« Retournez le drapeau à sa position initiale » : Le message de fermeté du ministre Ibrahima Kalil Condé face aux autorités de Monrovia
GUECKEDOU- Une importante rencontre a eu lieu ce dimanche 8 mars 2026 à Guéckédou, dans la région forestière de la Guinée, entre autorités gouvernementales guinéennes et libériennes. La partie guinéenne était conduite par le ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, le général Ibrahima Kalil Condé. Celle libérienne est dirigée par ministre des Affaires intérieures Niuma Ley, accompagné du chef d’État-major des forces armées du Libéria et de plusieurs hauts cadres, a appris Africaguinee.com. Cette rencontre de haut niveau intervient dans un contexte de tensions frontalières qui ont éclaté dans la zone de Kiéssènèye, à la frontière guinéo-libérienne, entre la préfecture de Guéckédou et la ville libérienne de Foya.
Conakry a choisi de répondre par une fermeté sans équivoque. Lors de cette rencontre d’urgence, le ministre de l’Administration du Territoire, le général Ibrahima Kalil Condé, a « sommé » les autorités libériennes de « retourner leur drapeau à sa position initiale ». Entre la saisie de machines d’extraction suspectées de servir à l’exploration minière illicite et le rappel cinglant du principe d’intangibilité des frontières, le message guinéen est clair : si le dialogue reste la priorité pour préserver les liens séculaires entre États voisins, aucune entorse à l’intégrité territoriale ne sera tolérée.

Dans son intervention, le ministre guinéen de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation a exprimé sa gratitude envers les autorités de la sous-région qui ont facilité la tenue de cette rencontre.
« En ma qualité de ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, j’adresse mes remerciements aux présidents de la République du Libéria et de la Sierra Leone qui ont facilité cette rencontre pour qu’elle se tienne à Guéckédou. Je remercie également la délégation libérienne qui a bien voulu faire le déplacement », a déclaré le général Ibrahima Kalil Condé.
Selon lui, cette réunion s’inscrit dans la vision d’intégration et de paix entre les États de la sous-région, notamment entre les communautés Kissi de Guinée et du Libéria qui partagent une histoire et des traditions communes.
Le ministre guinéen a souligné que l’objectif principal de cette rencontre est de résoudre les incompréhensions liées à l’occupation du site de Kiéssènèye, tout en renforçant la cohésion sociale entre les populations frontalières.
« Le message du Président Mamadi Doumbouya est clair : renforcer la cohésion sociale entre les deux peuples kissi de la Guinée et du Libéria, mais surtout consolider les liens séculaires qui unissent les deux peuples », a-t-il indiqué.

Le général Ibrahima Kalil Condé a rappelé que la question du tracé des frontières ne relève pas directement des ministres de l’administration territoriale. Il a évoqué le principe d’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, adopté lors du premier sommet de l’Organisation de l’Unité Africaine en 1963 à Addis-Abeba.
« Mon homologue du Libéria et moi sommes des exécutants de la politique de nos gouvernements. Nous ne parlerons pas de la frontière. Il existe des commissions nationales des frontières en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone », a-t-il précisé.
Il a également annoncé que des experts travaillent actuellement sur les archives historiques des frontières, notamment à travers une mission prévue en France pour consulter les documents coloniaux, afin d’éclairer les autorités politiques sur les délimitations officielles.
Le ministre guinéen, ancien officier supérieur de l’armée, a également évoqué son expérience passée dans la gestion des tensions frontalières. Il a notamment rappelé un incident survenu en 2012 à Yenga, lorsqu’il commandait le bataillon autonome de Guéckédou.

« À l’époque, nous avions accusé une provocation et j’avais déployé une section renforcée avec des équipements militaires. Mais après la réunion des trois chefs d’État de la Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone, l’ordre a été donné de replier les troupes », a-t-il expliqué.
Pour lui, ces expériences démontrent la nécessité de privilégier le dialogue entre États frères, d’autant plus que les trois pays ont déjà combattu ensemble par le passé, notamment lors des conflits en Sierra Leone dans les années 1990.
« Retournez le drapeau à sa position initiale »
Dans un ton conciliant mais ferme, le ministre guinéen a invité les autorités libériennes à respecter les positions frontalières existantes. « La manière dont vous avez trouvé nos frontières, il faut les conserver ainsi. Retournez le drapeau à sa position initiale », a-t-il déclaré.

Il a réaffirmé la position de la Guinée, selon laquelle le pays n’occupe pas le territoire d’autrui, mais reste déterminer à défendre son intégrité territoriale. « La Guinée n’occupe pas la terre des autres pays, mais nous préserverons notre territoire au prix de notre sang », a-t-il insisté.
La polémique autour des machines saisies
Au cœur de la tension figure également la saisie d’équipements utilisés dans le fleuve Makona, initialement présentés comme des machines d’extraction de sable. Selon les autorités guinéennes, les équipements retrouvés sur le site seraient plus sophistiqués que de simples outils d’extraction de sable, ce qui a suscité des soupçons. Le préfet de Guéckédou, le Commissaire général de police Kandia Mara, a apporté des précisions.
« Les machines saisies dans le fleuve étaient dotées de matériels raffinés capables de détecter les grosses et moyennes particules. Cela signifie qu’il pouvait s’agir de recherches d’autres matières au-delà du sable. C’est ce qui nous a amenés à les retirer », a-t-il expliqué.

Selon lui, l’analyse du directeur préfectoral compétent dans le domaine a confirmé que ces équipements sortaient du cadre d’une simple extraction de sable.
La Guinée ouverte à une coopération sur l’extraction de sable
Malgré ces réserves, le ministre guinéen a laissé entrevoir une possibilité de coopération, notamment pour faciliter l’approvisionnement en sable destiné aux travaux de construction dans la ville libérienne de Foya. Il a précisé qu’une concertation sera engagée avec le ministre guinéen des Mines et de la Géologie afin d’examiner cette question.
« Si c’est seulement pour prendre du sable pour la construction du marché de Foya, cela peut être autorisé. Mais l’utilisation de machines sophistiquées ne peut pas être permise », a-t-il clarifié.
Le plaidoyer du gouvernement libérien
De son côté, le ministre libérien des Affaires Intérieures, Niuma Ley, a plaidé pour un règlement conciliant de l’incident.

Il a demandé la restitution des équipements saisis et la poursuite des activités d’extraction de sable, affirmant que la ville de Foya dépend historiquement de ce sable pour ses constructions.
« Nous souhaitons que les équipements saisis soient retournés à nos éléments et que vous continuiez à nous permettre d’extraire du sable, car la ville de Foya a été construite avec ce sable. Et ces équipements ne sont aucunement liés à la recherche de minerais ou de matières précieuses », a-t-il assuré.
Au terme des échanges, les deux délégations ont réaffirmé leur volonté de préserver la paix, la coopération et la fraternité entre les peuples de Guinée et du Libéria, tout en laissant aux commissions techniques et aux autorités politiques le soin de trancher définitivement les questions liées à la délimitation frontalière.
Paul Foromo SAKOUVOGUI
Correspondant Régional d’Africaguinee.com
En Guinée Forestière.
Tél : (00224) 628 80 17 43
Créé le 10 mars 2026 18:44Nous vous proposons aussi
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