Rhume persistant, fatigue, fièvre…toux, grippe: Les conseils pratiques du Pr. Alpha Oumar Diallo, spécialiste ORL

CONAKRY- Rhumes, fatigue généralisée, maux de tête, gorge sèche, fièvre, écoulement nasal, toux…, sont entre autres le quotidien de nombreux Guinéens de Conakry tout comme à l’intérieur du pays. Cette grippe persistante alimente l’inquiétude. A date, aucune communication officielle n’a, pour l’heure, été faite par le Ministère de la Santé et de l’Hygiène publique ou par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS) alors que l’OMS appelle les pays à renforcer la surveillance.

Pour en savoir un peu plus sur cette grippe, Africaguinee.com est allé à la rencontre du Pr Alpha Omar Diallo, médecin, chef de service d’ORL au CHU d’Ignace Deen et enseignant-chercheur à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Ce spécialiste d’ORL et chirurgien cervico-facial, a aussi donné des conseils pratiques aux populations guinéennes pendant cette période. (Interview)

AFRICAGUINEE.COM : De nombreux se plaignent d’une grippe qui se manifeste par une fatigue générale, un rhume, une toux, des maux de tête entre autres. En tant que spécialiste qu’est-ce que vous pouvez nous dire sur cette situation ?

PR. ALPHA OUMAR DIALLO : Oui, c’est vrai que c’est une situation qui actuellement attire l’attention de pas mal de spécialistes, mais c’est une situation qui n’est pas récente, c’est cyclique. Chaque hiver (le mois de décembre pour l’hémisphère nord), chez nous en cette période, vu la poussière, vu le confinement, vu la fraîcheur, il y a les infections virales qui sont en recrudescence. Ces infections virales peuvent intéresser pas mal d’organes, mais quand ces infections intéressent maintenant la voie respiratoire, qui va du nez jusqu’au niveau des poumons, ça devient soit un rhume, une grippe, ou alors un COVID, pour ne pas avoir peur de dire les mots comme il se doit.

Donc c’est l’infection virale de cette partie, où passe l’air jusqu’au niveau des poumons qui devient inquiétant, qui se manifeste par les symptômes que vous avez dit tout à l’heure là, à savoir un écoulement nasal, une toux qui peut être parfois grasse, qui sèche au début, mais aussi un éternuement et de la fièvre qui pourra suivre. Donc comme c’est une infection virale, elle se transmet très rapidement, ce qui explique l’inquiétude que ça entraîne quand on a beaucoup de gens qui sont infectés.

L’OMS a même fait récemment une alerte sur cette grippe et a encouragé les pays de privilégier la vaccination. Qu’en est-il du cas de la Guinée ?

La recommandation de l’OMS n’est pas de vacciner tout le monde. Vous savez, la Guinée n’est pas un pays isolé, il y a beaucoup de voyages. Comme je vous l’ai dit, à l’hémisphère nord actuellement, avec l’hiver, il y a beaucoup de grippe. Et même dans les avions lors du transport, il peut y avoir transmission, parce qu’il suffit juste que quelqu’un tousse, qu’il ne porte pas de bavette, et que cette toux-là puisse arriver et respirer par une autre personne, facilement, ça peut entraîner la contagion. Donc effectivement, en Guinée actuellement, nous-mêmes dans nos services, dans nos hôpitaux, nous constatons une recrudescence de cette maladie virale, mais il y a des degrés qui sont divers. L’OMS demande une vaccination pour les personnes qui sont à risque. Les personnes à risques c’est les personnes qui ont une immunité qui n’est pas tellement développée. Je veux parler des enfants, je veux parler des sujets âgés, et je veux parler également des malades présentant des maladies qui entraînent une baisse de l’immunité. Donc c’est chez ces patients qu’un rhume peut évoluer vers la grippe très rapidement et entraîner des complications aussi en rapport avec cette grippe au niveau respiratoire.

Donc en Guinée, et partout ailleurs, nous conseillons pour un départ que les gens se lavent très bien les mains, qu’en cas de grippe, qu’on porte les bavettes, c’est accessible. Ça a été le cas dans les années 2021 jusqu’en 2022 avec la pandémie de la COVID. Il faut continuer à se laver les mains, continuer quand on est infecté et qu’on ne peut pas rester à la maison, pour diminuer la transmission, porter une bavette. Et maintenant, pour ceux qui ont une immunité assez basse, c’est possible de trouver dans les pharmacies la vaccination et les vaccins qu’on doit prendre en fonction des agents causals de cette grippe.

Quels sont les dangers de cette grippe ?  

L’origine est effectivement saisonnière, mais aussi virale. Ce sont des virus qui attaquent la voie respiratoire. Donc les dangers, c’est surtout les difficultés respiratoires qui peuvent s’installer. Vous vous rappelez de la période de COVID, les gens avaient des difficultés respiratoires quand la maladie s’aggrave.

Donc pour un départ, l’infection peut se localiser au niveau du nez, notamment pour un rhume au niveau de la gorge. Là, c’est surtout l’écoulement, une rhinorrhée aqueuse, mais aussi la toux et l’irritation pharyngée. Maintenant, au stade de grippe, ça se trouve que l’infection est descendue au niveau de la partie inférieure des voies respiratoires. Il y a une fièvre qui s’installe et il y a des difficultés respiratoires qui commencent.

Et donc les dangers de cette maladie, c’est quand il y a ces difficultés respiratoires qui s’installent. À ce moment, il faut venir très rapidement à l’hôpital où nous envisageons une hospitalisation, comme l’infection est d’origine virale, voir s’il n’y a pas eu une surinfection, c’est-à-dire en plus de l’infection virale, l’installation d’une infection bactérienne. Et maintenant, traiter les symptômes pour stabiliser le patient et revenir au stade de début, c’est-à-dire le stade qui est moins grave.

Est-ce qu’il y a des moyens pour éviter cette grippe ?

Oui bien sûr, c’est une infection virale. Donc les moyens, c’est de se protéger, de prendre tout ce qu’on a dit dans la prévention.

Que faut-il faire lorsqu’on est affecté ?

C’est en fonction du degré. C’est pourquoi on dit que cette grippe, quand ça rentre même dans une famille, pratiquement tout le monde tombe malade. C’est ce que je vous disais, en fonction des degrés, si c’est un rhume, souvent en 5-7 jours, c’est parti. Si c’est une grippe, ça dépasse les 10 jours, 14 jours. Et maintenant, si c’est une autre grippe, COVID, ça peut aller jusqu’à 21 jours.

Donc quand vous constatez dans la famille un élément qui tousse, qui a de la fièvre, qui a une congestion nasale, qui a le nez qui coule sans cesse, il faut non seulement penser aux mesures primaires, c’est-à-dire essayer dans la mesure du possible de se protéger, de protéger les autres membres de la famille, avec les bavettes et tout, qu’ils se lavent les mains et essayer de voir comment augmenter son immunité à travers la vitamine C, les boissons chaudes. Mais si ça ne s’amende pas au bout de trois jours, il faut venir à l’hôpital, nous avons des médicaments qu’on appelle pour un départ, la première ligne, c’est des médicaments symptomatiques.

Donc en fonction des symptômes, nous allons mettre de la vitamine C, nous allons mettre un médicament contre la fièvre, nous allons mettre un médicament contre la toux. Et le traitement peut à ce moment-là être ambulatoire. Mais les cas sévères où il y a une fatigue, où il y a une myalgie, où le patient a mal à tout le corps, où on a tendance à ce que la maladie se généralise, là à ce moment, on procède à une hospitalisation. Ça va permettre d’isoler le malade de sa famille, mais également de le traiter plus efficacement.

Est-ce que la Guinée dispose réellement dans ses structures sanitaires les moyens nécessaires pour soigner la population de cette grippe ?

Bien sûr, sinon quelle est notre raison d’être ? Nous sommes là et quand ça devient une pandémie, il y a une structure du ministère de la santé et de l’hygiène publique, l’ANSS, qui s’en occupe. Mais en première ligne, vous avez les services d’ORL, les services des maladies infectieuses également, qui sont là pour ça. C’est une maladie comme les autres. Nous avons tout ce qu’il faut, l’arsenal thérapeutique qui va des cas les plus simples jusqu’aux cas les plus compliqués. Je le répète encore, qui nécessite même de l’oxygène. En Guinée actuellement, nous disposons des structures et du matériel ainsi que des ressources humaines capables de prendre en charge ce genre d’infection.

Quel message adressez-vous à la population?

C’est aisonnier. C’est souvent en cette période de décembre, de fraîcheur, d’harmattan, que ça survient. Je l’ai dit, non seulement il y a les conditions d’existence en Guinée, mais il y a aussi les voyages. Actuellement, vous allez constater qu’il y a beaucoup de nos compatriotes, les jeunes qui reviennent voir leur famille. C’est la période des vacances. Donc, s’il y a une grippe ailleurs, là où ils ont quitté, ou même parfois dans l’avion, ils arrivent ici avec cette grippe.

Donc, c’est ce qui explique d’ailleurs qu’on ait beaucoup de cas. Et donc, c’est de faire les trois paliers, c’est-à-dire commencer par prendre des médicaments qui vont renforcer l’immunité de la personne, si ça ne marchait pas venir nous voir dans les structures sanitaires. Nous disposons de services d’ORL un peu partout actuellement en Guinée. Et à notre niveau, nous allons voir comment guérir rapidement cette grippe qui peut malheureusement parfois empoisonner vos fêtes. Vous avez voyagé, vous êtes venu voir la famille, c’est la période de fêtes. Si vous tombez malade d’une grippe, vous pouvez ne pas faire la fête comme il le faut. Donc, venez nous voir. Nous sommes là, nous travaillons 24 heures sur 24 et nous disposons de tout ce qui est possible, tout ce qui est nécessaire pour vous soigner.

Est-ce que cette grippe a un lien avec la COVID ?

Oui, il y a un lien parce que ça survient au même endroit. La COVID intéresse aussi les voies respiratoires, mais beaucoup plus se localisant au niveau des poumons. Et la COVID est provoqué par un virus qui est différent du virus qui provoque le rhume ou la grippe. Le virus qui provoque la COVID, on l’appelle le coronavirus. Donc, quand vous avez une grippe provoquée par le coronavirus, on parle de COVID. C’est un stade encore plus grave parce que c’est un virus qui est encore plus méchant que l’Haemophilus influenzae qui provoque la grippe. Donc, il est encore plus sévère, il donne des symptômes plus bruyants que la grippe ou le rhume simple. C’est ça surtout la différence. Et maintenant que c’est un virus qui est très sévère, il peut être traité de façon plus sévère encore que la grippe normale.

Si on peut dire que la grippe normale, il faut renforcer, l’autre là, ça vient avec des complications pouvant aller jusqu’au niveau du cœur. Donc, il faut prendre ça au sérieux. Mais les symptômes sont différents. Vous venez nous voir à l’hôpital avec un examen ORL bien mené, nous pouvons faire la différence entre la COVID et la grippe ordinaire, voire même le rhume.

Ceux qui ont des problèmes de sinusites et d’asthme ou qui ont des problèmes respiratoires sont-ils les plus exposés pendant cette période ?

Oui, bien sûr. Parce que déjà, ça survient au même endroit. Ceux qui ont une sinusite à répétition, une rhinite allergique ou un asthme ont des maladies qui surviennent au niveau des voies respiratoires, du nez jusqu’au niveau des poumons. Donc, quand il y a une autre infection qui vient se créer à ce niveau, ça devient plus sévère et ce sont des malades qui sont plus sensibles. Quand il y a une grippe qui survient chez quelqu’un indemne de sinusite ou d’asthme, ça ne se manifeste pas de la même manière que chez quelqu’un qui a déjà l’asthme ou alors qui a déjà une rhinite allergique ou une rhinosinusite. Donc, c’est un facteur aussi aggravant de cette grippe qui survient actuellement dans notre pays.

C’est de considérer ces patients comme des patients à risque et comme des patients qui ont moins de défense par rapport à cette grippe. Dès qu’il y a cette grippe qui arrive chez ces patients, il faut immédiatement venir à l’hôpital et se faire prendre en charge rapidement pour éviter les complications.

Quel conseil pratique donneriez-vous à cette catégorie de personnes ?

C’est des maladies chroniques déjà, c’est de se faire suivre régulièrement. Vous savez, chez nous ici, on parle souvent de clients quand il s’agit de patients qui présentent une maladie chronique. Parce qu’il y a des maladies aiguës qu’on peut soigner et que ça guérit et on n’en parle plus. Par contre, il y a des maladies chroniques qui, quand elles reviennent, à chaque fois, il faut donner des médicaments pour calmer la maladie qui peut encore revenir plus tard.

Donc, c’est des maladies que nous devons suivre pendant longtemps. En tout cas, c’est de conseiller à tous ceux qui ont des problèmes d’allergie de cibler un bon ORL, de suivre régulièrement un bon ORL. C’est ce qui va permettre non seulement la maîtrise de cette maladie chronique qui est l’allergie, mais aussi d’éviter la survenue des complications.

Quel conseil avez-vous à donner à la population guinéenne pendant cette période ?

Pendant cette période, c’est une période de fêtes, c’est une période aussi de fraîcheur, mais c’est également malheureusement une période de maladie. Donc, pour amoindrir les maladies, il faut absolument respecter les mesures d’hygiène que nous avons édictées plus haut, de consulter quand ça survient, de ne pas garder à la maison pendant longtemps et puis d’éviter que les complications surviennent. Nous restons à la disposition de la population, parce que nous faisons partie de la population guinéenne, nos compatriotes.

Nous sommes là, il ne faut pas paniquer, il ne faut pas penser que c’est la COVID qui revient, non. C’est une grippe qui est là actuellement, qui est saisonnière, qui survient en fonction de plusieurs facteurs, bien sûr, et c’est quelque chose que nous pouvons traiter. Il ne faut pas paniquer, il faut juste prendre ça au sérieux, prendre les médicaments, ça va passer.

Un mot de la fin ?  

C’est de remercier Africaguinee.com pour tout ce que vous faites. Je sais que vous êtes les avant-gardes de tout ce qui est maladie chez nous, pour les informations, la sensibilisation et l’orientation de notre population. Merci pour cette émission que vous faites, qui est une émission assez intéressante, vous savez que ce n’est pas la première fois que je la passe.

Je vois également que c’est une émission qui est suivie, bien suivie, beaucoup suivie, donc nous vous conseillons à continuer sur cette lancée. Nous, nous restons à votre disposition, parce que prévenir vaut mieux que guérir. Donc, si nous parvenons ensemble avec vous, les journalistes, avec vous, les médias, à prévenir certaines infections ou à prévenir certaines épidémies, voire certaines pandémies, c’est toujours mieux que d’attendre que ça intéresse toute la population et qu’on vienne là pour se traiter.

Donc, encore merci pour tout ce que vous faites là, le rôle que vous jouez. Nous restons à votre disposition, non seulement pour la sensibilisation, mais pour la prise en charge de notre population.

Interview réalisée par Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 24 décembre 2025 08:00

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