Restitution des restes de l’Almamy Bocar Biro : Les sages de Sokotoro, son village natal, réagissent à l’annonce du Gouvernement

TIMBO / CONAKRY — L’annonce officielle de la demande de restitution par la Guinée du crâne de l’Almamy Bocar Biro, conservé au Musée de l’Homme à Paris, continue de susciter des réactions à travers le pays. C’est le cas à Sokotoro, son village natal situé dans la sous-préfecture de Timbo (préfecture de Mamou), ancienne capitale politique du Fouta-Djalon. Plus d’un siècle après la disparition tragique du dernier Almamy, les notables et gardiens de la mémoire locale saluent l’initiative des autorités guinéennes tout en apportant leur éclairage sur la portée symbolique et spirituelle de ce retour.

Pour rappel, la demande formelle a été déposée le 27 juillet auprès des autorités françaises, comme l’a confirmé le ministre guinéen de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla. Des comités scientifiques paritaires auraient été mis en place afin d’encadrer le processus d’identification et d’organiser le retour en Guinée de plusieurs biens culturels et restes morcelés liés à de grandes figures de la résistance nationale, à l’image du grand résistant Samory Touré.

Dernier souverain de la lignée des Soriya à régner sur l’imamat théocratique du Fouta-Djalon, l’Almamy Bocar Biro Barry reste une figure de résistance légendaire. Face aux velléités de conquête de l’armée coloniale française, il préféra la lutte armée au compromis, refusant de signer le traité de protectorat proposé par la France.

C’est au cours de la bataille de Porédaka, le 13 novembre 1896, que ses troupes furent définitivement défaites par l’artillerie française appuyée par des factions locales rivales. Bocar Biro y trouva la mort, marquant le début de l’annexion du Fouta-Djalon. La capture et la décapitation de sa dépouille à Botorë laissèrent une empreinte indélébile dans la mémoire collective. L’annonce du retour de son crâne suscite de fortes attentes à Sokotoro

« Personne ne lui aurait souhaité une telle fin, mais le destin est inévitable »

À Sokotoro, là où est encore préservée la case natale de l’Almamy, l’annonce des démarches de restitution est perçue comme un soulagement mémoriel et une réparation spirituelle. Partagé entre la douleur du souvenir et la gratitude envers l’initiative gouvernementale, Elhadj Aliou Barry a exprimé ses attentes :

« Nous rendons grâce à Allah et nous prions ardemment pour le repos de l’âme de nos ancêtres. Tout ce qui survient à un croyant relève de la volonté divine, et nous savons que ce que Dieu décide est toujours ce qu’il y a de meilleur pour nous.

Lorsque nous repensons à l’Almamy Bocar Biro et à la manière dont il a trouvé la mort, personne parmi nous ne lui aurait souhaité un sort aussi tragique que la décapitation. Cependant, chaque être humain accomplit les prescriptions de son destin, et celui-ci était inévitable.

Aujourd’hui, il faut rendre grâce à Dieu qui nous permet de vivre ce moment historique : entendre nos dirigeants exprimer l’intention ferme de récupérer ses restes morcelés pour les ramener en Guinée. Nous remercions le Seigneur et nous lui demandons humblement de faire prospérer ce projet et de nous accorder la grâce d’en voir l’aboutissement de notre vivant », a formulé ce sage de Sokotoro.

Elhadj Baba Abdoul Barry (91 ans)

Âgé de 91 ans, Elhadj Baba Abdoul Barry, arrière-petit-fils direct de l’Almamy, est revenu sur la fin des spéculations qui ont entouré pendant plus d’un siècle le destin de la dépouille de son aïeul :

« L’Almamy Bocar Biro est notre arrière-grand-père. C’est avec une immense joie que nous apprenons que nos autorités envisagent le retour de ses restes. Nous tenons à exprimer toute notre gratitude au Gouvernement qui a pris l’initiative de cette démarche.

Jusqu’à présent, nous savions que son corps avait été inhumé à Botorë, mais de nombreuses rumeurs et versions contradictoires circulaient quant au sort réservé à sa tête. Certains soutenaient qu’elle se trouvait à Timbo, d’autres qu’elle avait été emportée à Conakry, et une troisième version affirmait que les colonisateurs l’avaient rapportée en France. Tout cela relevait de la conjecture et des ouï-dire. Si aujourd’hui, grâce à l’engagement du Gouvernement, la vérité jaillit enfin au grand jour, nous ne pouvons que louer le Tout-Puissant et remercier les autorités. »

Interrogé sur le lieu idéal où devrait reposer le crâne de l’Almamy une fois rapatrié, le sage de 91 ans insiste sur l’importance de la concertation communautaire et du respect des décisions de l’État :

« Concernant la dernière demeure de sa dépouille, cela nécessitera une concertation préalable. Ce qui sera décidé d’un commun accord avec l’ensemble de la communauté, et sur accord du Gouvernement, sera scrupuleusement appliqué.

Nous disposons ici de trois sites hautement symboliques. Le premier est Botorë, le lieu où l’imam a été initialement enterré : si son crâne vient y rejoindre le reste de son corps, nous en rendrons grâce à Dieu. Le deuxième site est Timbo, notre capitale historique. Le troisième est Sokotoro même, son lieu de naissance, où se trouvent toujours la demeure de ses aïeux et la case qui l’a vu naître.

Qu’il repose sur l’un de ces trois sites patrimoniaux ou encore à Conakry, partout où sa sépulture sera établie sur la terre guinéenne, nous en serons profondément honorés. Mais une telle décision ne relève pas de ma seule volonté : c’est une affaire nationale et communautaire. »

Comme pour dire que la question de la localisation de la sépulture finale s’annonce déjà comme un moment d’union mémorielle. Entre le respect dû au patrimoine national, l’histoire politique de Timbo, l’attachement affectif de Sokotoro et le lieu du martyr à Botorë, la restitution du crâne de l’Almamy Bocar Biro promet d’offrir à la Guinée l’opportunité de rendre à l’un de ses plus illustres résistants les honneurs qu’il n’a jamais reçus.

Le processus du retour de ses restes obéira au cadre fixé par la loi française n° 2023-1251 du 26 décembre 2023, relative à la restitution des restes humains issus des collections publiques. Cette législation crée une dérogation générale au principe d’inaliénabilité du domaine public, à condition que la demande émane d’un État souverain, concerne des personnes décédées après l’an 1500, et vise exclusivement à offrir une sépulture digne et conforme aux traditions funéraires de la communauté d’origine. Une fois le travail d’expertise scientifique achevé, la sortie définitive du domaine public français sera actée par un décret en Conseil d’État.

Focus Africaguinee.com

Créé le 8 août 2026 08:38

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