter ?
Non, c’est le dernier. Chanter maintenant huit morceaux, dix morceaux, je suis fatiguée. Je reste maintenant dans mon coin. Je chante maintenant deux morceaux ou un, pour que je me repose très bien. Parce que quand tu cherches une chanson, huit morceaux, dix morceaux, tu travailles. Parfois, je suis troublée. C’est pourquoi j’ai pris du recul pour ne pas travailler beaucoup. Parce que je suis vieille maintenant.
Votre album a-t-il eu du succès ou avez-vous rencontré des difficultés ?
Le dernier ?
Oui.
C’était bon quand même. Les douaniers ont « tué » Seny Malomou parce que ce sont eux qui avaient payé tous mes billets lors de la dédicace. Je ne peux même pas raconter ça.
Il a été rapporté que vous aviez été malade, et que vous aviez refusé une évacuation sanitaire vers la Tunisie. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre état de santé et les raisons de ce refus ?

Non, je n’ai pas refusé. Moussa Moïse est venu à l’hôpital même et on m’a visitée devant lui. Il m’a dit que j’irais en Tunisie dès que je prendrais les médicaments. Même les deux jours où je suis partie, c’est Moussa Moïse qui m’a dit : « Dès que tu prends tes médicaments, je vais t’envoyer. » C’est ce dont nous sommes convenus. Je souffre d’arthrose. Mes deux pieds me font mal et parfois je ne peux même pas bien marcher. Cette maladie, je l’ai depuis longtemps. Je la cachais pour ne pas que les gens le voient, mais quand c’est devenu insupportable, j’ai fait cette sortie. C’est pourquoi certaines personnes disent : « Pourquoi Seny a parlé sur TikTok ? » J’ai dit : « Si je ne parlais pas, est-ce que Moussa Moïse allait me voir ? Et qui allait m’aider ? » J’ai beaucoup souffert avec cette maladie, donc je ne pouvais pas me taire. Dès que je finis mon traitement ici, si ça ne va pas, Moussa Moïse dit qu’on va m’envoyer [en Tunisie].
De nombreux jeunes artistes s’inspirent de votre musique. Avez-vous déjà envisagé de transmettre votre savoir à la nouvelle génération ?
J’aime les artistes de la nouvelle génération, mais je leur conseille, quand ils chantent, de ne pas dire certaines choses.
Y a-t-il des choses que vous auriez aimé faire autrement dans votre carrière ? Des regrets ?
Non, je ne regrette pas. Ce que je fais, c’est ce que j’ai appris. Je fais même du rap. Parfois, je faisais du rap au sein du groupe Amazone et tout le monde criait.
Comment votre entourage (famille, collègues, communauté) a-t-il accueilli votre engagement artistique ?
Quand je suis malade et que je vais à l’hôpital, tout le monde chante « Tignalé », et je dis : « Ça m’énerve et ça commence à me dépasser. » Non, « Tignalé » m’a fatiguée. Quand je suis allée en Europe, quand j’ai chanté « Tignalé », on m’avait donné une chaise pour m’asseoir et me reposer, mais je ne peux pas m’asseoir et chanter. Cette chanson rend folle.
Disposez-vous d’une carte d’assurance maladie ? Êtes-vous affiliée au BGDA pour la gestion de vos droits d’auteur ?
J’ai une carte d’assurance maladie. Je reçois très bien quelque chose du BGDA. L’actuel directeur du BGDA, c’est mon fils même, et quand j’étais malade, il est venu chez moi.
Après toutes ces années de carrière, que souhaiteriez-vous aujourd’hui pour la musique guinéenne et pour vous-même ?
Je veux seulement rencontrer le Président Mamadi Doumbouya. Ce que je fais, Doumbouya ne le voit pas. Je suis malade, il ne me voit pas. Il dit à Moussa Moïse de s’occuper de Seny Malomou, mais c’est lui-même qui devrait s’occuper de moi. Il n’a qu’à m’appeler, je suis en location. J’ai parlé en Guerzé, en Malinké et en Soussou, ou bien, il ne comprend pas le Soussou. Moi, une vieille comme ça, je paie le loyer et la nourriture. C’est difficile. J’ai beaucoup fait pour la Guinée ou bien je n’ai rien fait ?
Quels sont vos rapports avec les autorités actuelles, notamment le CNRD ?

Dès que je me présente devant les membres du CNRD, j’entends des mots doux, et après, je reste à la maison et je ne vois rien. Il m’aime seulement, et dès que je pars, on m’oublie. Je suis assise à la maison, le président n’a qu’à venir me voir, c’est Seny Malomou.
Quel message aimeriez-vous adresser à vos fans, ainsi qu’aux femmes artistes de Guinée ?
Ils n’ont qu’à rester tranquilles : « Seny ne va pas mourir. Seny va travailler pour eux d’abord. » J’aime toutes les femmes artistes, particulièrement Aminata Kamissoko, dont le mari a beaucoup fait pour moi. Elle me considère comme sa sœur. J’aime la Guinée. J’ai pleuré en Amérique pour dire que je voulais revenir en Guinée.
Interview réalisée par Yayé Aicha Barry et
Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 13 juillet 2025 18:00Nous vous proposons aussi
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