Regain de tension à Boma : « Nous allons régler le problème », promet le Gouverneur de N’Zérékoré
N’ZÉRÉKORÉ– À Boma, dans la commune rurale de Samoé (Nzérékoré), le déguerpissement mouvementé mené ce mardi 3 novembre par un huissier a ravivé un conflit foncier vieux de 20 ans. Au lendemain des manifestations enregistrés dans cette localité, le gouverneur de région, le colonel Moussa Condé est intervenu, promettant une solution administrative, pacifique et concertée. Charles Théa, propriétaire du domaine litigieux, reconnu par la justice, dit privilégier désormais une issue pacifique et négociée.

Le conflit foncier opposant depuis plusieurs années des familles à Boma (commune rurale de Samoé, préfecture de Nzérékoré) connaît un nouvel regain de tension. Après une opération de déguerpissement menée mardi 3 novembre par un huissier de justice, les habitants concernés sont descendus dans la rue pour protester contre l’arrachage des portes de leurs concessions. Ce mercredi, des femmes se sont mobilisées auprès de la notabilité locale pour solliciter une intervention en faveur d’un règlement pacifique du différend.
La situation a pris une tournure tendue mardi 3 novembre. À la suite d’une exécution forcée, les portes de plusieurs bâtiments ont été arrachées. Cet acte a provoqué la colère de nombreux habitants concernés. Pour exprimer leur mécontentement, des jeunes se sont regroupés sur la chaussée et ont brûlé des pneus. Ils dénoncent la manière indigne de procéder à leur déguerpissement.

L’intervention des forces de défense et de sécurité a permis de ramener momentanément le calme. Cependant, les inquiétudes restent vives au sein des familles impactées.
Tôt dans la matinée de ce mercredi 4 novembre 2026, plusieurs femmes, la tête couverte de tissus rouges, se sont rendues au domicile du patriarche de Nzérékoré. Leur démarche visait à solliciter l’implication de la notabilité dans la recherche d’une issue pacifique à ce conflit foncier persistant depuis de nombreuses années.
Face à cette situation, le gouverneur de la région administrative de Nzérékoré, le colonel Moussa Condé, accompagné de plusieurs cadres du gouvernorat, du préfet, des responsables administratifs de Samoé, du maire, du sous-préfet et des autorités locales, s’est rendu sur les lieux pour constater les faits et échanger avec les populations.

Sur place, le chef de l’exécutif régional a confirmé l’arrachage de plusieurs portes dans les concessions touchées. Il a notamment déploré l’absence d’information préalable des autorités administratives locales.
« Nous sommes venus, nous avons trouvé l’enlèvement de dizaines de portes. Des dizaines de concessions ont été victimes. J’ai appelé l’huissier responsable de l’opération, mais je n’arrive pas à le joindre. Le commissaire ayant procédé à l’exécution reste également (in)joignable », a expliqué le colonel Moussa Condé.
Le gouverneur estime que l’absence d’information préalable des autorités locales est à l’origine de la montée des tensions. Il annonce toutefois des démarches pour comprendre les circonstances de cette opération et rechercher une solution de préservation de la paix sociale.
« Je ne suis pas juge, je ne suis pas de la justice, mais administrativement, nous trouverons la solution et nous allons régler le problème. La Guinée est un pays de droit et nous allons travailler pour le rétablissement de chacun dans ses droits », a-t-il rassuré, tout en annonçant des dispositions pour entendre les différentes parties.
L’huissier affirme avoir préalablement informé les occupants
L’huissier de justice chargé de l’exécution de la décision soutient l’information préalable des personnes concernées. Selon lui, des démarches d’information avaient été engagées dès le mois d’août 2026, bien avant le lancement de l’opération de déguerpissement du mardi 3 novembre.
Présenté comme le propriétaire terrien du domaine litigieux, le sénior Charles Théa affirme que le début de cette affaire remonte en 2006. Selon lui, les différentes décisions rendues au cours de la procédure lui ont été favorables, jusqu’à l’arrêt de la Cour suprême.
Il a cité la confirmation des effets de l’arrêt n°16/G/CA/KK/09 du 3 avril 2009 de la Cour d’appel de Kankan, la décision n°09 du 30 octobre 2024 des chambres réunies de la Cour suprême. Il fonde ses droits sur cet acte juridique.

Les documents présentés à notre rédaction font également état d’une réquisition n°28/PG/CA/KK/2026, signée le 27 juillet 2026 par le procureur général près la Cour d’appel de Kankan, Marwane Baldé. Cette réquisition demande au directeur régional de la police de Nzérékoré de prêter main-forte à Maître Célestin GNABALAMOU, huissier de justice, pour l’exécution forcée de l’arrêt n°09 du 30 octobre 2024 des chambres réunies de la Cour suprême.
Le document mentionne également un avis favorable de la commission de suivi d’exécution des décisions de justice du parquet général, rendu lors de sa session ordinaire du 2 juillet 2026.
Charles Théa explique par ailleurs l’échec des tentatives de contestation de cette décision. Les démarches engagées auprès du ministère de la Justice pour obtenir son annulation ont également été rejetées.
Revenant sur les conséquences de ce conflit, le septuagénaire affirme avoir été lui-même victime d’une précédente opération de déguerpissement en 2023. Selon ses déclarations, dix-sept bâtiments lui appartenant avaient été touchés. Il évoque des pertes financières importantes et des difficultés liées à la gestion de ses biens.
Toutefois, malgré les tensions et les procédures judiciaires, le propriétaire terrien présumé privilégie désormais une démarche de conciliation avec les occupants.

« Moi, ce que je veux, je suis âgé. Je cherche à vivre avec ces gens. Je veux collaborer avec tout le monde. Les personnes n’étant pas encore venues négocier avec moi doivent se présenter auprès de mon huissier. Nous allons nous entendre et traiter cela en famille », a-t-il déclaré.
Père de 22 enfants et grand-père de 58 petits-enfants, Charles Théa affirme entretenir de bonnes relations avec les différentes communautés du secteur. Il se dit disposé à examiner les situations individuelles des occupants et à trouver des arrangements avec les personnes désireuses de régulariser leur présence sur le domaine litigieux.
Paul Foromo SAKOUVOGUI
Correspondant Régional d’Africaguinee.com en Guinée Forestière
Tél : (00224) 628 80 17 43
Créé le 4 novembre 2026 17:55Nous vous proposons aussi
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